PER : l’atout gestion pilotée

Claire Nizard
Le succès du PER s’explique entre autres par sa capacité à optimiser l’accumulation du capital. Il privilégie en effet une gestion pilotée profilée par horizon qui fait la part belle aux actifs à risque. Si certaines compagnies d’assurance multiplient les grilles d’allocation pour séduire les particuliers, les acteurs qui s’adressent aux entreprises misent plutôt sur la simplicité.
(Adobestock)

Créé par la loi Pacte, le plan d’épargne retraite (PER) est d’ores et déjà, après deux ans d’existence un succès. Début octobre, le ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance publiait dans ce domaine des chiffres éloquents : 3,8 millions de détenteurs étaient recensés alors que le gouvernement tablait sur trois millions en 2022. Mieux : ce dispositif d’épargne devrait, selon le Ministère, concerner quatre millions de ménages début 2022 avec des encours qui dépasseraient les 50 milliards d’euros. Le gouvernement pourrait ainsi espérer atteindre, voire même dépasser, les 300 milliards d’euros attendus investis en épargne retraite en 2022 contre 230 milliards en 2019. L’Association française de la gestion financière (AFG) publiait aussi de son côté le 19 octobre des chiffres très positifs. Cette dernière a en effet constaté une progression de 21 % sur un an à fin juin des encours en épargne retraite en entreprise. Ces bons résultats s’expliquent par le fait que le PER introduit un changement majeur dans le monde de la retraite en la simplifiant. Tous les produits dédiés, qu’ils soient collectifs (proposés par les entreprises à l’ensemble de leurs salariés ou Perco), obligatoires (proposés par les entreprises à une partie de leurs salariés ou articles 83 et 39) et individuels (PERP, Madelin….) s’insèrent et/ou sont remplacés par un produit unique le PER, qui peut intégrer plusieurs compartiments (individuel, collectif, obligatoire). Et ce produit unique cumule les avantages de chacun : sortie possible en capital, déblocage en cas d’acquisition de la résidence principale ou d’accidents de la vie, déductions fiscales à l’entrée, possibilité de désigner des bénéficiaires, gestion pilotée par horizon par défaut… Certaines de ces dispositions ayant plus d’incidences que d’autres sur l’attractivité du produit. « Le PER dans sa version individuelle constitue un succès phénoménal, principalement dû à la possibilité de sortir en capital au moment de la retraite, la rente n’étant pas appréciée des ménages français », commente Pierre-Emmanuel Sassonia, directeur associé Eres.

L’accent mis sur le rendement

Parmi les avantages du PER, la gestion pilotée par défaut constitue peut-être l’un des moins connus. Il est pourtant majeur. A travers ce dispositif, le législateur s’attaque à l’une des faiblesses de l’épargne en France : sa liquidité. Les épargnants ont tendance à privilégier des produits à très court terme comme les fonds monétaires, les livrets bancaires, voire les fonds en euro dans le cadre de l’assurance vie pour leurs supports d’investissement, y compris pour des horizons d’investissement à long terme et même très long terme (voir encadré). Une tendance qui n’est pas sans conséquence. « Un investisseur qui place son épargne dans des fonds monétaires perd actuellement plus de 2 % de pouvoir d’achat par an sur le capital qu’il a investi. Ces derniers offrent une rémunération négative depuis maintenant près de cinq ans et subissent actuellement en plus l’effet d’une inflation en hausse », prévient Emmanuel Sassonia. Les placements liquides sur longue période grignotent le capital accumulé au lieu de le faire fructifier. A contrario, les actions offrent du rendement sur le long terme. « La recherche académique montre que les investissements en actions apportent un supplément de rendement par rapport à un actif sans risque compris entre 5 % et 7 % par an en moyenne sur le long terme », explique Aymeric Champeil, co-fondateur de My Pension, un courtier-conseil spécialisé dans la retraite.

Une accélération attendue dans l’épargne retraite collective

Le marché de l’épargne retraite en entreprise est à deux vitesses avec d’une part les très grandes entreprises qui sont toutes équipées et les petites dont l’équipement progresse lentement. Paradoxalement, les petites entreprises ont adopté plus facilement le PER que les plus grandes. « Les petites entreprises bénéficient souvent de Perco inter-entreprises qui ont pu être transformés rapidement. Cette transformation avance moins vite au niveau des grandes entreprises car le PER a parfois pu être identifié comme réduisant les avantages des salariés non imposables », précise Emmanuel Sassonia. En effet, l’un des avantages du PER est la déductibilité des cotisations, qui ne s’applique pas aux ménages non imposables.  « La contrepartie de la déductibilité est l’imposition des plus-values à la sortie, cette nouvelle imposition constitue un recul pour les salariés non imposables qui ne bénéficient pas de la déductibilité à l’entrée, mais se voient imposer un nouvel impôt à la sortie sur les plus-values », poursuit Pierre-Emmanuel Sassonia. Le projet de loi de finances pour 2022 pourrait remédier à ce problème. « Un amendement se proposant d’aligner la fiscalité des plus-values des versements non déductibles du PER collectif sur le Perco a été adopté en commission des finances. Ce changement pourrait constituer un signal positif pour les partenaires sociaux et accélérer ainsi la transformation des Perco », conclut l’expert d’Eres.  

