Allocation d’actifs

Actions européennes : perspectives 2020… et au-delà

Laurent Dobler, directeur général et gérant actions européennes chez Comgest, analyse le marché des actions européennes
Le dirigeant prône un investissement de long terme, faisant fi des bruits de marché et reposant sur la loi des intérêts composés

En cette période de l’année, on me demande souvent quelle est ma vision du marché des actions européennes pour 2020. Avec les taux bas, une démographie déclinante et une productivité en berne, un mauvais cycle peut vite virer à la stagnation en Europe. Une croissance molle reste donc le scénario le plus probable. Par ailleurs, au vue du stade très avancé du cycle et des ruptures technologiques en cours dans le secteur automobile, industrie clé en Europe, il faut faire très attention dans le choix de titres cycliques. 

Les obligations offrent actuellement des rendements négatifs ou proches de zéro, avec un risque de perte important en cas de hausse de taux. Dans cet environnement, les actions restent le dernier rendement fréquentable sur les marchés financiers. Les actions sont, en effet, génératrices de valeur en croissance et dividende par opposition au marché taux. Même si les valorisations actuelles sont un peu plus élevées qu’historiquement, les actions restent donc une classe d’actif à ne pas manquer en 2020.

 

Ne pas écouter le bruit. Cependant, sur les marchés financiers, toute décision est prise dans un environnement incertain, animé par des bruits, des mouvements irrationnels et des comportements moutonniers. Il faut beaucoup de temps et de recul pour juger si une décision d’investissement est de bonne qualité. Je crois, en effet, qu’à long terme, les fondamentaux d’une entreprise expliquent la majeure partie de la performance de ses actions. Ce n’est pas le cas à court terme, car le bruit, l’irrationnel et les excès dominent. À long terme, le cours d’une action converge vers la capacité de l’entreprise à générer de la valeur, soit la croissance des résultats, des dividendes et des cash-flows. Pour un investisseur patient, la performance boursière suit la performance économique de l’entreprise.

C’est par exemple le cas d’EssilorLuxottica, une valeur que nous détenons en portefeuille depuis une vingtaine d’années. La société, grâce à ses investissements continus, a su maintenir un rythme régulier de croissance. Elle s’est hissée au premier rang sur le marché de l’optique mondiale et son bénéfice par action a cru de 10,3 % sur 20 ans, produisant un rendement pour l’actionnaire de 12 % par an en y incluant les dividendes. Une performance nettement plus élevée que celle de notre indice de référence, le MSCI Europe qui a cru de 4,1 % par an sur la même période. La loi des intérêts composés a multiplié notre investissement par 8 en 20 ans, comparé à un investissement dans l’indice qui n’a que triplé. La dynamique de croissance de l’entreprise devrait se poursuivre au cours des prochaines années. Nous estimons que la croissance des bénéfices par action de l’entreprise sera de 10 % par an entre 2019 et 2024.

 

Des opportunités à saisir. En revanche, l’obsession des investisseurs pour le court terme crée des opportunités pour investir à long terme. Nombreuses sont les preuves que la majorité des investisseurs est obsédée par la recherche de performances courtes ou encore ne peut se permettre le luxe d’attendre patiemment que le cours d’une action progresse à long terme. Selon le NYSE Factbook, la période de détention moyenne d’une action était de 8 ans en 1960, 5 ans en 1970, puis moins de 3 ans en 1980, de 14 mois en 2000 et 6 mois en 2010. La capacité d’un investisseur à éteindre le bruit du marché et se concentrer sur le signal de la croissance bénéficiaire longue lui permet de tirer parti de l’inefficience procurée par le court-termisme ambiant.

L’investisseur de long terme bénéficie alors de la loi des intérêts composés. Il y a toujours une tentation de prendre ses bénéfices sur une action qui a monté et il faut une certaine discipline pour laisser poursuivre aux entreprises leur course.

Quant aux périodes difficiles, même si presque tous les titres sont initialement entraînés dans les mouvements irrationnels de correction court terme de marché, par la suite, triant le bon grain de l’ivraie, les sociétés de croissance et de qualité décotées redeviennent la cible des investisseurs.

Alors, indépendamment des atouts et des risques que présente le marché des actions européennes en ce début d’année, il faut toujours se rappeler qu’être investisseur au sens propre du mot, c’est allouer du capital sur le long terme, chose rare dans un monde où l’éphémère est encouragé par la puissance des algorithmes et les masses de données.