Formation

La gestion de patrimoine des seniors et persones âgées vulnérables

Jean Aulagnier, vice-président de l'Aurep, doyen honoraire de la Faculté de sciences économiques de Clermont-Ferrand,
Les formations en gestion de patrimoine n’échappent pas à l’exigence de s’adapter aux évolutions de notre société
Cet exemple de diplôme apporte une réponse en parfaite adéquation avec les préoccupations d’épargnants de plus en plus nombreux à être concernés
Jean Aulagnier, vice-président de l'Aurep, doyen honoraire de la Faculté de sciences économiques de Clermont-Ferrand

Les statistiques démographiques ne laissent planer aucun doute : la durée de vie s’allonge, la société se « seniorise », le nombre des seniors et des personnes âgées plus ou moins vulnérables augmente et avec lui le besoin d’accompagnement adapté « au grand âge ». Les CGP doivent poursuivre, en l’adaptant, la mission de conseils et d’aide à la gestion sous réserve d’avoir pris conscience que les seniors expriment des attentes spécifiques. A tant faire de vivre et de survivre, il faut les aider à « bien vivre ». Au vu de l’importance des problématiques patrimoniales du grand âge, l’Aurep propose un diplôme spécialisé centré sur cette clientèle. Le vieillissement s’accompagne d’inquiétudes, de peurs grandissantes qui participent d’une altération de la qualité de vie. Peur de manquer d’abord, peur de gérer ensuite, enfin peur de mourir. Le rôle du conseiller patrimonial est d’abord de les identifier, de les comprendre afin d’imaginer les stratégies adaptées, destinées à en réduire l’importance.

La peur de manquer, d’abord. Anticiper l’évolution défavorable des retraites, moins « subir », envisager des poursuites d’activité (ne serait-ce que pour maintenir du lien social). Penser non seulement la retraite mais aussi la prévoyance, organiser la couverture des dépenses maladies, notamment des maladies chroniques. Face à des ressources contraintes, parfois insuffisantes pour financer les dépenses de fin de vie, il est indispensable d’optimiser la détention du patrimoine en vue de sa consommation par ceux qui ont eu le mérite de le constituer. Quelle allocation d’actifs en harmonie avec les modes de vie et de survie des seniors ? Protéger leur cadre de vie, garantir leur niveau de vie. Mobiliser les revenus générés par le patrimoine, mais également admettre et rendre possible sa consommation. La consommation « viagère » du patrimoine interpelle. Face aux réserves des potentiels crédirentiers des solutions nouvelles s’élaborent, il faut les connaître et les maîtriser. Les aînés se heurtent à un dilemme délicat « donner ou retenir ». Un égoïsme légitime ne doit-il pas se substituer à un altruisme qui appauvrit ? L’envie de donner doit être maîtrisée. Apprendre à donner plus et mieux au conjoint, mais aussi à donner moins et mieux aux descendants. Connaître les techniques qui permettent de donner tout en retenant les biens donnés. Si les ressources sont insuffisantes, il faudra faire appel aux solidarités familiales et sociales.

La peur de gérer, ensuite. Détenir un patrimoine oblige sa gestion. Le vieillissement s’accompagne souvent d’un désintérêt, d’une incapacité à gérer. Qui va gérer pour le compte du senior ? Comment le substituer, l’assister, le représenter. Le choix des modes de détention du patrimoine qui en conditionnent la gestion et l’administration est essentiel. Il faut mettre en place des instruments de gestion adaptés au grand âge. Ils peuvent être « choisis », mais aussi « subis » dans le cadre de la protection des personnes  vulnérables. Quelle place prendra la famille dans l’accompagnement des seniors, comment récompenser ceux qui auront su ou pu leur donner du temps. La proximité du décès stimule les convoitises. Protéger les seniors et leur patrimoine des influences excessives d’un entourage qui espère, voir se désespère.

La peur de mourir, enfin. Interrogation de fin de vie : quel sera le devenir du patrimoine résiduel qui n’aura pas été totalement consommé ? A la fatalité de la mort, on oppose la liberté d’en organiser la transmission. La liberté de transmettre n’est pas totale. La réserve existe, elle doit être respectée. « Exhéréder » parfois, mais comment ? La sérénité conservée par les dispositions prises pour cause de mort, ultime message au souvenir de ses proches. Répartir et partager. Exprimer ses dernières volontés, s’assurer qu’elles seront respectées, éviter toute interprétation contentieuse. Les CGP, aidés du notaire du senior, doivent en garantir la bonne fin. Des comptes de gestion seront établis : rembourser les dettes sociales, payer les dettes d’assistance ? Là encore, il faut organiser de son vivant pour éviter les tensions et déconvenues familiales.

Les relations des CGP et des seniors. La formation proposée se conclut par l’indispensable maîtrise des rapports humains entre les CGP et leurs clients. Ces rapports sont complexes, sont délicats. Ils ne se limitent pas aux seuls seniors. Le CGP doit tenir compte de l’environnement familial et social, tenir compte de la présence d’enfants, d’agents de proximité, soignants et non soignants. Il doit construire avec doigté un relationnel fondé plus que jamais sur le respect du client, de ses familiers, gagner et conserver leur confiance, « un art qui s’apprend et se cultive ». Tout un programme, au cœur des grandes préoccupations patrimoniales, plus que passionnant pour ceux qui décideront de le suivre.