Les mutuelles françaises devraient continuer à perdre des parts de marché

Jade Grandin de l'Eprevier, L’Agefi
Les mutuelles santé, mutuelles d’assurance et institutions de prévoyance ne font pas le poids face aux effets de taille des assureurs traditionnels et bancassureurs, selon Fitch.

Les mutuelles françaises vont continuer de perdre des parts de marché, prévoit Fitch Ratings dans une étude publiée mercredi. Ces établissements (mutuelles santé, mutuelles d’assurance et institutions de prévoyance) sont généralement plus petits que les bancassureurs et les assureurs traditionnels. Leurs capacités de distribution sont donc moindres et leurs coûts d’acquisition client plus élevés. Or, leurs concurrents empiètent sur leurs marchés : les assureurs traditionnels ont identifié la santé et la prévoyance comme un vivier de croissance, tandis que les bancassureurs gagnent du terrain en dommages. C’est aussi le cas dans d’autres pays européens, comme en Italie «où les bancassureurs deviennent plus agressifs sur le marché de l’assurance non-vie» observe Federico Faccio, directeur senior chez Fitch Ratings.

Deuxième désavantage lié à la taille : la difficulté à absorber la hausse des coûts réglementaires. En 2018, l’entrée en application du règlement européen sur la protection des données (RGPD) et la directive sur la distribution d’assurance (DDA) feront grimper la pression. Ces dernières années, les établissements ont dû prendre le virage de la loi Hamon, Sapin, ANI et de la fin des clauses de désignation en prévoyance.

Par ailleurs, les structures mutualistes innovent moins facilement en matière de produits et de services car elles ont «moins de flexibilité financière pour allouer des fonds à de tels projets», explique l’agence.

Les mutuelles ont certes des cordes à leur arc. L’ouverture du marché de l’assurance emprunteur leur permettra d’acquérir des clients à moyen terme ; «mais cela ne sera pas suffisant pour empêcher la baisse des parts de marché», nuance Federico Faccio. De même, la force historique des mutuelles, leur proximité avec les clients, «ne se traduit pas par un retournement de la tendance baissière de leurs parts de marché, remarque Stéphane Vago, analyste chez Fitch Ratings. Les bancassureurs sont aussi proches de leurs clients, et acquièrent beaucoup de données sur eux».

Dans ce contexte, l’agence de notation s’attend à ce que la consolidation se poursuive entre mutuelles. Leur nombre a diminué de 10% en 2016, et chuté de 60% entre 2006 et 2016. «Les rapprochements entre groupes de grande taille restent moins fréquents, mais on peut s’attendre au maintien d’une dynamique d’agrégation parmi les petits», prévient Federico Faccio.