Retraite : le recul progressif de l’âge de départ semble inéluctable

Les différentes réformes initiées pour sauvegarder le système de retraite par répartition sont pilotées au travers du recul de l’âge pour obtenir une retraite à taux plein. Les effets de ce déplacement de curseur restent encore mal mesurés. Des ajustements techniques au fil de l’eau seront nécessaires.

Le pilotage du système de retraite par répartition se fait au travers de plusieurs leviers : le niveau des pensions à servir ainsi que le niveau de ressources disponible pour financer ces pensions. Un autre curseur essentiel consiste à reculer l’âge de départ en retraite. «  Parmi les réformes des retraites, celles de 1993,2003 et 2014 ont eu des effets potentiellement importants, mais qui ne seront complétement observables que dans la durée. Ces réformes ont surtout modifié le nombre d’années de cotisation requises pour l’obtention d’une retraite à taux plein », précise la dernière analyse de l’Insee intitulée « : report de l’âge de la retraite et taux d’emploi des seniors : le cas de la réforme des retraites de 2010 ». « La réforme de 2010 a des caractéristiques très différentes. Elle a déplacée les limites à l’intérieur desquelles la liquidation peut avoir lieu », précise l’étude. Sur un plan technique l’âge d’ouverture des droits est passé de 60 ans pour la génération née en 1950 à 62 ans pour la génération née en 1955. « Pour les régimes de base des salariés du privé, le recul de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans s’est effectué en deux étapes : en 2010, la loi Woerth a prévu un recul progressif avec un recul à 62 ans au plus tôt pour les assurés nées en 1956. L’année suivante, la LFSS pour 2012 a prévu un recul plus rapide avec une retraite à 6 ans pour la génération née en 1955 », précise Pascale Gauthier  directrice associée au sein du cabinet Novelvy retraite. «  L’âge du taux plein garanti est décalé de 5 ans par rapport à l’âge d’ouverture des droits. Il a reculé de 65 ans à 67 ans en suivant le rythme du recul du régime de base de 60 à 62 ans », poursuit-elle.

Le Conseil d’orientation des Retraites (COR) avait estimé lors d’une séance plénière d’octobre 2016 que ce report pourrait avoir des effets positifs sur l’économie en générant une hausse des points de PIB. L’Insee constate que : « le surcroît d’activité induit par la réforme se traduit majoritairement par un accroissement de l’emploi, mais également du chômage, voire de l’inactivité (hors retraite) ».

Selon l’OCDE, l’âge normal de la retraite continue à reculer : il sera de 67 ans à échéance 2021 au Royaume-Uni et 2027 en Espagne et en Allemagne. Dans le cadre des propositions faites en matière de retraite, si certains candidats proposent de ramener l’âge légal à 60 ans, d’autres envisagent un recul de l’âge de départ à 65 ans. Ce qui aurait une incidence sur certains paramètres techniques en vigueur actuellement. « Le taux plein est garanti cinq ans après l’âge d’ouverture des droits. Si ce dernier recule à 65 ans, le taux plein ne sera garanti qu’à 70 ans. Ce qui est une mesure difficilement acceptable socialement dans la mesure où le droit au minimum vieillesse est associé à cet âge. De même, le recul de trois ans de l’âge du départ à la retraite anticipé pour carrière longue fera l’objet de négociations. Enfin pour permettre aux assurés de patienter jusqu’à 65 ans, il vaudrait mieux ne pas faire reculer davantage la retraite progressive accessible  aujourd’hui dès 60 ans », analyse Pascale Gauthier. D’autres ajustements seraient également nécessaires : «  Le bonus-malus, dispositif de l’Agirc-Arrco, destiné à inciter les assurés à reculer le départ à la retraite, sera-t-il toujours nécessaire si tout le monde part à 65 ans ? Enfin pour nombre d’assurés qui voulaient poursuivre leur activité professionnelle  jusqu’à 65 ans, les dispositifs de surcote et de cumul emploi retraite ne seront plus accessibles », pointe Pascale Gauthier.