Crédits

Une concurrence toujours farouche

Propos recueillis par Franck Joselin
Alors qu’ils étaient attendus en hausse, les taux de crédits immobiliers restent toujours très bas en ce début d’année
L’environnement reste très concurrentiel, même si les banques voudraient augmenter leurs marges d’intérêt
DR, Sandrine Allonier, porte-parole de Vousfinancer

L’Agefi Actifs.- Quel bilan peut-on tirer de l’année 2018 sur le front des crédits immobiliers ?
Sandrine Allonier. -
En 2018, le marché s’attendait à une remontée des taux de crédits, qui finalement n’a pas eu lieu. Au contraire, ils ont eu tendance à légèrement baisser car les banques ont adopté une politique de taux très offensive, notamment parce que le premier trimestre de l’année dernière s’était révélé en retrait en termes de demande. A l’époque, l’environnement global était en effet peu encourageant pour l’achat immobilier, entre le manque de visibilité sur la politique fiscale du gouvernement et des prix restant très élevés.
 En fin d’année cependant, nous avons vu quelques hausses de taux isolées dans les grilles tarifaires des banques, mais elles n’ont été que très peu appliquées et cela ne s’est pas traduit par des hausses effectives. 

Les banques se sont-elles montrées plus dures concernant les conditions d’octroi des prêts ?
- Cela a évolué au cours de l’année. Les banques ont d’abord accepté de nombreux dossiers au premier trimestre 2018, pour pallier la baisse de la demande. Les durées de prêts ont été rallongées et certains acteurs ont baissé leurs taux sur trente ans. Mais en fin d’année, à partir du moment où leurs objectifs commerciaux ont été atteints, elles sont devenues plus sélectives en privilégiant les meilleurs dossiers. Aujourd’hui, au niveau très bas où sont les taux, les banques cherchent à sécuriser les prêts qu’elles accordent en choisissant des profils à fort potentiel. Même si, comme à l’accoutumée en début d’année, elles ont un peu relâché leurs conditions.

Justement, quels mouvements observe-t-on depuis le début de l’année ?
- Encore une fois, au début de cette année, des hausses de taux étaient attendues, mais comme en 2018, le marché est resté très stable. En effet, rien, dans l’environnement économique, n’est favorable à une remontée des taux. Le contexte social, d’abord, avec la crise des gilets jaunes, freine les volontés que pourraient avoir les banques à remonter les taux de crédit ; elles seraient accusées de ce fait de faire diminuer le pouvoir d’achat des ménages.
 Ensuite, la demande sur le début de l’année reste timide. Plusieurs raisons expliquent cela. La mise en place du prélèvement à la source a provoqué un certain attentisme chez les ménages qui doivent se familiariser avec ce mécanisme. Ensuite, le discours de la Banque centrale européenne laisse à penser que le spectre de remontée des taux s’éloigne. Le tout dans un environnement où les prix restent très élevés. Or, dans les périodes de prix élevés et de taux qui n’évoluent pas, les acheteurs pensent qu’ils ont intérêt à attendre.

Les banques ne seront-elles cependant pas obligées de se reconstituer des marges ? 
- Effectivement, les niveaux des taux aussi bas incitent certains acteurs à faire le choix de prêter moins et de baisser leurs objectifs de production de crédit dans les douze prochains mois. Et même si les banques veulent se reconstituer leurs marges, aucune ne veut être la première à initier le mouvement et perdre ainsi les parts de marché durement gagnées. Si les banques décident d’augmenter leurs marges d’intérêt, elles le feront plutôt à partir du second semestre. Nous ne sommes pas encore dans une situation restrictive et les bons dossiers bénéficient toujours de très bons taux. 

Une remontée des taux provoquerait-elle un ralentissement encore plus prononcé du marché ?
- Non, au contraire, une remontée progressive des taux de 30 points de base, par exemple, pourrait paradoxalement faire repartir le marché du crédit à la hausse, les emprunteurs estimant qu’il ne faut plus attendre pour acheter. C’est d’ailleurs ce qu’il s’était passé au début de l’année 2016 lorsque nous avions connu un léger mouvement de remontée des taux de crédit : cela avait déclenché les actes d’achat des attentistes, provoquant une hausse de la demande.