ESG

« Soyons enfin acteurs et responsables ! »

Pascale Baussant, gérante de Baussant Conseil
Face à l’inertie stupéfiante de nos dirigeants, la seule voie possible est l’action et la mise en mouvement de la société civile
Pascal Baussant, conseillère en gestion de patrimoine, enjoint sa profession à s'engager dans l'ISR
Pascale Baussant, gérante de Baussant Conseil

L’investissement responsable a du mal à se développer auprès de la clientèle retail, alors que l’offre s’est sensiblement étoffée ces dernières années. La gestion responsable doit pourtant trouver sa place dans les allocations d’actifs de nos clients personnes physiques, c’est aujourd’hui un impératif nécessaire. « Nous savons tous que la température monte, que les glaces fondent, que les océans sont souillés, que la pollution nous envahit, que des espèces animales meurent, que les pesticides et les métaux lourds abîment notre alimentation et nos organismes » (*). Face à l’inertie stupéfiante de nos dirigeants, la seule voie possible est l’action et la mise en mouvement de la société civile. Ce sursaut est en train d’avoir lieu, et des initiatives enthousiasmantes en tous genres se multiplient.

Tous les outils à disposition. En tant qu’acteur de la gestion privée, en quoi suis-je concerné ? A mon échelle, je ne vois pas ce que je peux faire ! Voilà ce que nous pensons tout bas. Et pourtant. Nous ne réalisons pas, nous n’imaginons pas l’impact considérable que nous pouvons avoir, nous, distributeurs d’épargne, acteurs de la gestion privée. En aiguillant les choix de nos clients, en les accompagnant et en les guidant vers des choix plus durables et plus responsables, nous pouvons nous mobiliser et nous engager enfin. Et la bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui, la tâche est aisée car nous avons tous les outils à notre disposition. Il suffit de savoir les utiliser.
 Nous devons en préambule balayer les idées reçues de l’investissement responsable. Constatons-nous une demande spontanée des clients ? A part quelques cas isolés, la demande spontanée des clients finaux n’existe pas. Peu d’entre eux connaissent l’existence de l’investissement responsable, et leurs problématiques sont en général déjà suffisamment complexes (contexte de taux bas, fiscalité lourde et changeante, etc.). A nous d’être proactifs.  
 Seuls les jeunes ou les femmes y sont sensibles ? Je réfute cette idée reçue largement répandue. Pour aborder sur le terrain et au quotidien cette thématique depuis des années, je peux affirmer que tous les types de clients y sont sensibles - dans la mesure où l’on apporte pédagogie et clarté dans notre discours.
 L’investissement responsable performe moins ? De nombreuses études sont disponibles et ont prouvé que l’investissement responsable non seulement ne sacrifiait pas la performance, mais était même aussi susceptible d’apporter une volatilité moindre.

Un premier tri possible. Toutes les sociétés de gestion proposent aujourd’hui des fonds responsables ? Oui et non. Il convient de faire le tri entre les sociétés ou les leaders engagés de longue date, et les derniers entrants qui n’abordent ce sujet que par opportunisme. Les labels d’Etat (label ISR ou label TEEC par exemple) peuvent permettre, même s’ils peuvent être critiquables, de faire un premier tri et de s’y retrouver. Pour une approche plus fine, la seule solution est de passer du temps à dialoguer avec les sociétés de gestion. Ceci dit, les critères habituels de sélection des sociétés de gestion ou de leur fonds (historique de performance, taille, volatilité, etc.) devraient être respectés.
 Peu de fonds éligibles à la distribution retail ? Ce pouvait être le cas il y a quelques années, mais l’offre s’est fortement étoffée et de nombreux fonds toutes catégories sont disponibles et éligibles dans les plateformes traditionnelles. Les fonds thématiques peuvent constituer une première approche simple et lisible de l’investissement responsable. Certains thèmes sont parlants et explicites, tant pour le conseiller que pour son client. L’eau, la transition énergétique, la création d’emplois ou encore la mixité, pour ne citer que quelques exemples.

En quête de sens. Les bénéfices indirects de la distribution d’offre responsable sont indéniables. En termes d’image et de positionnement d’une part, et d’autre part via le capital confiance qui s’acquiert plus rapidement auprès des clients finaux. De plus, cette approche est importante vis-à-vis de nos plus jeunes collaborateurs qui font partie des générations recherchant du sens dans leur vie professionnelle. Certains grands réseaux de distribution de l’épargne sont en train de prendre ce virage de façon particulièrement marquée et rapide. Alors, ne ratons pas ce train. Soyons enfin acteurs et responsables, et engageons-nous.


(*) Extrait du livre de Fred Vargas, L’humanité en péril, sorti en mai 2019 aux éditions Flammarion.