Gestion alternative

Une ex-star de l’alternatif réapparaît chez Rothschild

Le gestionnaire lance, via sa plate-forme de comptes gérés, un fonds long/short totalement neutre au marché
Ce produit est géré par Perdurance Asset Management, une société créée il y a trois ans par Ivan Briery
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Il est des périodes particulièrement propices pour proposer des fonds dont la performance n’est en rien corrélée aux marchés. Aujourd’hui, si le potentiel des actions, notamment européennes, n’est pas remis en cause par les allocataires, le temps où la progression des actifs risqués s’affranchissait de la moindre volatilité est terminé. Les soubresauts des marchés au début du mois de février l’ont prouvé. Les fondamentaux des entreprises n’ont pas été remis en question, mais la publication de chiffres concernant l’emploi américain a provoqué une vive inquiétude des opérateurs concernant l’évolution de l’inflation aux Etats-Unis. Les indices ont brutalement chuté dans les jours qui ont suivi. Même si la situation s’est en partie normalisée depuis, les investisseurs pourraient maintenant chercher des pistes de diversification dans ce contexte de remontée des taux et de retour de la volatilité. Rothschild Asset Management tente de répondre à cette problématique avec le lancement de R Perdurance Market Neutral Fund, le nouveau compartiment de sa sicav InRIS dédiée aux stratégies alternatives au format UCITS. Comme pour les autres compartiments de cette sicav, dont les encours totaux se montent à environ 4 milliards d’euros, la gestion est confiée à une société de gestion externe au groupe, spécialisée dans la stratégie sélectionnée. En l’occurrence, c’est Ivan Briery, le fondateur de la société de gestion Perdurance, qui a été chargé de gérer ce nouveau produit.

Neutralité. Son fonds peut intervenir à l’achat comme à la vente sur les actions et non seulement présente une exposition neutre aux marchés, mais aussi compense les différents biais qui peuvent exister lorsque cette technique est utilisée. « L’évolution de la performance ce fonds n’est pas liée à celle des actions (son bêta est proche de zéro), et il ne présente pas non plus de biais sectoriel, de biais géographique ou de style (value ou croissance). Le gérant veille également à ce que le fonds n’ait pas de biais macroéconomique de second ordre – comme une sensibilité à l’évolution des matières premières ou aux taux », explique Charles Lacroix, responsable du business development de la plate-forme. Le processus de gestion reste très simple : le gérant se positionne à l’achat sur un portefeuille de sociétés et couvre cette exposition par des positions vendeuses sur indices et des swaps.

Travail des données. Pour sélectionner la partie longue de son porte­feuille, le gérant part de l’univers des valeurs européennes (hormis les financières et les actions britanniques) et analyse leurs bilans. Ensuite, comme beaucoup de gérants de stock-picking, il rencontre les managements. Charles Lacroix précise qu’« Ivan Briery considère que la plupart des informations concernant les sociétés peuvent se déduire d’une analyse fine de leurs comptes et enrichissent considérablement ses échanges avec le management des sociétés. C’est pour cette raison qu’il retraite la totalité des postes du bilan et des publications de résultats des entreprises qu’il suit dans sa propre base de données propriétaire [environ 300 à ce jour] ». Lorsqu’il détecte une anomalie dans la valorisation d’une entreprise, il l’intègre dans son portefeuille, qui ne comprend qu’une vingtaine de valeurs. Il conserve ensuite cette ligne jusqu’à ce que l’anomalie de valorisation soit résorbée ou qu’un autre titre offre une meilleure opportunité. Le fonds vise une volatilité cible de 8 à 10% et un ratio de Sharpe de 0,8. Pour l’heure, Perdurance gère environ 300 millions d’euros sur des stratégies approchantes et le produit de Rothschild, lancé il y a à peine quelques semaines, a déjà collecté plus de 80 millions d’euros.

Personnage atypique. Si la société Perdurance n’a que quelques années d’existence, Ivan Briery n’est pas un inconnu dans le monde de la gestion. En 1998, il avait créé le fonds Voltaire, qu’il a fermé sept ans plus tard, rendant leur argent aux investisseurs, malgré des performances impressionnantes. Jeune retraité, à 40 ans, il a ensuite lancé sa fondation, Perdurance Philanthropy, liée aux droits humains, à l’éducation de la petite enfance défavorisée, à la santé et à l’entrepreneuriat social. Aujourd’hui encore, il reverse à cette dernière 40% des bénéfices de sa société de gestion.