2022, vers un retour en grâce des actions chinoises ?

Nadine Trémollières, directrice Primonial Portfolio Solutions
Cette année, la Chine pourrait se réinscrire dans un parcours de croissance plus vertueux, en ayant intégré le développement durable dans ses objectifs prioritaires.

Alors que 2022 s’inscrira peut-être parmi les « annii horribilis » pour les actifs financiers mondiaux, l’année du tigre pourrait signer le retour du rugissement de la Chine après des années difficiles. Les investisseurs se sont massivement détournés des actifs chinois depuis plus d’un an, néanmoins il nous semble opportun de réintégrer aujourd’hui cette typologie d’actifs au sein d’un portefeuille financier.
Entre fin 2018 et février 2021, les actions chinoises ont connu une forte progression (+90 % pour l’indice MSCI China en USD) et ont ensuite perdu leur attrait, minées par un certain nombre de restrictions. Tout d’abord, réglementaires et politiques, puis sanitaires suite à l’adoption d’une politique « zéro Covid » qui a entraîné des confinements successifs d’une grande partie du pays. Les actions chinoises ont ainsi abandonné 50 % entre février 2021 et mai 2022, mais elles sont en train de repartir à la hausse et de surperformer les actions des pays développés. Ainsi, le rebond entamé le 12/05/2022 a déjà atteint 20 % à fin juin (MSCI China en USD), alors que sur la même période les actions américaines baissaient de 5 % pour le S&P 500 (en USD) et de 4 % pour le Stoxx 600 (en EUR).

Une trajectoire de croissance à contre-courant

Cette surperformance devrait, selon nous, perdurer tant la dynamique du pays est à l’encontre de celle des pays développés. Tout d’abord sur le plan économique. Alors que le monde entier est confronté à une hausse historique de l’inflation, la Chine maîtrise ses prix malgré l’augmentation significative des matières premières dont elle dépend largement. Son inflation est contenue autour de 2 %, ce qui lui permet d’avoir une politique monétaire accommodante, alors que les banquiers centraux des pays les plus développés se sont engagés dans un processus de resserrements monétaires qui auront des effets récessionnistes plus ou moins marqués.
Le dernier congrès du Parti communiste chinois a fait de la croissance économique un objectif prioritaire et l’assouplissement de la politique monétaire, entrepris depuis le début de l’année, s’est traduit par une baisse du taux de réserves obligatoires des banques (baisse de 25 points de base pour s’établir à 11,25 % à fin avril). De plus, différentes mesures de relance budgétaire ont été mises en place : conditions de crédit assouplies ou encore mesures fiscales spécifiques à même de stimuler la consommation intérieure (remboursements de TVA, réduction d’impôts).
Des défis à relever sur les plans sanitaire et réglementaire
Sur le plan sanitaire, la situation constitue toujours une source d’inquiétude, tant la stricte application de la doctrine « zéro Covid » combinée à une faible efficience des vaccins chinois a entraîné des confinements de villes ou zones essentielles à la croissance du pays. Ainsi, le confinement de Shanghai, mégalopole de 25 millions d’habitants, a eu des effets désastreux sur la croissance économique car cette région concentre de nombreuses entreprises et travailleurs. L’amorce depuis quelques semaines d’un assouplissement de ces mesures coercitives redonne l’espoir d’une accélération de la croissance économique, même si la stricte application de cette politique devrait perdurer jusqu’au prochain congrès du Parti communiste chinois en octobre et donc entraîner de nouveaux confinements partiels.
Autre sujet d’inquiétude, le resserrement réglementaire. Celui-ci a touché différents secteurs en 2021 (jeux vidéo, formation, …) mais ne semble plus être la préoccupation majeure. Les autorités chinoises se disent prêtes à assouplir la répression réglementaire à l’encontre des géants chinois de la technologie pour soutenir leur développement, ce qui constitue un certain changement de paradigme. Des sociétés phares, comme Alibaba ou Tencent, retrouvent des couleurs sur les marchés boursiers alors qu’elles avaient abandonné plus de 60 % de leur valeur par rapport à leur plus haut en 2020.

Un niveau de valorisation attractif couplé à une dynamique économique

De fait, les valorisations des marchés chinois sont devenues attractives, que ce soit sur le marché onshore ou offshore. En février 2021, au pic du marché, les valorisations (reflétées par le Price Earning Ratio) du MSCI China se traitaient autour de 24x alors qu’elles sont retombées autour de 10x à ce jour, ce qui rend ce marché particulièrement peu valorisé par rapport aux moyennes historiques mais aussi en relatif par rapport aux autres pays développés.
Malgré de nombreux signaux positifs, la structure de l’économie chinoise, axée d’une part sur les exportations et l’investissement, et de l’autre sur la consommation domestique, pourrait souffrir du ralentissement du rythme de croissance des pays développés. Mais depuis quelques années, les efforts de Pékin se portent sur l’augmentation de la consommation intérieure pour réduire l’écart de richesse avec les pays développés.
Sur le plan géopolitique, la guerre russo-ukrainienne et une alliance de fait avec le pouvoir russe pourraient permettre à la Chine de sécuriser à moindres frais les importations de pétrole et limiter ainsi l’inflation du pays. Outre-Atlantique, afin d’éviter que Pékin radicalise sa position en soutenant trop ouvertement Poutine et pour limiter l’inflation importée, les Américains réfléchissent à réviser à la baisse les droits de douane imposés par l’administration Trump, ce qui permettrait de redonner un élan aux exportations chinoises.
Ainsi, la Chine apparaît d’un point de vue économique en meilleure santé que le reste du monde et pourrait se réinscrire dans un parcours de croissance plus vertueux, en ayant intégré le développement durable dans ses objectifs prioritaires. En 2022, l’empire du Milieu contre-attaque !