Brexit

Une opportunité pour le marché de l’art français

Fabien Bouglé, Consultant en gestion de patrimoines artistiques, Saint-Eloy Art Wealth Management
Theresa May, qui a attendu l’élection américaine pour connaître sa posture, a décidé d’envisager un « Brexit dur »
Baisse de la livre, retour d’expatriés et taxes d’exportation jouent en faveur du marché de l’art français
fabien Bouglé

Le gouvernement du Royaume-Uni a activé l’article 50 du traité de Lisbonne qui permet à un pays de quitter l’Union européenne (UE). Il est difficile de connaître exactement ce qui adviendra des négociations entre l’UE et la Grande-Bretagne. Une chose est certaine : la perfide Albion n’est pas décidée à se laisser faire et il est probable que les conséquences à moyen long terme seront importantes.

Dans ce contexte, le marché de l’art n’est pas épargné car les objets d’art étant le domaine par excellence des échanges internationaux, ils subiront de plein fouet ces négociations, ce qui risque très probablement de favoriser la place française sur plusieurs plans.

Une livre sterling en baisse.

La baisse de la livre va avoir un impact réel sur les transactions. En effet, nous sommes passés d’une livre à 1,42 euro (en novembre 2015, quelques mois avant le Brexit) – soit un change de 142 euros pour 100 livres – à une livre aujourd’hui à 1,15 euro, soit 115 euros pour 100 livres.

Dès lors, les vendeurs français qui préféraient vendre à Londres afin de disposer d’une devise plus forte et bénéficier d’un prix de vente plus élevé en euros risquent d’hésiter fortement à exporter leurs biens. L’incidence de cette diminution va conduire les vendeurs à préférer maintenir sur le sol hexagonal la transaction de leurs œuvres. Cette situation pourrait être accentuée par la promulgation de mesures fiscales protectionnistes qui ont pu être envisagées dans le cadre de la mission d’information sur le marché de l’art dont les conclusions ont été rendues publiques en novembre dernier.

Un retour des cadres bancaires.

L’autre élément très favorable à la place française est le retour envisagé de plus de 20.000 cadres du secteur bancaire et financier dans l’Hexagone. En effet, le marché de l’art, et en particulier celui de l’art contemporain, est très dynamique dans cette catégorie socioprofessionnelle. Le Brexit pourrait ainsi faire revenir un ensemble de personnel du monde financier mais également un nombre important d’expatriés qui pourraient se laisser tenter par un retour en France – surtout si l’ISF est supprimé par le prochain président de la République.

L’impact en termes de TVA à l’importation ou de fiscalité d’exportation.

Un autre enjeu important concerne les droits de douane. En effet, jusqu’à présent, le fait d’importer des œuvres d’art de Grande-Bretagne vers la France n’avait aucun impact fiscal puisque le pays faisait partie de l’Union européenne. Mais à partir du moment où ce pays n’en fera plus partie, il est probable – sauf accord contraire entre les pays – que les importations seront taxées à la TVA à l’importation de 5,5 %. Si bien qu’un grand nombre de Français réfléchissent actuellement à rapatrier leurs possessions artistiques avant que la taxation à l’importation soit rétablie entre le Royaume-Uni et la France.

De même, une simple exportation d’œuvre d’art dans l’UE n’est pas fiscalisée, ce qui n’est pas le cas lorsque l’on déménage les œuvres hors de l’Union. L’exportateur est alors taxé à 6,5 % de la valeur en douane. Dès lors, après l’application du Brexit, l’exportateur qui souhaiterait déménager en Grande-Bretagne sera soumis à cette taxe de 6,5 % d’exportation.

On le voit, dans bien des domaines le Brexit aura d’importantes conséquences. Cela peut se traduire, sur le marché de l’art, par un retour en grâce de la place du marché de l’art français.