Dos au mur, Orpea se résout à un appel au secours

Lionel Garnier
Le groupe de maisons de retraite lance un sévère avertissement sur résultat et engage une procédure de conciliation sur sa dette. Une forte dilution est inévitable.

La sanction boursière est implacable, à la mesure de l’ampleur de la dilution qui s’annonce chez Orpea. L’action du groupe de maisons de retraite et de cliniques s’est effondrée de 33,3%, à 9,83 euros, mercredi en clôture, pour une capitalisation ramenée à 629 millions d’euros. En séance, le titre a touché à un nouveau plus bas de 10 ans, à 8 euros. Depuis le début de l’année, le groupe a perdu 89% de sa valeur, payant au prix fort les révélations de ses dérives dans le livre-enquête Les fossoyeurs.

Ce nouveau plongeon intervient après deux jours de suspension de cotation, lundi et mardi derniers, à la demande de l’Autorité des marchés financiers (AMF), après une étrange flambée boursière où, du 17 au 20 octobre, l’action avait repris 40%. Un rebond sans lendemain, déjà effacé alors que le marché prend désormais la mesure de l’appel au secours que vient de lancer Orpea.

Car, hier, avant l’ouverture des échanges, le groupe désormais dirigé par Laurent Guillot, aux commandes depuis juillet 2022, s’est résolu à entériner ce que les investisseurs anticipaient depuis des mois : une nouvelle restructuration massive du bilan est indispensable. Toutefois, à la différence du recalibrage mis en œuvre au printemps dernier, elle ne touchera pas la seule dette bancaire mais l’ensemble de l’endettement financier. Et surtout, elle sera coûteuse pour les actionnaires comme pour les créanciers.

En premier lieu, la direction d’Orpea, soutenue à l’unanimité par le conseil d’administration présidé par Guillaume Pépy, lance, avec le feu vert du tribunal de commerce spécialisé de Nanterre, une procédure de conciliation sur sa dette financière. Confiée à la conciliatrice Me Hélène Bourbouloux, cette procédure amiable - dont l’échéance n’est à ce stade pas dévoilée - ne peut en principe pas excéder quatre mois, sauf accord du juge pour un mois de sursis supplémentaire. Ce qui conduit à une issue, en principe au plus tard, à fin février ou fin mars 2023.

7 à 7,5 milliards d’euros

A ce stade, la conversion en capital de la dette non sécurisée d'Orpea, qui représente 4,3 milliards d'euros, soit près de sept fois sa capitalisation boursière, est envisagée. Mais cette dette sans garantie ne constitue qu’une partie de la dette globale brute du groupe qui s'établit à 9,53 milliards d'euros au 30 septembre dans les comptes consolidés du groupe. « Ni la dette hypothécaire au niveau des filiales, ni les crédits-bails sur les actifs, ni les financements des filiales à l’étranger ne sont concernés par la procédure. Nous estimons donc que la dette financière brute d’Orpea SA concernée par la nouvelle conciliation devrait avoisiner les 7 à 7,5 milliards d’euros », souligne Alain Lopez, analyste crédit chez Octo Finances.

Le groupe s’est résolu à cette démarche car elle lui permet de s’offrir du temps et d’échapper au couperet vers lequel il se dirige à grande vitesse à fin 2022. Orpea qui doit respecter 2,4 milliards d’échéance de dette d’ici à 2023, va en réalité devoir faire face à un mur beaucoup plus élevé. Il avait beau disposer de 854 millions d’euros de trésorerie consolidée au 30 septembre, cette enveloppe lui serait bien insuffisante pour faire face à l’accélération du remboursement de 3,3 milliards d’euros qui se dessine pour non-respect de ses engagements. Car, après bien des déboires, Orpea a reconnu mercredi qu’il sera pas au-rendez-vous à la fin de l’année de ses clauses contractuelles (covenant) à la suite du profit warning annoncé hier.

Incapable en l’état de tenir son calendrier de cessions d’actifs qui prévoyait 3 milliards d’euros de ventes d’ici à fin 2025, le groupe met en avant des conditions d’exploitation dégradées par un «environnement économique fortement inflationniste». Il anticipe des dépréciations d'actifs totales comprises dans une fourchette de 2,1 et 2,5 milliards d’euros avant impôts qui viendront manger ses fonds propres. Dans cette enveloppe figurent notamment 800 millions à un milliard de dépréciation du portefeuille immobilier, avec un solde destiné à un coup de torchon sur les actifs incorporels. Au dernier pointage comptable, ceux-ci ressortaient à 1,7 milliard d’euros de survaleurs et 3 milliards d’autorisations d’exploitation non amortissables.

En consentant à une prochaine opération-vérité sur ses comptes, le groupe veut prendre acte de la nouvelle donne opérationnelle qui s’impose à lui. Il prévoit d’ailleurs, autre annonce de mercredi, de dévoiler le 15 novembre son « plan de transformation ».

Ce calendrier en surprend plus d’un, car il correspond à la date de la première réunion des créanciers non sécurisés prévue avec Hélène Bourbouloux. « Cette feuille de route sera déterminante pour la négociation, mais elle ne constitue qu’un point de départ », fait valoir un connaisseur du dossier, proche d’Orpea. Un sentiment que ne partage pas Alain Lopez chez Octo Finances. « C’est assez surprenant. Cela donne le sentiment de vouloir forcer la main aux créanciers, de leur mettre la pression », relève-t-il. De nombreuses questions restent en suspens, à commencer par l’attitude des hedge funds, des fonds de dettes et surtout des créanciers bancaires sur le dossier. Contactés par L’Agefi, les grandes banques partie prenante du plan du printemps observent pour l’heure un silence prudent.

La négociation qui s’ouvre constitue à ce stade la plus importante des opérations de restructuration financière des dernières années pour les sociétés cotées à Paris, devant les épisodes Rallye, Europcar ou encore Vallourec. La nouvelle saison du feuilleton Orpea ne fait que commencer. Et elle s’annonce déjà bien plus coûteuse.