Bourse : le plus mauvais conseiller, c’est souvent soi-même

Par Numa Jequier, Président de Nalo
La dimension psychologique de l’investissement ne doit pas être prise à la légère. Identifier ses biais cognitifs et les maîtriser est fondamental pour ne pas se tromper

Pandémie, guerre en Ukraine, envolée des prix, tensions monétaires qui compliquent les prochaines décisions des banques centrales… Depuis deux ans, les marchés financiers sont soumis à rude épreuve. Depuis 15 ans, même, les crises s’enchaînent avec une rare violence.

Bonne nouvelle, cela n’a pas dissuadé les investisseurs de continuer à plébisciter les marchés financiers, à chaque éclaircie, ni les particuliers qui sont enfin un peu plus nombreux, en France, à s’intéresser à la Bourse après une longue décennie de désamour.

Malgré tout, ces fortes turbulences renforcent le questionnement légitime de chacun : comment investir à bon escient et au bon moment ? Comment être sûr de faire de la performance, d’avoir du rendement avec une telle volatilité des marchés actions ? A toutes ces questions, nous aurions envie de répondre simplement : surtout ne faites rien, encore plus en période de crise. D’ailleurs, les marchés financiers ne sont-ils pas revenus à leur niveau d’avant invasion de l’Ukraine, en seulement un mois ? Qui l’eût cru au vu de l’ampleur de la crise. C’est pourtant un bon exemple : le plus mauvais conseiller en matière boursière, c’est souvent soi-même.

La dimension psychologique est fondamentale. Les investisseurs, quelle que soit leur séniorité et leur expérience, sont affectés par des éléments subjectifs, plus ou moins conscients, qui peuvent altérer leur jugement. Ce que l’on appelle les biais cognitifs. On en compte plus d’une trentaine qui affectent chacune de nos décisions au jour le jour. Mais s’agissant des marchés financiers, certains sont plus importants que d’autres, en particulier lors des tempêtes boursières, où l’on a naturellement tendance à se retrouver soumis à un stress élevé.

Exemple type : « l’heuristique de disponibilité », qui est la tendance à se baser sur les informations récentes et non sur les statistiques et poussent ainsi à oublier qu’une baisse est naturelle, la plupart du temps et doit toujours être analysée au regard des statistiques. Lesquelles démontrent que la patience est la meilleure conseillère.

L’importance des meilleures séances

Cet exemple marche d’ailleurs dans le cas d’une baisse autant que d’une hausse : entre 1999 et 2021, le MSCI World a généré un gain annuel moyen de 6,5 %, dividendes inclus. Mais ceux qui ont manqué les dix meilleures séances (sur 6001 !) auront vu leur gain divisé par deux. En ratant les 40 meilleures journées, ils auraient même perdu 1,1 % ! Cela démontre qu’il y a gros à perdre en multipliant les aller retours intempestifs. En d’autres termes, ne paniquons pas à chaque information négative !

Autre biais, celui de la sur-confiance. Si l’on demande à des traders ou à des investisseurs professionnels s’ils pensent être meilleurs que les autres, quasiment tous répondent « oui » alors que par nature seuls 50% sont meilleurs que les 50 autres pourcents. Cette sur-confiance peut pousser à vouloir agir trop souvent, en pensant avoir flairé une bonne opportunité alors que les statistiques – toujours elles – montrent au contraire que le risque de perte s’atténue avec le temps, quand on limite les mouvements : investir sur 1 an dans l’indice MSCI World c’est avoir 30 % de chances de faire des pertes ; une statistique qui tombe à 10 % si l’on investit sur 10 ans et qui disparaît totalement à un horizon 15 ans.

Enfin, il existe un biais rétrospectif, qui nous pousse à vouloir tout analyser rétrospectivement, en trouvant une justification à chaque événement. Cela nous conduit parfois à vouloir chercher une explication à une baisse des marchés, alors même qu’il n’y en a pas de rationnelle, donc qu’elle sera aussi éphémère qu’injustifiée. Mais hélas, ce biais rétrospectif fait mauvais ménage avec le « biais du temps présent », qui nous pousse à vouloir faire un gain petit maintenant (ou alors limiter les pertes tout de suite) et à prendre des décisions sous le coup de l’émotion.

Que faire face à ces nombreux biais cognitifs ? Les connaître, évidemment, c’est-à-dire se connaître soi et ses limites. Mais surtout se fixer des règles claires et ne jamais y déroger justement pour laisser de côté toute émotion. Et, au final ne jamais chercher à tout anticiper, tout prévoir, tout comprendre, tout justifier. Laissez passer les tempêtes et restez fixés sur votre horizon.