Pour bénéficier de ce rendement, tout en contrôlant les risques, la loi Pacte prévoit - lorsque le détenteur d’un PER n’exprime pas une préférence en matière de supports d’investissement - qu’il soit orienté systématiquement vers une gestion pilotée et profilée par horizon. Cette technique de gestion signifie que le détenteur du PER s’en remet pour la gestion de ses actifs à une compagnie d’assurance, une société de gestion ou une banque qui va inscrire l’allocation dans un cadre précis prenant en compte deux critères : l’horizon d’investissement (ou l’âge du souscripteur) et son appétit pour le risque. « Trois profils de risque ont été retenus par le législateur : prudent, équilibré et dynamique, le second étant l’option par défaut », précise Pierre-Emmanuel Sassonia. Ces profils relativement classiques associent des actions, des obligations et du monétaire. « Un profil équilibré verra la part des OPC actions limitée à 65 % et au moins 35 % sera investi en OPC obligataires notés en catégorie Investment Grade (IG), c’est-à-dire la plus prudente. Dans un profil prudent, les proportions sont plutôt de 20 % pour les actions et de 80 % pour les obligations IG et celles-ci sont inversées dans un profil dynamique où les actions représentent autour de 80 % de l’allocation avec une limite haute à 95 % et une limite basse à 60 % », détaille Aymeric Champeil. Ces allocations sont ensuite ajustées avec le temps, la part des actions devant se réduire au fur à mesure que le souscripteur se rapproche de l’échéance de sa retraite. Pour des horizons d’investissement très longs (plus de 10  ans), le gérant se rapprochera des bornes supérieures en actions, qui elles-mêmes dépendent du profil. « Pour un horizon de 35 ans par exemple, le profil dynamique peut grimper à 95% en actions et se situera à 20% voire un peu plus pour un profil prudent », explique Christophe Olivier, co-fondateur de My Pension. Ensuite, le portefeuille sera progressivement désensibilisé par rapport aux actifs à risque (actions principalement) jusqu’à ne plus y être exposé au moment de la liquidation. Là encore, ce process varie selon le profil. La désensibilisation commencera plus tôt pour un profil prudent que pour un équilibré ou dynamique. « La réduction de la part des actifs à risque commencent à dix ans de l’échéance de la retraite pour un profil équilibré, elle démarre avant pour un profil prudent qui, à cinq ans de cette échéance, ne doit pas comporter plus de 6 % d’actions », détaille Christophe Olivier. Notons que les supports d’investissement prudents qui permettent de sécuriser le capital ne doivent pas impérativement être des fonds monétaires. « La désensibilisation du PER à l’approche de la retraite flèche progressivement l’épargne vers des supports dont la note SRRI est inférieure ou égale à trois, ce qui permet à l’épargnant de continuer à valoriser son capital », indique Pierre-Emmanuel Sassonia.

Des offres multiples

Au-delà de ce schéma global, le législateur a laissé libre cours aux gérants pour imaginer des offres spécifiques. Ils ont alors pour certains multiplié les grilles d’allocation ou encore les supports d’investissement. A titre d’exemple, les équipes d’AG2R La Mondiale ont opté pour quatre grilles. « Nous avons élaboré quatre profils : prudent, modéré, équilibré et dynamique qui se définissent par rapport au risque de pertes maximales que l’épargnant est prêt à supporter », précise Joël Dufresnoy, responsable marketing de l’offre épargne et retraite chez AG2R La Mondiale. Les préconisations dans ce domaine sont établies à l’aide d’un questionnaire préalable. « Un épargnant prudent sera disposé à supporter une perte annuelle de 3 % à 4 % si les marchés actions corrigent, tandis que dans un profil dynamique, la tolérance pourrait aller jusqu’à 20 % voire à 25 % », poursuit Sylviane Masson, directeur d’AG2R La Mondiale Gestion d’actifs. Les mêmes grilles étant utilisées pour les produtis individuels et collectifs. Chez Epsens, spécialiste de l’épargne collective, quatre grilles ont aussi été retenues. « Nous proposons les trois grilles standards, ainsi qu’une variante qui associe de l’immobilier, des actions et des obligations vertes ; cette offre, différente de ce que l’on trouve par ailleurs sur le marché, intéresse les entreprises », avance Catherine Pays-Lenique, directrice générale d’Epsens. De son côté, Boursorama Banque propose une solution simple et à faibles coûts avec uniquement les trois profils classiques.

