Vilavi tourne la page Jacques Bouthier

Bertrand De Meyer
Un processus de cession, qui devrait aboutir fin 2023, débutera dans les prochains mois après la mise en examen de son fondateur et ancien PDG.

Vilavi (ex-Assu 2000) se rêve un avenir plus calme loin de Jacques Bouthier. Le fondateur et président-directeur général du groupe de courtage, qui a été mis en examen et incarcéré dans une enquête pour «traite des êtres humains» et «viols sur mineurs» notamment, a laissé la place à une nouvelle équipe. Michael Hörr, ancien directeur commercial courtage d’Allianz France de 2018 à 2021, a été nommé président du groupe aux côtés de deux directeurs généraux présents dans le groupe depuis plus longtemps, David Guyonnet et Amir Messadi.

Outre cette nouvelle gouvernance, un comité de direction élargi, qui réunira autour de la direction générale les directeurs transverses en charge de la finance, des ressources humaines ou de l’informatique, sera mis en place en novembre et aura pour vocation de définir la politique générale et la stratégie de l’entreprise.
Intérêt de SPVie Assurances

En termes de stratégie, 2023 rimera avec changement d'actionnaire pour le groupe. Alors que Jacques Bouthier, via sa holding familiale, détient 85% du capital, un processus de cession sera bien entamé début 2023 pour une finalisation à la fin de l’année prochaine, confirme Michael Hörr. «Ce processus de cession ne s’inscrit pas dans une logique d’immédiateté liée à des difficultés économiques, l’entreprise se porte bien», défend le nouveau président. Les 15% du capital restant sont détenus par les salariés.

Déjà, SPVie Assurances, quatrième courtier grossiste en France qui affichait fin 2021 un chiffre d’affaires de 88 millions d’euros, a fait part de son intérêt. «Le groupe Vilavi est une pépite de l’assurance hexagonale qui (…) doit rester française», affirme Jeremy Sebag, co-fondateur du courtier. «Nous avons aussi reçu d’autres marques d’intérêt. Se marier avec un acteur de l’assurance de personnes permettrait aussi d’avoir une belle complémentaire», explique Michael Hörr.

Comité éthique externe

Cette vente permettrait à Vilavi de tourner la page de l’affaire Bouthier. Le groupe avait déjà changé de nom pour accompagner le déploiement «d’un plan stratégique ambitieux et la redéfinition complète de la raison d’être du courtier» début 2022 après avoir été victime d’une cyberattaque au mois de juin 2021. Si l’attaque a laissé des traces – un cryptage de données pour lequel le groupe n’a pas payé de rançon -, comme «la perte de 20.000 clients», il affirme qu’il n’y a pas eu d’exfiltrations de données et s’être mis au niveau.

A l’image de cette épreuve, Vilavi entend faire mieux après l’affaire Bouthier. L’audit qu’il avait confié au cabinet Mazars, après des témoignages de salariés qui se disaient harcelés, «n’a pas révélé de système d’harcèlement organisé », relate Michael Hörr. «Nous allons au-delà de cela et sommes en cours de création d’un comité éthique externe, qui sera composé de quatre personnalités dont une ancienne directrice des ressources humaines, une dirigeante d’un courtier ayant une filiale au Maroc et une magistrate, et qui disposera d’un total pouvoir d’investigation en cas d’alerte interne», abonde le dirigeant.

Ouverture à l'assurance des risques professionnels

Pour le moment, la principale conséquence de l’affaire est surtout la décision de Groupama Paris-Val de Loire, un de ses porteurs de risque avec Generali, Allianz, Axa, Swiss Life, de mettre fin « en douceur » à leur relation dans le courant de l’année prochaine. En 2022, Le chiffre d’affaires devrait être inférieur aux 156 millions d’euros de  2021. Fort de 11 marques en assurance (Assu 2000, Euro-Assurance…) crédit (Ab Courtage…) et patrimoine (Cheval Blanc Patrimoine…), 550.000 clients et 322 agences, Vilavi mise sur la fidélisation de ses clients en offrant des produits correspondant à l’amélioration du profil de risque et la conquête en s’ouvrant notamment à l'assurance des risques professionnels.  

Il va par exemple lancer une coopération avec le courtier + simple sur le marché des VTC et des taxis, avec l’espoir de gagner un point de croissance. «Nous rajouterons d’autres activités pour avoir d’autres sources de croissance», affirme Michael Hörr.