INVESTISSEMENT ISF

Une année de transition marquée par une prolifération de l’offre

Désormais installé dans le paysage patrimonial et sollicité par les clients, le dispositif d’investissement ISF dans les PME devrait connaître un certain succès en 2009 La forte augmentation du nombre de fonds et surtout de holdings témoigne d’un grand dynamisme de la part des opérateurs et d’une confiance, semble-t-il, retrouvée.

Instauré par la loi Tepa, le dispositif de réduction d’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) pour investissement dans les PME suscite cette année un fort engouement. Après un lancement effectué quelque peu dans la précipitation l’an passé, mais avec un bilan satisfaisant au final (L’Agefi Actifs n°385, p. 3), l’offre de produits s’est fortement développée cette année (1) avec un quasi-doublement des fonds d’investissement de proximité (FIP) et des fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI) proposés, et même un triplement du nombre de holdings.

Un regain d’intérêt pour ces produits.

Le recul très net de la collecte des FIP et FCPI impôt sur le revenu en fin d’année dernière, de -40 % à -50 % selon les opérateurs, avait pourtant suscité quelques inquiétudes chez les professionnels. Une crainte d’autant plus forte que la crise est toujours présente et que de nombreux investisseurs ont adopté une attitude attentiste en se positionnant sur des produits sécuritaires et liquides.

Néanmoins, la majorité des professionnels semble aujourd’hui avoir retrouvé la confiance et avoue connaître un niveau satisfaisant de commercialisation sur les premières semaines d’activité. « Malgré un contexte économique difficile et une défiance généralisée, en particulier depuis l’affaire Madoff, nous ressentons un frémissement chez les conseillers en gestion de patrimoine et les clients »,explique Eric Gaillat, directeur associé d'Alto Invest.

Un potentiel commercial important.

Plusieurs raisons sont avancées par les professionnels pour expliquer le relatif bon maintien de la distribution de ce type de produits. « Le délai très court de commercialisation de l’an passé n’a pas permis à tous les professionnels et investisseurs de s’organiser. Mais les produits sont maintenant matures et les règles du jeu bien connues »,estime Niels Court-Payen, directeur général associé d'A Plus Finance.

« Beaucoup de particuliers n’ont pas pu être servis l’an passé, de nombreux fonds ayant atteint le plafond de collecte qu’ils s’étaient fixé. Ils ont donc souscrit tôt cette année pour ne pas passer à côté une seconde fois »,avance pour sa part Olivier Goy, président de 123 Venture.

Certes, le nombre de redevables à l’ISF devrait diminuer cette année mais le potentiel de clients est encore important car seuls 50.000 personnes ont souscrit l’an passé alors qu’il y a environ 500.000 redevables à l’ISF en France. « De plus, 80 % des souscriptions que nous avons reçues cette année ont été faites par des clients ayant déjà souscrits l’an passé »,constate Olivier Goy.

Une réponse à la chute des marchés.

Face à la baisse des marchés financiers, l’investissement dans des PME apparaît en effet comme une véritable alternative. « Le discours commercial sur le non-coté est aujourd’hui plus facile, le produit étant perçu comme moins risqué »,reconnaît ainsi Pierre-Victor Sabatier, responsable du développement chez Nextstage.

« Le soutien à l’économie, l’aspect industriel et concret de l’investissement attirent de nombreux épargnants, en particuliers les chefs d’entreprise retirés ou en activité »,estime par ailleurs Antoine Nogier, président de Sun’R, une société spécialisée dans la production d’énergie solaire photovoltaïque proposant un investissement dans ce domaine viala holding avec Visa, Sun’R Invest 2.

Reste que l’argument principal de l’investissement dans les PME demeure le levier fiscal, la réduction atteignant 50 % du montant investi dans les fonds, et 75 % dans le cadre de l’investissement en direct et des holdings.

La concurrence des holdings.

La différence de réduction d’ISF bénéficie d’ailleurs à la holding, l’investissement par le biais de ce véhicule connaissant un démarrage bien plus fort que pour les FIP et les FCPI. Si plus de deux cents holdings ont été recensées, la collecte devrait néanmoins se concentrer sur une demi-douzaine d’entre elles, essentiellement celles ayant reçu un visa de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Ce visa permet en effet de faire appel public à l’épargne et de communiquer sur le produit.

De plus, là où le montant minimal était souvent de 20.000 euros l’an passé, plusieurs holdings ont diminué leur ticket d’entrée à 5.000 euros, venant ainsi s’opposer frontalement aux FIP et FCPI, ce qui n’est pas sans déranger certains professionnels. « La plupart du temps, les holdings commerciales sont vendues comme des produits de placement alors que ce n’est pas le cas »,déplore Eric Gaillat, pour qui l’habillage est souvent trompeur, en particulier au niveau des frais et surtout des conditions de sortie.

« De plus, il faut bien comprendre que le visa de l’AMF n’apporte aucune protection supplémentaire à l’investisseur. Car ce visa ne concerne que l’augmentation de capital. Mais en aucun cas, la holding n’est agréée »,insiste Pierre-Victor Sabatier qui réclame un alignement des obligations, notamment en termes de communication, sur celles des fonds.

Les holdings devraient donc rencontrer un franc succès cette année, peut-être au détriment des fonds, mais la situation pourrait être différente en 2010. Car il faut rappeler que la loi de Finances pour 2009 limite à partir de 2010 le nombre d’associés à cinquante maximum et interdit toute garantie en capital aux associés en contrepartie de leurs souscriptions.

(1) Voir dans nos prochains numéros le liste des fonds et holdings en cours de commercialisation