 

L’épargne salariale reste encore insuffisamment rémunérée

Selon les statistiques publiées par le Cercle de l’épargne en lien avec la Banque de France, l’épargne des ménages en France a crû de façon vertigineuse depuis le début de la crise sanitaire passant de 15 % à 21,7 % au premier trimestre 2021. Mais, comme le stock existant, la part de cette épargne placée en unités de compte (assurance vie et épargne retraite) était de seulement 7,5 %.


L’épargne salariale n’échappe pas à ce phénomène. Celle-ci contient deux volets : le PEE (Plan d’épargne d’entreprise) qui a une durée de vie de 5 ans et le Perco (plan d’épargne retraite en entreprise) dont l’horizon peut être beaucoup plus long. Un salarié qui opte pour un PER à 25 ans disposera d’une quarantaine d’années devant lui pour accumuler un capital. Cependant, dans les deux cas de figure, selon les dernières publiées par l’Association française de la gestion financière (AFG) sur les données arrêtées à fin juin 2021, une part non négligeable de cette épargne va sur du monétaire, même si celle-ci a tendance à diminuer au profit des actions. « Le monétaire passe de 24 % à 19 % et les actions de 15 % à 18 %. Au global l’épargne salariale est investie a 60 % en actions via les fonds actions, les fonds diversifiés et l’actionnariat salarié », indique Arnaud Jacoulet, spécialiste de l’épargne entreprise à l’AFG. Si les chiffres de l’AFG ne distinguent pas l’épargne à moyen terme de l’épargne à long terme. La première serait davantage investie en monétaire que la seconde qui bénéficie d’une gestion pilotée par défaut. « La gestion pilotée est moins adaptée au cadre des PEE, car il y a plus d’aléas sur un horizon plus court », précise Jean-Christophe Benzo, Directeur Général de Groupama Epargne Salariale qui souligne la nécessité parfois de conserver une épargne peu volatile. « L’épargne salariale peut être débloquée pour l’achat de la résidence principale et si cette acquisition est proche, l’investissement vers des supports prudents sera probablement un meilleur choix que la gestion pilotée, qui pourrait être plus risquée à court terme », poursuit-il.


Notons enfin qu’en matière d’épargne salariale ; les comportements peuvent être différents selon la taille des sociétés. Les grandes entreprises sont souvent intermédiées par des réseaux bancaires, si ces derniers doivent mettre en place un module digital d’aide à la décision, ils ne peuvent apporter un conseil à chaque salarié. D’où la part plus importante de monétaire hors PER. A contrario, les TPE (Très petites entreprises) sont souvent accompagnées par des conseillers en gestion de patrimoine ou des experts comptables qui jouent leur rôle de conseil.

En dehors de ces quelques exemples, le marché se polarise autour de deux grandes tendances : la simplicité pour l’épargne collective et la diversité avec des choix multiples pour les offres individuelles. « En épargne salariale, le salarié peut disposer d’une prime d’intéressement et/ou de participation, et parfois même d’un abondement, qui constituent déjà en soi un bel avantage. Si ces sommes sont toujours les bienvenues, les épargnants salariés n’ont pas tous une bonne connaissance des univers d’investissement. Les offres doivent donc être plus simples que dans le cadre des produits individuels qui se rapprochent de l’assurance vie », explique Jean-Christophe Benzo, directeur général de Groupama Epargne Salariale. Ainsi, la compagnie d’assurance ne va pas au-delà des trois grilles préconisées pour ses offres collectives. C’est également le cas chez Eres qui met en avant leur caractère ISR. Cet acteur multiplie en revanche les propositions dans le cadre individuel. « Nous proposons 24 grilles de gestion pilotée dont 12 grilles ISR et 18 grilles incluant de l’immobilier dont la part peut être comprise entre 20 % et 40 % », explique Pierre-Emmanuel Sassonia. Pour s’y retrouver, certains prestataires proposent alors du conseil. « Pour déterminer le profil d’investissement et la désensibilisation, il faut prendre en compte le patrimoine global d’un épargnant. S’il dispose dispose déjà de fonds en euros dans le cadre de son assurance vie par exemple, il aurait davantage intérêt à se positionner sur un profil dynamique », détaille par exemple Christophe Olivier. Des arbitrages sont en effet possibles à tout moment entre les profils voire même vers une gestion libre.  Reste que la gestion pilotée par horizon est plus intéressante si elle est souscrite jeune car elle permet alors de bénéficier des primes liées aux actions et de sécuriser progressivement les profits obtenus. D’ailleurs, les épargnants ne s’y sont pas trompés. « Les derniers chiffres de l’AFG montrent que la gestion pilotée est en croissance : elle représente 36 % des encours en épargne retraite au premier semestre 2021 et avec une part encore plus importante, à 44 %, chez les moins de 30 ans », indique Jean-Christophe Benzo. Le message des pouvoirs publics semble être bien passé.

