Surplus d’épargne : place à l’incitation !

Par Thomas Perret, président fondateur de Mon Petit Placement 
Pour orienter le surplus d’épargne Covid vers l’économie réelle, des mécanismes incitatifs doivent être mis en place
Thomas Perret, président fondateur de Mon Petit Placement

Conséquence directe de la crise sanitaire, les Français ont épargné. Un surplus d’argent qui dépassait les 120 milliards d’euros fin 2020 (1) et qui devrait encore croître pour atteindre les 200 milliards d’euros en décembre prochain. Des sommes, plus importantes que celles annoncées dans le cadre du plan de relance, qui sont le plus souvent placées sur des livrets dormants alors qu’elles pourraient alimenter l’économie tricolore et offrir une belle rentabilité. Si le gouvernement, outre la création d’un label Relance, peine à flécher cette épargne vers l’économie réelle, les débats sur le sujet ne manquent pas.

Les Français, champions du bas de laine

Réorienter l’épargne nationale vers l’économie productive, c’est contrarier la nature même des Français. En effet, depuis plusieurs années, voire décennies, on amasse, on économise… bref, on laisse l’argent dormir. Un comportement ancré dans la culture hexagonale qui s’est vu accentué par la crise, tant en raison de la limitation de nos postes de dépenses, dues aux mesures restrictives, que du climat d’incertitude appelant à la prudence.

Or, pour faire des épargnants des néo-investisseurs confiants, la clé réside d’abord dans la pédagogie. Cours de finance dans les programmes scolaires du secondaire visant à inculquer aux épargnants en herbe les notions de base de l’investissement, plateformes pédagogiques animées par des experts capables de vulgarisation… c’est tout un système qui doit être repensé de sorte à lever les freins liés au manque de connaissances financières. En disposant de ces clés de compréhension, les épargnants pourront prendre conscience des avantages qu’ils peuvent retirer en investissant dans l’économie réelle. Un effort de pédagogie essentiel, qu’il est préférable de mettre au service de la démocratisation de l’investissement que de l’explication de mesures punitives, par nature contre-productives auprès d’une population peu avertie.

Bien entendu, la conduite du changement demande un temps long non compatible avec l’urgence de la situation économique, mais nos autorités doivent agir dès à présent à travers des mesures concrètes. Si un premier pas a été fait à travers la création du label Relance – qui apporte transparence et rassurance aux investisseurs en permettant une meilleure traçabilité de l’épargne – il nous faut désormais aller plus loin.

Des mesures incitatives nécessaires

Alors que les Français restent frileux face à l’investissement, notamment de peur que leur gain ne soit pas assez important relativement à l’imposition qui peut en découler, une taxation de l’épargne Covid ne semble pas être la solution adéquate. A l’inverse, nous pourrions imaginer la mise en place d’avantages fiscaux lors d’investissements sur des produits labélisés Relance, et dans un laps de temps prédéfini.

D’autres mesures incitatives peuvent également être imaginées, visant notamment à doper les performances de certains investissements. L’État percevra indirectement un bénéfice des investissements dans l’économie réelle, ce dernier pourrait donc décider, dès à présent, de reverser une partie de cet avantage aux souscripteurs (faisant par exemple passer de 5 % à 6 % la performance espérée). La piste du « zéro frais » est tout aussi pertinente. Si les différents acteurs financiers auxquels l’investisseur peut avoir recours pour placer son épargne doivent être rémunérés, l’État pourrait ainsi décider de prendre à sa charge la rémunération de ces intermédiaires. Enfin, quoi de mieux pour convaincre que de donner la possibilité de tester ? Il pourrait dès lors être envisagé d’offrir à tous les Français une petite somme d’argent qu’ils seraient contraints d’investir. Une manière ludique de découvrir les rouages et avantages de l’investissement, poussant à se lancer avec ses propres deniers !

Autant de mesures incitatives court-termistes qui, en supprimant tous les points de frictions existants à leurs yeux, sont en mesure de faire émerger de nouvelles habitudes d’investissement chez les Français sur le long terme. Reste à nos autorités à changer de prisme de lecture vis-à-vis de cette crise économique pour y voir, enfin, une réelle opportunité de faire changer dans la durée la culture financière française.

(1) Évaluation de la Banque de France.