Marchés

Un retour sensible du risque

JANVIER


 

Rallye sur les actions. Les marchés d’actions commencent sur la lancée de l’année 2017 au cours de laquelle la progression a été presque ininterrompue. La croissance américaine se porte bien, dynamisée par la politique fiscale engagée par Donald Trump, le retournement de cycle aux Etats-Unis n’est plus d’actualité, et l’emploi reste solide et ne présente pas de signes inflationnistes. Malgré ce dernier point, les taux des emprunts d’Etat américains se tendent tout de même, avec un taux à dix ans qui se rapproche de ses plus hauts depuis 2014, à plus de 2,55 % en début de mois. Cette hausse des taux longs ne tempère pas l’optimisme qui règne sur les actions. Au début de l’année, le Dow Jones franchit ainsi, pour la première fois, le seuil des 25.000 points. Dans le même temps, l’Europe connaît, elle aussi, une accélération plus forte qu’attendu de sa croissance. En conséquence, la Banque centrale européenne en profite pour commencer à préparer les marchés à une normalisation de sa politique monétaire, mais cela n’empêche pas les actions européennes de progresser. Toujours en Europe, l’Allemagne réussit à former un gouvernement de coalition, après des élections trois mois plus tôt qui avaient rendu la chose difficile. Du côté de la Grande-Bretagne, on se prépare à une année délicate sur fond d’accord à trouver avant le mois de mars 2019, date de la sortie officielle du pays de l’Union. A noter que les crypto-monnaies, dont les cours stratosphériques avaient fait parler d’elles à la fin de l’année 2017, entament, en ce début d’année 2018, une chute qui ne cessera de s’accentuer pendant les douze mois qui suivront. La bulle aura été de courte durée et éclatera aussi rapidement qu’elle s’est formée.

Les espoirs : une croissance dynamique des deux côtés de l’Atlantique sans risque inflationniste.
Les craintes : bien que cela n’ait pas de conséquences immédiates sur les actifs risqués, les Banques centrales américaine et européenne abordent toutes deux une période de restriction monétaire, la première avec des hausses de taux, la seconde avec la préparation des marchés à la fin du quantitative easing.

FÉVRIER



Trou d’air. La fin janvier et le début de février sont marqués par un mouvement presque général de correction sur les marchés d’actions, après un mois de janvier particulièrement positif sur cette classe d’actifs. Pendant la première semaine du mois, le Vix, l’indice mesurant la volatilité du marché américain, est passé de 15 à 50 en à peine trois jours. Ces mouvements sont principalement dus à une crainte sur les taux, qui pourraient avoir des répercussions sur la valorisation des actions. Il est vrai que si, un mois plus tôt, les professionnels ne s’inquiétaient pas de l’inflation, les chiffres de février meilleurs que prévu ont fait bondir les taux longs américains à près de 3 %. C’est dans ce contexte que Jerome Powell, nommé en 2017, remplace Janet Yellen à la présidence de la réserve fédérale américaine (FED). Sur le plan microéconomique, le dernier trimestre de 2017 s’annonce plutôt positif pour les entreprises, aux Etats-Unis, mais aussi en Europe. Ainsi, sur le Vieux Continent, les analystes s’attendent à ce que presque 60 % des sociétés cotées présentent des résultats supérieurs aux attentes pour 2017, plus particulièrement dans le secteur financier, de l’énergie, et de la technologie.

Les espoirs : bonne tenue de l’économie, aussi bien sur le plan macroéconomique que microéconomique.
Les craintes : la hausse des taux américains concomitant à l’optimisme de la Fed pèse sur les marchés d’actions.

MARS



Un mois fidèle à son nom. En Europe, le mois de mars débute sur fond de désaccord entre Bruxelles et Londres. Ainsi, les propositions faites par l’Union à la Grande-Bretagne sont plutôt mal accueillies par le pays, mais Theresa May reconnaît tout de même que la Grande-Bretagne devra faire des concessions pour qu’un accord soit trouvé. Et ce alors que les économistes s’attendent, pour 2018, à ce que le Royaume-Uni enregistre la plus faible croissance des pays du G20.
   Le mois de mars se révèle décidemment politique sur le Vieux Continent, avec la montée plus importante que prévue des partis populistes en Italie (Ligue du Nord et Mouvement 5 étoiles) lors des élections législatives qui ont eu lieu dans le pays. En Amérique aussi, la politique inquiète les marchés, avec l’annonce faite par Donald Trump de droits de douane de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium et la démission, dans la foulée, de Gary Cohn, directeur du Conseil économique de Donald Trump et considéré comme un des remparts contre le protectionnisme affiché par la Maison Blanche. Même si le terme de « guerre commerciale » n’est pas encore employé, il le sera plus tard dans le mois, notamment pour qualifier la dégradation des relations entre les Etats-Unis et la Chine et la signature, par le président américain, d’un «mémorandum ciblant l’agression économique de la Chine », prévoyant des mesures punitives contre les importations chinoises pouvant atteindre 50 à 60 milliards de dollars. Dans le même temps, la FED prépare le marché à quatre hausses de taux en 2018, alors que trois hausses seulement étaient prévues au début de l’année. Les marchés continuent de baisser au mois de mars, cependant, de manière plus modérée qu’en février. Le pic de volatilité observé quelques semaines auparavant n’aura été que passager. Même si, pendant cette période, Facebook fait face à la plus grande crise de son existence : la société Cambridge Analytica, qui a soutenu la campagne électorale de Donald Trump en 2016, ayant eu accès aux données de 50 millions d’utilisateurs du réseau social.

