Son litige fiscal relègue le redressement d’April au second plan

Une provision fiscale de 15 millions d’euros a provoqué une chute de 28,8% du bénéfice net du courtier en 2018.

Par L'Agefi Quotidien

Pour la première fois depuis une trentaine d’années, Bruno [Rousset] n’est pas à nos côtés pour présenter les comptes annuels, cela marque un vrai tournant». Ce préambule à la présentation des résultats d’April, hier, aura été la seule allusion d’Emmanuel Morandini, directeur général du courtier grossiste en assurance, au prochain changement de contrôle du groupe lyonnais. Evolem, la holding de Bruno Rousset, fondateur d’April, cédera sa participation de 65,13% au fonds britannique de capital-investissement CVC Capital Partners, au deuxième trimestre, comme annoncé en décembre.

Ce qui pourrait en revanche évoluer, c’est le prix de ce rachat. Fin 2018, l’acquéreur et le cédant s’étaient entendus sur 22 euros par action, ce qui valorisait April près de 900 millions d’euros. Mais cet accord avait été assorti d’une possibilité d’abaisser le prix, en raison d’un éventuel redressement fiscal de 69,8 millions d’euros notifié à April par le fisc français en décembre, au titre de sa filiale maltaise de réassurance. Le prix de 22 euros par action doit notamment être déduit «de toute distribution décidée ou mise en paiement» avant la cession des 65,13% d’Evolem à CVC. Or le conseil d’administration proposera à l’assemblée générale un dividende de 0,17 euro par action, au titre de 2018.

L’ampleur de la baisse du prix d’acquisition dépendra aussi de la provision passée pour risque de redressement fiscal. Actuellement de 15 millions d’euros, elle a provoqué une chute de 28,8% du bénéfice net en 2018, à 28,2 millions d’euros. Si elle demeure à 15 millions d’ici au transfert du bloc d’Evolem à CVC, elle sera déduite du prix d’acquisition, tout en étant elle-même défalquée d’une franchise de 10 millions. Dans ce cas de figure, le prix serait donc amputé de 5 millions d’euros, soit environ 0,12 euro par action. Mais «cette provision peut évoluer d’ici à la fin du deuxième trimestre», indique Emmanuel Maillet, directeur financier d’April.  

«Cette provision fiscale gâche un peu la fête», a résumé Emmanuel Morandini. April, qui réalise encore 62,4% de son activité dans l’assurance de personnes, son activité d’origine, mais déjà 37,6% dans l’assurance dommages, a en effet confirmé son redressement en 2018. Son chiffre d’affaires a crû de 7,4% sur un an, à 997,2 millions d’euros, pour une progression de 5,4% de la marge brute, à 451,5 millions, et un résultat opérationnel courant en augmentation de 12,2%, à 77,8 millions.