Assurance emprunteur

Le pari de la segmentation professionnelle

April a annoncé la commercialisation prochaine d’un nouveau produit d’assurance emprunteur
Basé notamment sur des critères de statut et de profession, il promet une baisse des primes pour 70 % des clients
DR, Patrick Burtin, directeur assurance emprunteur, April

Alors que l’assurance emprunteur a récemment beaucoup fait parler d’elle après la censure par le Conseil constitutionnel de la résiliation annuelle dans la loi Sapin II, l’assureur April innove avec un nouveau produit. Le groupe vient de dévoiler les détails de son offre baptisée « Assurance de prêts April ». Ce dernier-né remplacera les trois produits déjà existants, précise April : l’assurance standard, l’assurance primo-accédants et l’assurance pour le prêt spécifique, pour n’offrir plus qu’un seul produit à ses clients.

Nouveau référencement des profils.

L’innovation proposée et la baisse des tarifs qu’elle promet tiennent en une donnée centrale : une segmentation différente et plus efficace des profils. Aux critères d’âge, de risque et du couple durée/taux d’emprunt notamment, l’assureur a reconstruit ses gammes de tarifs en fonction du statut et de la profession des clients. Concrètement, alors qu’il utilisait surtout les catégories socioprofessionnelles, il les croise désormais aux professions. « Ce sont des éléments d’une grande richesse qui permettent une segmentation beaucoup plus fine que celle que nous utilisions dans le passé », explique Patrick Burtin, directeur assurance emprunteur d’April. A titre d’exemple, la catégorie « Employés » dans la souscription d’un contrat proposait jusqu’à aujourd’hui de fortes différences de sinistralité entre les employés de bureaux (sinistralité faible) et les autres (sinistralité plus élevée). Ce qui lui a notamment permis de découvrir que le secteur de la petite enfance, le métier d’avocat (au sein des professions libérales) ou le segment de la vente présentaient de bons profils de risque.

Pour affiner ses critères professionnels, l’assureur a retravaillé ses bases de données qui répertoriaient 22.000 métiers pour n’en référencer que 850 désormais. Après ce « nettoyage », différentes catégories professionnelles ont été construites. « Cela nous a permis de couvrir à un tarif très compétitif des catégories qui présentent finalement un risque moins élevé qu’on aurait pu penser initialement », poursuit Patrick Burtin.

Ce travail dans les données des clients permet à April d’affirmer que sur une simulation effectuée auprès de 100.000 adhérents, 70 % présentent un coût final moins élevé et à l’inverse 30 % affichent une prime de risque plus grande. L’assureur se défend de tailler dans le principe de la mutualisation du risque : « Le risque est toujours mutualisé, même si tous les contrats sont segmentés tarifairement selon la vision du risque de l’assureur. La mutualisation se réalise entre tous les assurés : ceux qui auront un sinistre et ceux qui n’en auront pas. »

Une souscription en ligne.

April met également l’accent sur le parcours digital du client pour concurrencer directement le modèle bancaire de souscription, plus simple et plus rapide que pour celui d’un assureur alternatif. Un questionnaire de tarification « intelligent » ainsi fait son apparition. Il propose au client des questions de plus en plus affinées sur son parcours de santé en fonction des précédentes réponses apportées par le souscripteur. La signature est électronique et « les documents à remettre à la banque sont ensuite téléchargeables », ajoute l’assureur.

Commercialisée à partir du 15 février, l’offre d’April s’inscrit dans un contexte où le marché de l’assurance emprunteur, estimé autour de 8 milliards d’euros, se dirige inexorablement vers davantage d’ouverture. Après la censure des Sages le 8 décembre dernier de la disposition qui visait à ouvrir le champ à la portabilité de son contrat d’assurance au-delà de la première année, les sénateurs ont réintroduit un amendement en ce sens à Noël. Ils apportent toutefois un changement notable à la proposition : la résiliation annuelle s’appliquerait sur les offres de prêts émises à partir du 1er mars 2017, non rétroactives donc. Un marché sur lequel April, comme bien d’autres assureurs alternatifs, compte tailler dans les confortables marges des banques.