Les espoirs : comme les mois précédents, l’économie reste bien orientée, voire plus forte qu’attendu du côté de l’Europe.
Les craintes : le président des Etats-Unis, Donald Trump, toujours dans une optique d’un renfermement du pays sur lui-même, se lance dans une guerre commerciale avec la Chine. La Fed prépare le marché à quatre hausses de taux en 2018 au lieu de trois.

AVRIL



Retour temporaire au calme. Après les tensions concernant les relations sino-américaines au mois de mars, les marchés relativisent, au début du mois d’avril, les tensions qui pourraient découler de cette guerre commerciale, considérant que les mesures prises de part et d’autres resteraient cantonnées à seulement quelques produits. Par ailleurs, même si les indices ont globalement baissé en février et en mars, les fusions et acquisitions annoncées au premier trimestre de l’année ont atteint un niveau record. A noter cependant, que si les montants progressent, le nombre d’opérations diminue. Ces fusions et acquisitions concernent donc avant tout de grandes entreprises, principalement dans les secteurs de l’énergie, l’industrie lourde, la santé et les biens de consommation courante.
   En Europe, les marchés des obligations souveraines se portent bien, avec non seulement un appétit pour les emprunts d’Etat français, mais aussi une baisse de la prime de risque sur les emprunts issus de pays périphériques comme l’Espagne, l’Italie et la Grèce. En revanche, sur le marché des obligations à haut rendement, la situation reste plus tendue, avec l’annulation de plusieurs émissions au début du mois d’avril. Par ailleurs, quelques indicateurs déçoivent, comme les ventes au détail qui marquent le pas, ou encore l’indice PMI des directeurs d’achat qui recule à 52 en mars (les chiffres sont publiés en avril) contre plus de 57 en février. Ces nouvelles ne refroidissent pas les marchés d’actions qui, pendant le mois d’avril, rebondissent pour atteindre des niveaux proches de ceux qu’ils présentaient au début de l’année. A la fin du mois, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne réaffirme sa confiance dans la croissance européenne, dont le ralentissement conjoncturel, selon lui, ne marque pas un renversement de tendance.

Les espoirs : la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, si elle inquiète parfois, est relativisée par les opérateurs. L’économie américaine ne faiblit pas, le FMI attend toujours une croissance mondiale élevée en 2018.
Les craintes : les Banques centrales affirment leur volonté de resserrement monétaire. Les marchés sont encore soutenus par les bonnes nouvelles passées et entrent dans une phase délicate où les investisseurs alternent les phases de risk-on (de prise de risque) et risk-off (de replis sur les actifs non risqués), cela se traduit par une alternance de périodes de volatilité haute et de volatilité basse.

