Les inégalités hommes/femmes toujours criantes sur la retraite

La pension de droit direct des femmes est en moyenne inférieure de 40% à celle des hommes. Ces dernières sont plus inquiètes sur le système des retraites et moins bien informées sur l'épargne retraite.
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Le compte n’y est toujours pas ! Une enquête réalisée par le Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (CECOP) à la demande du Cercle de l’Épargne et d’Amphitéa (1), montre des inégalités persistantes entre les hommes et les femmes quand il s’agit de leurs retraites. Fin 2019, les chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) étaient sans appel : les femmes résidant en France avaient une pension de droit direct inférieure de 40% en moyenne à celle des hommes. Cet écart était de 50% en 2004. La réduction des écarts est donc lente, mais elle s’explique par «l’augmentation du taux d’activité des femmes qui accèdent par ailleurs davantage à des postes qualifiés et par la meilleure prise en compte des arrêts de travail pour maternité», indiquent les auteurs de l’étude. A noter qu’après la prise en compte de la pension de réversion dont les femmes sont les principales bénéficiaires, l’écart de pension homme/femme passe à 28% en 2019.

Ecarts de salaire

L’origine des inégalités sur la retraite vient notamment de la rémunération pendant la période d’activité. En 2018, le salaire moyen d’une femme en équivalent temps plein était inférieur de 16,8% à celui d’un homme quand il l’était de 20% en 2009. La différence est encore plus marquée parmi les plus hautes rémunérations, notamment parce que les femmes sont sous–représentées dans le haut de la distribution des salaires. Toujours selon l’Insee, elles ne représentent que 19,5% des 1% des salariés les mieux rémunérés, alors qu’elles occupent 41,6% de l’ensemble des postes salariés du privé.

«Les inégalités de revenus entre hommes et femmes, sont à la fois liées à la nature des postes occupés et à la pratique plus répandue du temps partiel chez les femmes», rappellent le Cecop. Ainsi selon l’Insee, en 2020, 39,9% des femmes en emploi occupent des postes d’employés, contre 12,5% des hommes. Si on compte davantage d’hommes parmi les ouvriers (29,9% contre 7,9%), ils sont également plus nombreux à exercer une activité en tant que cadres (22,7% contre 17,9%). Enfin près de trois femmes sur dix travaillent à temps partiel (27,4%), soit 3,3 fois plus que les hommes.

Inquiétude

Selon les résultats de l’enquête, 73% des femmes estiment que le niveau de pensions servies est ou sera insuffisant pour vivre correctement quand 55% des hommes partagent ce point de vue. Parmi elles, 29% considèrent même qu’il est «tout à fait insuffisant» (contre 20% des hommes). Les femmes sont aussi peu confiantes dans le système actuel. Près de sept femmes sur dix (69%) pensent que le système de retraite tombera en faillite d’ici quelques années «s’il n’est pas profondément réformé». Cette proportion est de 64 % pour l’ensemble des Français et de 58 % chez les hommes.

Enfin, elles sont légèrement moins enclines au report de l’âge de départ à la retraite à 64 ans : 27% pour les femmes contre 31% pour les hommes. «Cette opposition est liée au fait qu’elles liquident déjà plus tardivement que les hommes leurs droits à pension », rappellent les auteurs de l’étude citant les chiffres 2019 de la Dares montrant que la liquidation des droits à la retraite intervient en moyenne 7 mois plus tard pour les femmes (62 ans et 6 mois contre 61 ans et 11 mois).

Si elles sont plus inquiètes que les hommes en ce qui concerne l’avenir du système de retraite, elles sont plus nombreuses à rejeter toutes réformes pouvant les contraindre à travailler plus longtemps. Elles sont ainsi 53 % à manifester leur opposition à la fois à l’allongement de la durée de cotisation d’une part et le report progressif de l’âge légal d’autre part (contre 49 % des hommes).

Inégalité face à l’épargne

Au niveau de l’épargne retraite, les femmes sont à la traine. 61 % des interviewées déclarent ainsi ne pas épargner du tout dans cette optique contre 51% des hommes. Parmi les épargnantes en vue de la retraite, seules 6% le font très régulièrement (contre 12% des hommes). Une moindre épargne qui s’explique en grande partie par les écarts de revenus évoqué plus haut. «Faute de moyens suffisants, les femmes privilégient l’épargne de précaution pour répondre à des besoins de court terme», insiste le Cecop.

L’inégalité est aussi présente sur l’information puisque 72% des femmes interrogées déclarent n’avoir jamais entendu parler du nouveau Plan d’épargne retraite (PER) contre 63% des hommes.

Moins bien informées mais plus actives ! 12% des femmes déclarent avoir déjà souscrit un PER contre 9% des hommes. Elles sont par ailleurs plus nombreuses à manifester un intérêt pour le PER. 27% d’entre elles indiquent avoir l’intention d’en souscrire un. Respectivement 5% d’entre-elles déclarent qu’elles le feront «certainement» et 22% «probablement». Les hommes sont un peu moins nombreux à l’envisager (24% au total).

En cette journée internationale du droit des femmes, l'enquête montre en tout cas que le chemin vers l'égalité sera encore très long...

 (1) L’enquête a été réalisée sur internet les 1er et 2 septembre 2021 auprès d’un échantillon de 1.019 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, constitué d’après la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Le terrain d’enquête a été confié à l’IFOP.