Les institutions européennes de retraite professionnelle trop peu préparées face au risque de transition

Mathilde Castagna
Les institutions de retraite professionnelle restent fortement exposées aux risques de transition et sont encore trop peu à conduire des tests de résistance environnementaux dans leur propre gestion des risques.

Si des mesures d’ajustement face aux enjeux climatiques ne sont pas mis en place à temps, que deviendraient nos institutions de retraite professionnelle en cas de transition soudaine vers une économie verte ? L'Autorité européenne de supervision des assureurs (Eiopa) a annoncé mardi la publication des résultats d’un nouveau test de résistance auquel elle a soumis les institutions européennes de retraite professionnelle (IRP). Il s'agit du premier exercice de resistance climatique du genre pour le secteur.

«Les résultats indiquent que les IRP sont fortement exposées aux risques de transition», déclare l’autorité dans son rapport. «Lorsque l'on examine à la fois les actifs et les passifs, l'impact sur les ratios de financement semble gérable, ce qui en soi est rassurant. Néanmoins, les lourdes pertes du côté des actifs montrent clairement la vulnérabilité du secteur aux risques climatiques, en particulier en ce qui concerne les investissements dans les industries à forte intensité de carbone», a déclaré Petra Hielkema, présidente de l’Eiopa.

Pour ce test, auxquels 187 institutions ont participé, l’autorité a confronté les acteurs a un scénario de changement climatique qui simule «une transition soudaine et désordonnée vers une économie verte en raison de la mise en œuvre tardive des mesures politiques». Concernant les actifs des acteurs, cette situation a provoqué une baisse globale de 12,9 %, correspondant à des pertes de valorisation d'actifs d'environ 255 milliards d'euros. L'essentiel de la baisse de valeur s'est manifesté dans les placements en actions et en obligations. Pour le scénario, qui incluait des mouvements de taux d'intérêt, le passif à également été affecté. Le taux de risque étant en hausse, les passifs ont diminué, «ce qui a permis d'amortir l'impact des dévaluations des actifs sur le ratio de financement même s'ils n'ont pas entièrement compensé la baisse», a reporté l’Eiopa.

Les situations financières se sont donc encore légèrement détériorées. «Dans le scénario de cette année, une baisse des passifs due à la hausse des taux d'intérêt a contribué à contrebalancer une grande partie des pertes du côté des actifs, mais ce n'est peut-être pas le cas dans tous les scénarios. Il est important d'y réfléchir et d'envisager de tester différents scénarios lors d'exercices futurs, car ils pourraient nous donner une meilleure idée des risques environnementaux supportés par les IRP», a complété Petra Hielkema.

Atténuation et adaptation

L’autorité européenne a néanmoins fait remarquer que les institutions prennent de plus en plus en compte les critères ESG dans leurs décisions stratégiques d’investissements. En revanche, elles sont seulement 14% à utiliser des tests de résistance environnementaux dans leur propre gestion des risques. L’Eiopa a néanmoins fait remarquer qu’elles représentaient le groupe avec les meilleurs résultats lors de l’enquête. Cela suggère que les tests de résistance climatique effectués en interne pourraient bien être bénéfiques à terme.