Retraites complémentaires : "Il faut aller beaucoup plus loin"

Selon l'économiste spécialisé sur les retraites Jacques Bichot, les régimes complémentaires doivent être fusionnés avec le régime général. Interview.

Le système des retraites complémentaires est-il désormais sauvé ? 

Jacques Bichot - Répondre par l'affirmative serait enjoliver un peu la situation. Disons que la réforme rend la situation compatible avec une diminution des réserves de l'Agirc et de l'Arrco que le patronat juge acceptable. Cela donnera la possibilité de gérer les systèmes complémentaires sur des années moins bonnes en terme d'emploi ou de baisse de cotisations. Mais le système n'est pas sauvé. En 2017 le déficit hors réforme était prévu à 5,5 milliards d'euros. Il est de 2 milliards après l'accord. On a fait un net allègement du déficit sans le supprimer pour autant. Même si - mais c'est aléatoire - les réserves pourront produire des gains financiers. On est loin désormais de l'époque où le système avait une année de pension en réserve. 

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Faut-il aller plus loin selon vous ? 

Il faut aller beaucoup plus loin. Je dirais même aller vers la fusion des trois régimes : Agirc, Arrco, régime général. Voire même Ircantec (le régime complémentaire public, ndlr). Ce serait d'ailleurs un partenariat gagnant-gagnant. Nous sommes le seul pays au monde à avoir un système de retraite complémentaire par répartition ailleurs c'est de la capitalisation. Dans cette nouvelle réforme, la sécurité sociale pourrait adopter le régime par points, beaucoup mieux géré qu'un régime par annuité, et les retraites complémentaires seraient intégrées au régime de sécurité sociale.

L'annonce de la fusion entre l'Agirc et l'Arrco en 2019 est donc une bonne nouvelle ?

Oui car elle amène à des économies de gestion pour une part déjà réalisées. Les systèmes informatiques ont par exemple déjà été unifiés. Ils ont préparé techniquement cette fusion.

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Le Medef a finalement accepté de toucher aux cotisations patronales avec 700 millions d'euros de hausse à l'horizon 2019. C'est un montant anecdotique sur un tel accord ?

Effectivement, le moins que l'on puisse dire c'est que ce n'est pas une somme énorme. C'est l'avis de la majorité des économistes. Le pire, c'est que in fine, ce n'est même pas le patronat qui va payer mais les salariés. C'est de la poudre aux yeux dans le dialogue qu'ils ont avec Bercy sur les exonérations de charges sociales sur l'impôt. Car lorsque les cotisations patronales augmentent, certes le salaire net des salariés ne change pas. Il y a donc une impression qu'ils ne paient pas. Alors qu'en réalité, et plusieurs études le montrent, les chefs d'entreprises serrent les boulons sur l'emploi. Les études montrent qu'il faut environ deux ans pour que ces effets disparaissent. Pour que tout se passe comme si ces augmentations avaient finalement été des hausses de cotisations salariales. Or les dégâts sociaux sont importants.

Peut-on imaginer, comme le craignent certains syndicats, que ce report indirect de l'âge de départ de 62 à 63 ans prépare le terrain à une future réforme sur le report de l'âge légal dans le régime général ? 

Ce serait dans la logique des choses. Il faudra bien des modifications de l'âge légal. Et ces modifications n'iront pas dans le sens de la descente. A cet égard, la réforme de la retraite complémentaire pourra simplifier le travail du législateur. Mais, on le sait bien, dans ce domaine ce n'est souvent pas la logique qui triomphe.