Simulation : quels gains pour une gestion pilotée à horizon au fil des ans ?

Source : AFG

L’AFG est partie d’un portefeuille type de gestion pilotée, qui correspond globalement à ce qui sera proposé dans le cadre de la gestion à horizon du PER, pour un investissement à horizon de 10 ans. En clair : plutôt pour un ou une quinquagénaire à environ 10 ans de la retraite :

- profil prudent : 20 % d’actions, 60 % d’obligations, 20 % de fonds monétaires ;

- profil équilibré : 50 % d’actions, 40 % d’obligations, 10 % de monétaire ;

- profil dynamique : 80 % d’actions, 20 % d’obligations, 0 % de monétaire.

Sur la base de ces allocations, l’AFG a donc calculé le rendement net de frais de gestion obtenu sur les 15, 10 et 5 dernières années. Les performances sur 10 et 15 ans répondant plus à un objectif retraite et celle sur 5 ans faisant elle référence à la durée minimale d’investissement sur un plan d’épargne entreprise (PEE).

Résultat : « La gestion pilotée équilibrée aura réalisé une performance annualisée nette de frais de gestion de 3,3 % sur la période de 15 ans, de 4 % sur la période de 10 ans et de 3% sur la période de 5 ans », illustre l’association.

En dévoilant ces simulations inédites, l’AFG entend montrer comment l’épargne salariale - et plus particulièrement l’épargne salariale investie en vue de la retraite - est fructifiée quand elle est placée à long terme.

 

Interview

« L’architecture ouverte est à privilégier »

Christophe Heyraud, associé du groupe Patrimmofi

L’Agefi Actifs : - Les conseillers en gestion de patrimoine se sont-ils emparés du PER ?

Christophe Heyraud : - Le PER constitue un nouvel outil très attractif pour préparer la retraite. Il dispose d’avantages conséquents notamment en matière d’optimisation fiscale. Son volet individuel complète ainsi parfaitement l’assurance vie. Pour l’instant, la majorité des conseillers se positionnent sur les produits individuels. Cependant, quelques-uns comme ceux du groupe Patrimmofi, qui interviennent auprès d’une clientèle d’entrepreneurs et de professionnels peuvent apporter leur aide à la fois dans le domaine du patrimoine du chef d’entreprise, mais aussi dans la gestion des outils de rémunération complémentaires comme l’épargne d’entreprise.

Pensez-vous que l’intervention des CGP sur le marché de l’épargne entreprise devrait se développer ?

La loi Pacte a supprimé le forfait social pour les entreprises de moins de 50 salariés. Elles peuvent alors proposer à leurs salariés un supplément de rémunération exonéré de charges sociales et dont les charges sont déductibles de l’impôt sur les sociétés. Ces dispositifs sont d’autant plus importants que les entreprises peinent parfois à attirer puis fidéliser les talents et que la problématique du partage de la performance au niveau de l’entreprise devient centrale.

Comment avez-vous sélectionné les offres que vous proposez à vos clients ?

Nous avons sélectionné les outils les plus performants en termes de gestion financière et de gestion administrative. Nous privilégions les solutions en architecture ouverte qui offrent une grande diversité de fonds et celles qui proposent en plus un accompagnement conseil du dirigeant et des salariés dans la mise en place des plans.

Préférez-vous la gestion pilotée ou la gestion libre ?

Nous proposons les deux solutions à nos clients qu’ils soient individuels ou qu’il s’agisse des entreprises. L’arbitrage entre les deux dépend de l’appétit au risque du client, de son âge et de son implication. La gestion pilotée est intéressante pour les clients qui sont loin de l’âge du départ à la retraite et ne veulent pas se préoccuper de la gestion financière. La gestion libre s’adresse à des clients plus avertis et avec lesquels nous avons des contacts réguliers car nous avons besoin d’échanger afin de procéder à des arbitrages. Dans ce type de solution, le nombre d’unités de compte est important. Nous sommes attentifs à ce que nos clients puissent accéder dans ce cadre à des solutions avec des unités de compte immobilières. Il faut également noter que les frais sont plus importants dans la gestion pilotée.