Marché de l'épargne retraite

Deloitte passe au scanner les intentions des Français

Le 3ième baromètre Deloitte / Harris Interactive donne des pistes de réflexion pour les acteurs de l’épargne retraite. Hugues Magron, directeur conseil secteurs Assurance et Protection sociale de Deloitte précise pour l’Agefi Actifs les attentes de la clientèle aisée
Hugues Magron, directeur conseil secteur assurances & protection sociale, Deloitte

Le 3ième baromètre Deloitte / Harris Interactive sur les Français et la préparation de la retraite intervient cette année à la suite de la réforme de 2013 (lire encadré) qui est jugée nécessaire par une majorité relative de répondant (42 %) mais insuffisante pour près des deux tiers d’entre-eux pour préserver durablement le système de la répartition. « Les réformes se succèdent et convainquent de moins en moins », estiment les responsables de Deloitte.

Un conflit générationnel qui couve. Si 55 % des actifs perçoivent positivement la mise en place du compte pénibilité et les mesures de simplification de l’accès aux données personnelles de carrière), ils sont en revanche 54 % à regretter l’absence d’incitations fiscales en faveur de l’épargne retraite. Le conflit de génération est toujours latent et se vérifie dans les perceptions : 31 % des actifs ont une perception positive de la retraite et 53 % négative à la différence des retraités qui a 51 % ont une perception positive de leur situation de retraités (contre 19 % de perception négative). Les actifs expriment au travers des réponses un sentiment de double peine (cotiser plus pour gagner moins) et sont perplexes sur leur espérance de vie : 36 % répondent qu’ils vivront plus longtemps que les retraités actuels et seulement 8 % estiment qu’ils auront un meilleur niveau de vie que les retraités actuels. A noter que 47 % des retraités pensent avoir plus payé et plus travaillé que ne le feront les actifs d’aujourd’hui. 78% des actifs pensent que leur retraite sera inférieure à celle des retraités actuels et 82 % qu’ils vont travailler plus longtemps.

L’âge de départ à la retraite à 65 ans n’est pas un sujet tabou en particulier pour les moins de 45 ans qui citent cet âge à 72 % (contre 47 % pour les plus de 45 ans). 77 % estiment nécessaire de devoir compléter leur revenu à la retraite par d’autres sources que les pensions de base et 56 % des retraités s’estiment quant à eux satisfaits de leurs revenus (- 5 points par rapport à 2012).

L’éternelle mauvaise perception du niveau d’information. Les actifs ont encore une vague idée, à 82 %, du montant de leur pension future et ce niveau d’estimation chute (il était de 77 % en 2011). Ceux qui ont cette « vague idée », estiment à 53 % le montant de leur future retraite en proportion du revenu projeté en fin de carrière. Ils s’estiment suffisamment informés sur l’évaluation des droits au titre des régimes obligatoires (43 % contre 28 %) et à 43 % sur les besoins financiers au moment de la retraite. Sur les modes d’épargne disponible pour compléter le financement de la retraite, 37 % estiment être suffisamment informés. 

Reste que les actifs sont peu proactifs en la matière : 35 % d’entre-eux ont effectués des recherches auprès d’une source personnelle ou institutionnelle et 50 % de ces derniers admettent être suffisamment informés sur leurs droits après cette démarche.

40 % des actifs n’ont confiance en aucun des interlocuteurs ou leaders d’opinion dans le domaine de la retraite. Les institutions des régimes obligatoires recueillent 36 % d’avis positifs et les banques et assureurs seulement…11 % juste devant les associations de consommateur qui recueillent 12 %. L’âge moyen de préoccupation de la préparation est stable, 45 ans avec un temps de préparation estimé à 20 ans.

L’épargne…pour la retraite. A la question, qu’est ce qui vous pousserait à épargner, les personnes répondent dans l’ordre : préparation à la retraite à 54 % (+ 7 points par rapport à 2011), constitution dun patrimoine à 42 % (+ 8 points par rapport à 2011) et financement d’une aide à la famille à 35 % (-6 points par rapport à 2011). La crainte de problèmes de santé ne recueille que 30 % (- 8 points en deux ans) comme la perspective d’une situation de dépendance avec 25 % (- 2 points en deux ans).

