Les produits retraite n'ont pas une meilleure performance que les marchés

Adrien Paredes-Vanheule
La plupart des produits d'épargne à long terme et d'épargne-retraite de l'Union européenne "n'ont pas eu, en moyenne, un rendement réel proche" de celui des marchés des capitaux au cours des 20 dernières années, révèle une étude de Better Finance, la fédération des investisseurs particuliers européens.

Dans la huitième édition de son rapport sur le rendement réel de l'épargne à long terme et de l'épargne-retraite, l'association a recueilli et passé au crible des données sur les performances réelles passées de tous les produits européens d'épargne à long terme et d'épargne-retraite sur une période de 20 ans (1999-2019).

"Ce rapport montre qu'il n'est pas impossible, mais très difficile pour nous de collecter les données nécessaires, car un grand nombre de données ne sont tout simplement pas disponibles au niveau agrégé et national, en particulier pour les années antérieures", explique Better Finance, pour qui la recherche d'informations sur les rendements de l'épargne à long terme et de l'épargne-retraite "ne s'améliore pas vraiment, et au contraire se détériore".

La principale conclusion de l'étude de Better Finance suggère que la plupart des produits d'épargne à long terme et d'épargne-retraite de l'Union européenne (UE) n'ont pas eu, en moyenne, un rendement proche (en termes réels) de celui des marchés des capitaux au cours des 20 dernières années (2000-2019). Pour arriver à cette conclusion, l'association prend comme postulat de départ un indice de référence composé à 50 % d'actions européennes et à 50 % d'obligations européennes. Un tel indice a enregistré un rendement de 72 % (en termes réels) avant impôts ou un rendement réel annualisé de 2,74 % par an sur la période 2000-2019. Selon l'étude, aucun des 15 instruments d'épargne-retraite -pour lesquels des données étaient disponibles sur la même période- n'a pu obtenir ni surpasser ce rendement. L'association a même trouvé un produit affichant un rendement réel négatif sur cette période de 20 ans : les assurances françaises en unités de compte avec un rendement de -0,66 %. En outre, huit des quinze produits d'épargne-retraite ont enregistré un rendement réel net inférieur à 1,5 % par an, ce qui équivaut à moins de 35 % de bénéfices avant impôts sur les vingt dernières années.

"Sur la plus longue période de référence (20 ans, 2000-2019), les fonds de pension néerlandais sont restés les plus performants, enregistrant un rendement net réel (avant impôts) de 2,73 % par an, soit 71 % de bénéfices, avec un écart important par rapport au deuxième plus performant, les régimes de retraite professionnels belges, qui ont enregistré une moyenne annuelle avant impôts de 2,14 %", souligne le rapport. Même sur une période plus courte (par exemple 2002-2019 ; 2005-2019 ; 2008-2019), l'indice de référence des marchés des capitaux de l'UE de Better Finance surpasse la plupart des produits d'épargne-retraite de l'UE.

En outre, les perspectives globales à moyen terme concernant l'adéquation de l'épargne-retraite européenne en 2019 sont préoccupantes, selon Better Finance, qui énumère cinq raisons à ces sombres prévisions. Parmi ces raisons, citons la baisse continue des taux d'intérêt, la pression négative exercée par les rendements obligataires, l'inflation persistante, l'absence de tendance à la baisse de la fiscalité de l'épargne-retraite et l'absence d'amélioration de la transparence des informations sur les coûts. L'association ajoute que 2020 pourrait être un tournant pour ses perspectives en matière de retraites. "Les mesures à prendre doivent être rapides et avoir pour base les citoyens de l'UE comme principale source de financement à long terme de l'économie".

L'allocation moyenne des actifs des fonds de pension de l'UE est assez stable

Dans le domaine de l'allocation d'actifs, le rapport de Better Finance souligne des "différences frappantes" selon les pays et les produits.

Sur seulement deux des 17 marchés couverts, la Pologne et la Lituanie, les fonds de pension sont investis à plus de 50 % en moyenne dans des actions. Les fonds de pension polonais et lituaniens sont investis à 82 % et 75 % respectivement en moyenne dans des actions. Les obligations restent la principale composante du portefeuille dans huit pays sur dix et au moins 40 % dans les six autres. La Bulgarie, la Croatie, le Danemark, l'Estonie, la Lettonie, les Pays-Bas, la Roumanie et la Slovaquie avaient une exposition de plus de 50 % aux titres à revenu fixe en 2019. Le rapport souligne également qu'au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne et en Slovaquie, au moins un tiers du capital est investi dans des parts d'organismes de placement collectif ou d'autres instruments. En outre, les liquidités et les dépôts sont "marginalement utilisés, principalement à des fins de liquidité à court terme".

Better Finance observe que la répartition moyenne des portefeuilles des fonds de pension européens n'a pas beaucoup changé sur la période 2015-2019. En 2019, elle était de 48 % d'obligations, 30 % d'actions, 17 % d'autres instruments de marché et 5 % d'espèces et de dépôts. L'association constate un léger glissement des liquidités et des obligations vers les organismes de placement collectif (11 % en 2015 à 17 % en 2019).