Les complémentaires santé se préparent à la taxe Covid temporaire

Sylvie Guyony
La Sécurité sociale attend des assureurs environ 1,5 milliard prélevés sur leur chiffre d’affaires 2020-2021 en santé, au nom de la solidarité.

La Sécurité sociale a déboursé 15 milliards face à la crise sanitaire. Le confinement a engendré des économies «estimées à plus de 2 milliards d’euros» pour les organismes complémentaires. Ces derniers vont donc verser une «contribution», «exceptionnelle» et «temporaire» d' environ 1,5 milliard d’euros, a confirmé le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).

Les assureurs dénoncent cette «taxe Covid», imposée par le gouvernement sur fond de réformes coûteuses pour généraliser leur couverture et réduire le reste à charge. «Nous estimons que le confinement aura globalement, sur 2020, un impact positif pour l’assurance santé, tranche Benjamin Serra, senior vice president insurance EMEA chez Moody’s. Toutefois, il y aura un effet de rattrapage – qui se poursuivra en 2021 – lié notamment au report des soins dentaires ou des opérations déprogrammées depuis mars dernier.»

Les complémentaires santé contribueront chacune selon leur chiffre d’affaires. Et pour une somme totale qui pourra être «revue en 2021 en fonction de l’évolution de la situation sanitaire et de l’actualisation du niveau des économies constatées». En pratique, elles vont verser «250 millions d’euros par trimestre à partir de mars 2021, précise Pierre-Yves Simon, consultant senior chez Square. La mise en place reposera sur la déclaration trimestrielle des cotisations faite par les assureurs à l’Urssaf, qui sert déjà à ponctionner la taxe de solidarité additionnelle, qui finance notamment la couverture maladie universelle, transformée en complémentaire santé solidaire».

La rentabilité des assureurs serait-elle mise en péril ? «L’assurance complémentaire santé est majoritairement exercée par des acteurs de la Mutualité et de la prévoyance, souvent moins rentables que les assureurs traditionnels. Les mutuelles spécialisées n’ont pas de raison de se retrouver en pertes, mais la taxe viendra en grande partie annuler les bénéfices exceptionnels. Les acteurs traditionnels peuvent dans certains cas bénéficier de la diversification avec d’autres activités», remarque Benjamin Serra. Les institutions de prévoyance sont dans une situation plus tendue. «La sinistralité en prévoyance se dégrade avec l’augmentation des arrêts de travail. L’environnement économique et la défaillance probable de certaines entreprises aura également un impact négatif. Le plus souvent, le seul levier est d’augmenter les tarifs», conclut l'expert.