Pour autant : malgré cette tendance, le nombre d’actifs déclarant épargner pour la retraite chute de manière drastique avec un taux de 53 % (- 8 points par rapport à 2012). La chute affecte essentiellement les épargnants réguliers laissant craindre une baisse du volume d’épargne pour la retraite avance Deloitte. 76 % de ceux qui épargnent placent entre 1 et 10 % de leurs revenus.

Plus de recherche de rendement au détriment de la disponibilité. Les critères de recherche d’un produit d’épargne montrent que la sécurité reste le principal motif (71 % en baisse néanmoins de 4 points en deux ans). Le rendement du placement se hisse en deuxième position (57 %), en hausse de 7 points en deux ans et vole la place au critère de récupération facile de tout ou partie du capital (53 % en baisse de 8 points en deux ans). Au-delà, on note que le critère de l’avantage fiscal progresse de 10 points par rapport à 2011, que celui des frais de gestion est en hausse de 5 points, mais que le critère de garanties de prévoyance chute de 8 points 22 %.

L’assurance vie...pour la retraite. Les comptes sur livret et l’assurance vie sont toujours les deux produits phares pour préparer la retraite, selon les personnes interrogées, avec sans surprise un regain d’intérêt pour l’assurance vie en 2013 qui intervient en contrepartie d’une baisse sur les livrets. A noter que les produits individuels retraite passent la barre des 10 % des épargnants les privilégiant (contre 29 % pour les comptes sur livret et 28 % pour l’assurance vie) avec un potentiel important de 20 % des épargnants qui envisagent de les utiliser.

Concernant l’assurance vie : la préparation à la retraite reste le premier motif d’utilisation de l’assurance vie (59 %),  suivi de la possibilité de faire face à un risque d’imprévu 44 %. A l’heure de l’eurocroissance, il convient de noter que l’aspect « couteau suisse » de l’assurance vie avec une approche long terme court terme du produit de ne dément pas. 36 % envisage l’assurance vie pour préparer une succession. 67 % des actifs sont globalement satisfaits de leur contrat (+2 points par rapport à 2012) même si ils sont 51 % à en comprendre le fonctionnement et 41 % à avoir reçu ou recevoir des conseils fréquents et adaptés.

Conseil et accompagnement. La vision des produits disponibles se dégrade : 31 % des répondants estiment qu’ils ont une vision très claire des produits d’épargne disponible sur le marché (- 6 points en un an) et 59 % expriment le besoin d’être accompagnés (+5 points en un an).

Les épargnants utilisent en priorité les établissements bancaires pour leur démarche d’épargne en vue de la retraite. 71 % ont consulté une banque et 66 % l’ont privilégie.  29 % ont consulté une compagnie d’assurances et 20 % l’ont privilégié. Et beaucoup plus loin dans le classement 8% et 7 % ont respectivement consulté une association d’épargnants et un conseil indépendant et seulement 6 % et 4 % l’ont utilisé.

Pour autant, les intentionnistes qui souhaitent épargner pour la retraite pensent s’adresser pour 60 % d’entre-eux à une banque (et l’utiliser à 52 %), à un assureur (38 % pour l’utiliser à 25 %) et à un conseiller indépendants à 14 % (pour l’utiliser à 7 %). Les banques sont choisies avant tout pour leur proximité (23 %) alors que la qualité du conseil est privilégiée pour le conseil indépendant.

Les épargnants ne veulent pas véritablement payer le conseil. 26 % des épargnants indiquent qu’ils seraient prêts à payer pour bénéficier de services de conseils ou d’accompagnement à valeur ajoutée (suivi régulier, conseil, solutions d’épargne, alertes, accès exclusifs à des services, …). Mais les intentions sont plus que modestes : Ainsi 8 % seraient prêts à payer entre 1 à moins de 10 euros, 41 % entre 10 à moins de 50 %, 22 % entre 50 à moins de 100 euros et 30 % un montant de 100 euros et plus, soit une moyenne de 71 euros…pas gagné sur le plan du  modèle économique.

Le baromètre a été effectué du 20 novembre au 3 décembre dernier  sur un échantillon de 4.000 répondants représentatifs de personnes de 25 ans et plus (sexe, région, âge, CSP, secteur, Revenus)  dont 32 % de retraités et 68 % de non retraités. A noter que la part des personnes de l’échantillon déclarant un revenu de 50.000 euros est de 17 % (16 % de non –retraités et  20 % de retraités).