Investissements : une nouvelle ère

Thomas Friedberger, directeur général adjoint de Tikehau Capital
Un nouveau cycle de dépenses d’investissement démarre aujourd’hui dont une grande partie devrait s’orienter vers la transition énergétique.

Après des décennies de sous-investissement accentué par des taux d’intérêts trop faibles incitant à l’optimisation financière, c’est un nouveau cycle de dépenses d’investissement qui démarre aujourd’hui. Or, une grande partie de ces investissements devrait s’orienter vers la transition énergétique. La raison ? Celle-ci apparaît bien plus qu’un secteur en forte croissance et créateur d’emplois, elle devient un avantage compétitif majeur et ce, pour les entreprises de tous les secteurs.

Voilà pourquoi les grandes entreprises et les grands fonds de pension ont commencé à chiffrer le coût des externalités négatives en introduisant le coût potentiel du carbone dans la valorisation des actifs d’un portefeuille. Ils estiment ainsi la prime de risque que pourrait attribuer les marchés financiers à un émetteur sous-performant sur les critères extra-financiers, ou même évaluent l’impact d’un flux d’information dommageable sur la réputation d’une entreprise.

Le secteur de la transition énergétique au niveau global est fragmenté, composé de sociétés locales le plus souvent de taille moyenne, dans un domaine bénéficiant d’une tendance de long terme extrêmement solide. Allouer le capital vers les sociétés les mieux positionnées de ce secteur, bénéficiant des meilleures équipes de management leur permettra de se développer à l’international et de consolider le secteur, dans ce marché en forte croissance.

Bref, les acteurs économiques sont tout simplement en train de chiffrer l’impact financier de composants extra-financiers de notre environnement économique, confirmant la conviction que lorsqu’on considère un horizon de long terme, le financier et l’extra financier ne sont que les deux faces d’une même pièce.

Constat qui devrait rassurer les derniers sceptiques focalisés sur le court terme qui affirment encore que l’extra-financier vient forcément au détriment de la rentabilité financière. Oui, lorsqu’on parle de spéculation à court terme. Non, lorsqu’on considère le long terme. La COP26 devrait apporter dans ce domaine une avancée majeure bien plus impactante que les annonces ayant fait les gros titres : l’incorporation dans les normes comptables internationales (IFRS) de critères extra-financiers. C’est-à-dire finalement la reconnaissance par la sphère financière que le changement climatique a un tel impact financier potentiel que les normes comptables ne peuvent se permettre de l’ignorer. Serait-ce le premier pas concret vers l’absolue nécessité de l’attribution d’un prix pour les déchets, au premier rang desquels vient le dioxyde de carbone (CO2) ?

Les mêmes derniers sceptiques diront que l’Europe est bien seule à défendre le principe d’une transition écologique. Ils ont tort. Les Etats-Unis et la Chine sont tout juste en train d’enclencher une dynamique qui ne peut qu’être forte et durable pour plusieurs raisons. Une raison géopolitique tout d’abord. Dans un monde de plus en plus polarisé par les tensions entre les deux super puissances, le leader mondial quel qu’il soit se doit de montrer l’exemple en matière de climat pour éviter de faire douter ses alliés. Une raison purement géographique ensuite. L’économie chinoise, principalement concentrée sur sa côte est, est particulièrement vulnérable à une montée du niveau de la mer.

Il faut ajouter à cela les perspectives de multiplication des événement météorologiques extrêmes comme on a pu le constater aux Etats-Unis à maintes reprises ces derniers temps. Quant à la Chine si elle a rattrapé une partie de son retard en sacrifiant l’environnement sur l’autel de la croissance à tout prix, en polluant ses sols, son eau, son air, créant par la même occasion un creusement des inégalités sociales face à cette pollution, le pays vient d’annoncer un changement radical de modèle avec désormais le souci d’une croissance passant par la transition énergétique et une politique active de réduction des inégalités. La transition énergétique sera génératrice de croissance et créatrice d’emploi aussi bien aux Etats-Unis qu’en Chine. Une croissance certes plus faible, mais plus durable et plus soucieuse des populations. Une nouvelle ère s’ouvre et jamais le mot investir n’a été autant synonyme d’avenir.