Qu’est-ce que la retraite de demain ?

Par Sabrine Marzouk, consultante chez Square
La réforme des retraites n’a toujours pas livré son verdict. Tour d’horizon des dispositions actuelles

La réforme des retraites n’entrera en vigueur que très progressivement. Elle a pour objectif de créer un système unique pour pallier les inégalités engendrées par le système actuel, avec les mêmes règles pour tous. Ainsi, des spécificités pour certaines professions sont en cours de négociation, et des aménagements sont également prévus pour favoriser la solidarité.

 

Une réforme favorable aux situations précaires

Actuellement, la règle des 25 meilleures années bénéficie aux cadres, car ce sont eux qui ont de fortes évolutions salariales au cours de leur carrière. Tandis que les salariés qui restent rémunérés à un niveau proche du Smic connaissent peu d’évolution salariale.

La nouvelle réforme devrait être favorable aux plus modestes car le système universel instaurera une pension minimum pour les actifs ayant une carrière complète ou quasi complète à 1.000 euros en 2022, puis à 85 % du Smic à partir de 2025. La réforme prévoit également pour les périodes de chômage, le versement de points financés par la solidarité. De plus, le gouvernement propose de calculer la retraite sur l’ensemble de la carrière. Ainsi, le nouveau système indexera la valeur des points sur l’évolution des salaires, et non plus sur l’inflation. Par conséquent, les cadres les plus aisés contribueront un peu plus à l’amélioration des pensions de retraite des plus faibles. Cela permettra aux salariés de mieux faire valoir leur début de carrière : un avantage pour les femmes dont les carrières sont souvent moins ascendantes et plus heurtées.

 

Une réforme qui profite aux femmes

La nouvelle refonte des droits familiaux bénéficie par défaut aux mères. Dans le régime actuel, les personnes qui ont connu des périodes d’inactivité et qui n’ont pas cotisé assez longtemps, majoritairement des femmes, doivent continuer à travailler jusqu’à 67 ans, à moins de subir une décote. Cette pénalité disparaîtrait dans le futur régime. Le gouvernement propose également de majorer la retraite de 5 % par enfant, dès le premier enfant et d’ajouter un supplément de 1 % pour chaque parent à partir du troisième enfant. La majoration serait attribuée par défaut à la mère, sauf demande contraire. Une bonne nouvelle pour les familles d’un ou deux enfants, et les parents isolés. De plus, les congés maternité seront pris en compte comme des périodes travaillées. Ils permettront d’acquérir des points dès le premier jour d’arrêt sur la base du revenu de l’année précédente. Par ailleurs, les bénéficiaires de pension de réversion, en majorité des femmes, bénéficieront de nouveaux taux (70 % des revenus du couple). Ce nouveau mode de calcul s’appliquera à tous sans distinction de régime, et compensera la retraite individuelle afin que le conjoint survivant perçoive 70 % des ressources du couple.

 

Les cadres ne sont pas oubliés

L’âge du taux plein sera fixé à 64 ans pour tous les actifs, âge auquel les cadres pourront partir avec une retraite complète sans la crainte de subir la décote de 15 %. Et s’ils repoussent leur départ à la retraite, ils obtiendront 5 % de surcote par année supplémentaire d’activité, soit 15 % de bonus pour un départ à 67 ans. Contrairement au système actuel, le cumul emploi-retraite permettra de reprendre une activité à la retraite, qui sera généralisé sans conditions.

Pour pallier la perte de revenus engendrée par le nouveau système, la loi Pacte encourage l’épargne retraite par capitalisation et permet ainsi aux cadres de se constituer un revenu supplémentaire en souscrivant un Produit d’épargne retraite (PER). La loi encourage aussi l’investissement dans les produits d’assurance vie, en proposant de nouveaux fonds plus éthiques (ISR, Finansol et Greenfin) et en permettant la portabilité entre différents produits au sein d’un même assureur. Investis, les montants dégagés par la baisse des cotisations permettront aux cadres supérieurs de se constituer une meilleure retraite.

Par ailleurs, la réforme n’entrera en vigueur que très progressivement ce qui permettra au gouvernement d’identifier les difficultés à surmonter. En tenant compte des contestations notamment sur les régimes spéciaux qui seront amenés à disparaitre et en sachant que la population des retraités de ces régimes ne représente que 3 %, il est difficile de considérer que cette réforme n’est que défavorable.