ESG : une bulle de plus ?

Andrew Parry, Responsable de l’investissement durable chez Newton IM, boutique de BNY Mellon Investment Managements
L’attention excessive portée à l’investissement durable rappelle le cas des bulles précédentes, notamment celle d’internet
Andrew Parry, Responsable de l’investissement durable chez Newton IM, boutique de BNY Mellon Investment Managements

Le récent boom de l’investissement ESG reflète la ténacité des pionniers, parfois agacés de voir les nouveaux convertis s’emparer du fruit de leur travail. Plus gratifiant cependant, est l’intérêt naissant de pans plus larges de la société, y compris parmi les politiciens.

La reprise économique la plus «verte» jamais enregistrée

Qu’il s’agisse ou non d’une «croissance verte», le rebond économique est certainement le plus écologique jamais vu. Alimentés par d’abondantes liquidités, les investisseurs affluent pour soutenir une myriade de projets dans les domaines des énergies renouvelables, des véhicules électriques, de l’alimentation végétale, de l’inclusion sociale et de l’économie circulaire. L’objectif de parvenir à un bilan carbone nul d’ici 2050 est également devenu une perspective plus réaliste. Si, plus récemment, nous avons assisté à une saine correction de certains prix, il n’est pas étonnant que les entreprises qui proposent des solutions innovantes et soutiennent la transition des économies dans ces domaines aient vu le cours de leurs actions s’envoler.

Cependant, l’innovation seule ne résoudra pas les problèmes les plus urgents de la planète. Les investisseurs doivent se tourner vers ceux qui réussissent à mettre en œuvre des solutions durables dans le cadre de pratiques commerciales favorisant l’efficacité, renforcent la valeur de la marque et aident les entreprises à rester pertinentes dans un monde en mutation.

Alors qu’on estime que les mesures de relance monétaire et budgétaire mondiales, qui s’élèvent à 13.000 milliards de dollars, fournissent une puissance de feu suffisante pour financer bon nombre des ambitions en matière de durabilité, la liquidité peut quant à elle être une arme à double tranchant. L’argent va traditionnellement vers la meilleure « histoire », plutôt que vers les problèmes les plus difficiles à résoudre.

Au début de cette année, la valorisation d’un grand nombre de sociétés stars en matière d’ESG a atteint des niveaux dépassant toute notion de valeur intrinsèque. L’accumulation de l’épargne et les faibles taux d’intérêt ont déclenché une frénésie chez les petits investisseurs qui a conduit certaines actions à flamber.

Un parallèle avec la bulle internet

Tout ceci ressemble étrangement à d’autres bulles, notamment celle d’internet à la fin des années 1990. Pendant longtemps, il était pratiquement impossible de se tromper en investissant dans la technologie. En 2000, l’humeur a changé, les IPO ont commencé à échouer et les investisseurs avisés du début ont discrètement quitté la scène avant que l’inévitable crise ne survienne.

Le pronostic à long terme des conséquences du boom des technologies sur nos vies était loin d’être faux. Le vrai problème provenait du fait que trop d’argent avait été investi dans trop peu de modèles économiques rentables et durables. Même Amazon a mis près de dix ans à retrouver son niveau de 1999, alors que beaucoup n’ont tout simplement pas survécu.

La dure réalité des forces du marché

Quelle que soit la force de l’engouement pour l’investissement durable, être « vert » n’est pas une condition suffisante pour être une entreprise prospère. À l’instar de la bulle internet des années 1990, alors que l’argent afflue dans les stratégies d’investissement durables, les fournisseurs de solutions les plus intéressants ne survivront pas tous à la dure réalité du marché.

Naviguer dans l’environnement d’investissement actuel, gonflé à bloc de liquidités apparemment inépuisables, crée des conditions dangereuses pour ceux motivés seulement par l’effet de mode. Pour  devenir une entreprise durable, le business model et la valorisation sont importants, mais la durabilité l’est tout autant et, dans la réalité, l’un ne va pas sans l’autre.