Retraites: le grand écart des candidats à la présidentielle

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A quelques jours du deuxième tour de l'élection présidentielle, l'Agefi Actifs vous propose de relire l'article consacré au programme des candidats en matière de retraite. Un focus est réalisé sur les propositions d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen.

Quel avenir pour le régime français des retraites? A la mi-mars, Bercy a dévoilé les statistiques des comptes de la Sécurité sociale pour l'année 2016. Il en ressort que le régime général a connu un déficit de 4,1 milliards d'euros l'an dernier, son niveau le plus faible depuis 15 ans, tiré par le bas par une branche maladie encore très déficitaire (-4,8 milliards d'euros). Mais la branche retraite a connu un excédent de 900 millions d'euros, son niveau le plus élevé en quinze ans. Dans ce contexte, les candidats à l'élection présidentielle ont présenté leur vision de l'avenir des retraites. Voici les principales mesures qu'ils prendront s'ils accèdent à la fonction suprême.

Emmanuel Macron: retraite à points, pénibilité par branche

Le candidat d'En Marche ! utilise à l'envi le terme d'«égalité» lorsqu'il développe son projet de réforme des retraites. Son idée est d'instaurer un régime de retraite par points en un seul régime unifié et sur lequel l'accumulation de points ouvrira ensuite les droits sur le principe «un euro cotisé donnera les mêmes droits à la retraite», sur le modèle suédois, en restant dans un système par répartition.

Le candidat promet ainsi de ne pas toucher à l'âge de départ ni au montant des pensions dans sa réforme car, explique-t-il dans son programme, «le problème des retraites n’est plus un problème financier». Il souhaite unifier l'ensemble des régimes en un seul. Le modèle scandinave présente toutefois quelques inconnues, en premier lieu l'absence de certitude sur le montant de sa future retraite. La détermination de la valeur du point s'appuie en effet sur des critères démographiques et de croissance au moment de la liquidation de la retraite. Le mouvement En Marche ! précise que ce système serait «revalorisé chaque année selon de la croissance des salaires».

La grande réforme ne serait pas pour demain, elle serait appliquée aux retraités qui liquideront leur droits à partir de 2022, avec une transition progressive d'environ dix ans.

Concernant la pénibilité, Emmanuel Macron propose de suspendre le compte pénibilité et de l'adapter par branche. Il a également affirmé son souhait de le voir intégré à terme à son système de retraite universel. «L'actualisation sera calculée à terme en fonction de l'espérance de vie, qui n'est pas la même pour un ouvrier et un cadre supérieur», a récemment précisé l'ancien ministre de l'Economie dans une interview au Parisien.

Marine Le Pen: retraite à 60 ans, refonte de la pénibilité

La candidate du Front National propose de revenir à une retraite à 60 ans avec 40 années de cotisations pour percevoir une retraite pleine. Sur le dossier de la pénibilité, le programme de Marine Le Pen dénonce une «inapplicabilité» du compte pénibilité qui serait remplacé par une évaluation personnalisée par la médecine du travail. La pénibilité reconnue serait ainsi compensée par une majoration des annuités.

Marine Le Pen veut également revaloriser le minimum vieillesse en le conditionnant à la nationalité française ou à vingt ans de résidence sur le territoire. Cela permettra, ajoute-t-elle dans son programme, d'augmenter les petites retraites.

Précédemment, les autres candidats avaient leurs propres propositions : 

François Fillon: relèvement de l'âge départ, relèvement des petites retraites

Le candidat des Républicains est celui qui propose le régime le plus drastique en matière de retraite. Pour François Fillon, le départ légal doit être repoussé de 62 ans aujourd'hui à 65 ans. L'âge maximal de départ sera quant à lui maintenu à 67 ans, précise son programme. Le dispositif pour carrières longues sera étendu pour permettre aux actifs ayant démarré leur carrière tôt de partir à 63 ans.

Il annonce également souhaiter revaloriser les petites retraites, celles en-dessous de 1.000 euros. Il promet une hausse de 300 euros annuels sur ces pensionnés modestes. Les petites pensions de réversion devront également être réévaluées, de l'ordre de 10%, pour bénéficier à 300.000 veufs et veuves. 

Sur le sujet épineux des régimes spéciaux, François Fillon annonce que les nouveaux recrutements au sein de ces régimes avantageux seront couverts par le régime général. Cette réforme fait partie d'un plan global de l'ancien Premier ministre qui vise à réaliser 100 milliards d'euros d'économies sur la dépense publique.

Enfin, le candidat propose d'abroger le compte pénibilité, perçu comme trop complexe. Parmi ses solutions, il préconise d'améliorer les conditions de travail et d'avoir une politique de prévention plus ambitieuse.

Benoît Hamon: la pénibilité étendue, l'âge de départ maintenu

Le candidat socialiste souhaite poursuivre les efforts du gouvernement en matière de compte pénibilité. Selon lui, le dispositif doit être étendu et l'âge légal doit être maintenu à 62 ans. L'ancien ministre de l'Education souhaite en revanche permettre un transfert de trimestres validés entre conjoints. Le but selon lui est de favoriser les retraites à taux plein au sein des foyers.

Selon le candidat, le temps d'engagement au sein des organismes associatifs devrait également être pris en compte dans le calcul des trimestres de cotisation.

Pour le reste, la revalorisation du minimum vieillesse de 10% fait partie des engagements du candidat. Tout comme le maintien à domicile qui verrait l'allocation personnalisée autonomie (APA) réévaluée de 30%. Sur le même sujet, un crédit d'impôt de 50% sur les travaux d'adaptation du logement au vieillissement verrait le jour.

Jean-Luc Mélenchon: retraite à 60 ans, suppression des exonérations sur la capitalisation

A l'instar de la candidate FN, le candidat de La France insoumise propose un retour de la retraite à 60 ans à taux plein et un retour de la durée de cotisations à 40 ans. Pour permettre aux petites retraites de joindre les deux bouts, Jean-Luc Mélenchon veut revaloriser les retraites au niveau du Smic lorsqu'il s'agit d'une retraite à taux plein et porter le minimum vieillesse au niveau du seuil de pauvreté (autour de 1.000 euros).

La mise à contribution des revenus financiers des entreprises est prévue pour favoriser le financement intergénérationel des retraites et le système par répartition. Jean-Luc Mélenchon propose notamment la fin de l'article 83 qui propose des exonérations fiscales pour les régimes par capitalisation.