Patience et longueur de temps…

L'édito du rédacteur en chef de l'Agefi Actifs, Jean-François Tardiveau, paru dans notre dernier numéro papier.

En France, la nécessité de trouver des financements supplémentaires est un exercice que connaissent bien les pouvoirs publics. Surtout au terme d’une échéance électorale comme celle que nous venons de vivre, où l’ancienne majorité en place s’était montrée, vers la fin, très généreuse. Et beaucoup moins comptable. Résultat, pour tenir ses engagements « maastrichiens » en matière de déficits devant Bruxelles, la nouvelle équipe gouvernementale vient d’indiquer qu’il allait falloir se serrer la ceinture. La hausse de la CSG étant au programme dès l’an prochain, un financement supplémentaire par l’impôt semble exclu si l’on en croit le ministre de l’Action et des Comptes publics. En revanche, il est probable que certains contribuables – les plus aisés – devront attendre avant de profiter de dispositions en mesure d’améliorer leurs finances. Transformer l’ISF en ISI pour ne taxer que l’immobilier, puisque c’est de cela qu’il s’agit, devait aussi favoriser les investissements en actions, profiter à nos entreprises et inspirer confiance à nos expatriés fiscaux. Seulement, cette mesure coûte quelques milliards d’euros qui font cruellement défaut à l’Etat et il est à craindre qu’au nom d’une rigueur budgétaire qui n’a eu de cesse dans notre pays d’être remise aux calendes grecques, les assujettis à l’ISF ne doivent encore patienter. Et le reste avec.

Ils ne seront pas les seuls. Dans un autre domaine, le Conseil d’orientation des retraites (COR) a sans doute récemment plombé l’ambiance du côté de l’Elysée. Alors candidat, Emmanuel Macron avait fait part de sa volonté de fondre tous les régimes de retraite pour les intégrer dans un système universel par points sans toucher ni à l’âge minimum ni au niveau des pensions. Las, ce grand chantier reposait sur un retour à l’équilibre du système de retraite aux alentours de 2025 – comme le prévoyait le même COR l’an dernier. A l’évidence, le temps s’est assombri. Toujours selon cette instance, il y a quelques jours, on a appris que le déficit du système de retraites va finalement perdurer jusqu’en 2040, dans le meilleur des cas. En cause : la révision à la baisse des prévisions économiques et démographiques.

Certes, en matière de retraite, tout n’est pas noir. Saluons ces jours-ci, la création à Bruxelles du label  « PEPP » (pour «Pan-European Personal Pension Product»). Ce dernier doit distinguer des produits d’épargne retraite utilisables par un seul investisseur dans les 28 pays de l’Union. Le progrès est énorme pour les citoyens du Vieux Continent. Mais il faudra une fois encore être patient. La proposition doit désormais être examinée par le Parlement européen et par les 28 ministres des Finances. D’où, dans le meilleur des cas, une entrée en vigueur d’ici… à fin 2019.

Ceux en revanche qui n’ont pas attendu le nombre des années pour exposer leurs talents, ce sont les jeunes étudiants des meilleurs masters de France qui se sont illustrés dans notre Grand Prix du Patrimoine des Jeunes Diplômés que vous découvrirez dans les pages suivantes. Comble d’ironie, ils ont travaillé sur une problématique patrimoniale et fiscale complexe dont l’un des objectifs consistait à minorer l’ISF. C’aurait pu être le dernier énoncé de ce type. Mais puisque l’on cherche des financements en France, gageons que l’on planchera encore longtemps sur un cas de la sorte…