Économie mondiale

Rendement et croissance : que demander de plus ?

Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet Asset Management
En Chine, le rythme trimestriel de croissance devrait retrouver un profil positif entre le deuxième et le troisième trimestre de 2020, au lieu du premier
Les énergies renouvelables, de plus en plus compétitives et soutenues par les gouvernements, voient leur activité s’accélérer. Il en va de même pour les entreprises de dépollution de l'eau et de traitement des déchets

Les banques centrales l'ont décidé : les taux resteront bas encore longtemps. Pendant ce temps, les actions distribueront de beaux dividendes. Elles restent donc attrayantes, même après la hausse de 2019. Parmi elles, les actions émergentes sont moins chères que les actions développées, alors que les autorités monétaires et budgétaires de la région stimulent énergiquement l'activité. Enfin, les secteurs de l'environnement ou des villes intelligentes restent porteurs. Tour d'horizon.

 

La question des dividendes. Le rendement sur dividendes des actions mondiales est supérieur à 2 %. Le coupon des obligations européennes est quasi nul et placer en liquidités peut coûter de l'argent.  Ainsi, sauf baisse du dividende, les actions devraient continuer d'attirer les investisseurs. Mais doit-on s'inquiéter d'une baisse des dividendes ? La première cause d'inquiétude a été la guerre commerciale entre les US et la Chine. Les entrepreneurs en avaient perdu le moral. Mais les consommateurs mondiaux sont restés optimistes, grâce à de bons chiffres d’emploi. Puis, afin d'assurer sa réélection, Donald Trump a signé un premier accord avec la Chine. Dès janvier, l’amélioration du moral des entrepreneurs et de bons chiffres des exportations coréennes laissaient penser que la croissance allait immédiatement reprendre un rythme positif.

 

Un précédent en 2003. Le coronavirus est alors devenu la nouvelle cause d'inquiétude. En Chine, le ralentissement est violent. Mais, lorsque l'épidémie sera vaincue, l'économie accélérera de nouveau. Les autorités chinoises prennent leurs dispositions : la banque centrale a injecté des liquidités en urgence et des mesures d'aides fiscales ont été annoncées. En 2003, lors de l'épidémie de SRAS, le gouvernement chinois avait fortement réduit la fiscalité et l'économie avait rebondi rapidement. Donc, à moins que l'épidémie ne devienne incontrôlable, elle ne fera que retarder la reprise du cycle. Le rythme trimestriel de croissance devrait ainsi retrouver un profil positif entre le deuxième et le troisième trimestre de 2020, au lieu du premier. Les dividendes devraient donc se maintenir et les actions restent attrayantes.   

 

Une diversification souhaitée hors d'Europe. Hélas, la croissance du Vieux continent devrait rester poussive très longtemps : la population européenne vieillit et les gains de productivité y sont faibles. La performance des actions européennes risque donc d'être médiocre. Supérieure aux coupons obligataires certes, mais médiocre. Il est donc souhaitable de diversifier ses placements en dehors de la région.   

Les marchés émergents sont sous-valorisés. La crainte d'une guerre commerciale d’envergure a rebuté les investisseurs et l'épidémie les a tenus éloignés malgré les premiers accords sino-américains.

En Russie, les actions offrent des dividendes de l'ordre de 8 %, alors même que l'économie devrait accélérer. La banque centrale a gagné sa lutte contre l'inflation et baisse ses taux. Quant au nouveau gouvernement, il prépare un ambitieux plan d'investissements en infrastructures. Il en a les moyens, car la dette souveraine russe est particulièrement peu élevée.

Les actions asiatiques sont de leur côté faiblement valorisées. Pourtant, la croissance asiatique battra celle des pays développés encore de nombreuses années. A plus court terme, les autorités coréennes ont mis en place une relance budgétaire massive, la plus forte depuis 2009. La banque centrale indienne a pour sa part massivement baissé ses taux et le gouvernement fait voter une relance fiscale. De son côté, la Chine a mis en place des mesures budgétaires massives. Le pays a d'ailleurs mieux résisté que son adversaire pendant la guerre commerciale.

 

Des secteurs en forme. Allons maintenant du côté des secteurs. La planète se réchauffe et les ressources se raréfient. Les entreprises relevant les défis environnementaux connaissent donc une croissance forte et durable.  Les énergies renouvelables, de plus en plus compétitives et soutenues par les gouvernements, voient leur activité s’accélérer. Il en va de même pour les entreprises de dépollution de l'eau et de traitement des déchets.

L'urbanisation progresse rapidement dans les pays émergents. Les entreprises novatrices participant à la conception ou à la planification des villes, ainsi que celles fournissant les infrastructures et les services nécessaires à leur bon fonctionnement sont promises à un bel avenir. Leurs actions aussi.