MAI



Risques politiques généralisés. Au mois de mai, les inquiétudes commencent à se focaliser sur les marchés émergents. Avec la hausse des taux américains accompagnée d’une hausse du dollar, ces marchés subissent des corrections importantes.
L’Argentine a, par exemple, entamé des discussions avec le FMI afin de stabiliser sa monnaie et tenter de ne pas sombrer dans une crise profonde.
   Aux Etats-Unis, Donald Trump continue de faire des siennes, en se retirant de l’accord de Vienne de juillet 2015 sur le programme nucléaire iranien, annonçant le rétablissement des sanctions américaines contre Téhéran. Cette décision ne manque pas d’affecter certaines entreprises françaises, principalement dans les secteurs pétrolier et automobile. Cette annonce s’inscrit par ailleurs dans un mouvement de hausse des prix du pétrole qui affichent, au milieu du mois de mai, une progression de plus de 20 % par rapport au début de l’année à près de 80 dollars le baril de brent. 
  Concernant le feuilleton des relations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis, un apaisement semble se profiler avec l’ouverture de négociations entre les deux pays afin de rééquilibrer le déficit commercial américain, sans qu’il y ait lieu d’augmenter les droits de douane. Cela ne signifie cependant pas que Donald Trump en ait fini avec ses mesures de protectionnisme, ce dernier s’attaquant, à la fin du mois de mai, au marché mondial de l’automobile, laissant entrevoir une augmentation des droits de douane sur ce secteur.
   En Europe, l’Italie a mis en place un gouvernement mêlant le Mouvement 5 étoiles à celui de la Ligue du nord. Bien que très éloignés sur l’échiquier politique, ces deux partis se sont finalement retrouvés sur le thème de leur euroscepticisme. Si au début, les marchés obligataires sont restés relativement confiants, la tension s’est accentuée au cours du mois, l’écart du dix ans italien avec le Bund allemand atteignant ses plus hauts niveaux depuis 2014. Les décisions qui pourraient être prises par le pays et sa coalition hétéroclite pourraient en effet provoquer un dérapage budgétaire. Toujours en Europe, sur les marchés d’actions, la nervosité se fait à nouveau sentir. En France, par exemple, une déception sur les perspectives des entreprises peut provoquer des chutes de cours atteignant quasiment 20 %, comme ce fût le cas pour Illiad. Ce syndrome touche aussi les Etats-Unis où, malgré des résultats trimestriels de bonne facture, les investisseurs commencent à considérer que les cours ont atteint leur point haut.

Les espoirs : bonne tenue de l’économie américaine avec de bons résultats des entreprises.
Les craintes : les inquiétudes politiques l’emportent, aussi bien aux Etats-Unis avec les sorties de Donald Trump qu’en Europe avec la montée de l’euroscepticisme illustrée par une coalition en Italie entre deux partis que tout oppose hormis leur volonté de s’affranchir des exigences de Bruxelles.

JUIN



Cristallisation des doutes. Le mois de juin débute, encore une fois, sur fond de guerre commerciale entre les Etats-Unis et le reste du monde. Malgré cela, la Fed, qui continue d’appliquer sa politique de relèvement de taux, durcit son discours en se révélant particulièrement optimiste sur la croissance américaine.
   En Europe, le programme politique italien mis en place par la nouvelle coalition confirme les craintes des marchés du mois précédent. Si le gouvernement reste favorable à une réduction de la dette publique, celle-ci ne passera pas par des coupes dans les dépenses, mais, au contraire, par des baisses d’impôts et une hausse des aides sociales censées dynamiser la croissance.
   Le Continent est en outre toujours confronté aux difficultés liées à la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union, Bruxelles se montrant préoccupée par la lenteur des négociations entre les deux parties. 
   Dans ce contexte, la Banque centrale européenne avance sur la normalisation de sa politique monétaire, l’inflation dans la zone, étant proche des objectifs de 2 % que s’est fixés l’institution. Si elle a annoncé la fin de ses achats sur les marchés à la fin de l’année, cette nouvelle a été compensée par l’engagement de ne pas relever ses taux avant l’été 2019.
   Du côté des émergents, l’Argentine a trouvé un accord avec le FMI, ce dernier lui accordant une ligne de crédit de 50 milliards de dollars sur une durée de trois ans. Cela ne suffit pas à rassurer les investisseurs qui, toujours inquiets sur la situation de la Chine qui reste dans une phase de désendettement, sortent massivement de cette classe d’actifs. Ainsi, les marchés d’actions émergentes ne cessent de baisser depuis leur point haut de l’année atteint au mois de janvier. A la fin du mois, la Banque de France alerte les opérateurs sur un risque important de correction des marchés au cours du deuxième semestre de l’année.

Les espoirs : une confiance toujours et encore solide sur la croissance américaine en 2018. Pas de signaux au rouge du point de vue de entreprises. En Europe, la BCE gère très bien la communication sur la manière dont elle va sortir de la période de quantitative easing dans laquelle elle se trouve.
Les craintes : les risques politiques s’intensifient avec des questionnements de plus en plus prégnants sur la guerre commerciale engagée par les Etats-Unis et les problèmes politiques en Europe, aussi bien du côté de la Grande-Bretagne que de l’Italie.

JUILLET - AOÛT




Premiers indices d’une phase de retournement. Au début de l’été, les yeux des opérateurs sont tournés vers la Chine, dont les marchés accusent des signes de faiblesse, et vers le pétrole, dont les cours restent très élevés. Toujours dans les émergents, et malgré la remontée récente du cours du baril, le Venezuela traverse une grave crise économique, faisant face à une contraction de son produit intérieur brut de 40 %. Enfin, la Turquie est en proie à des difficultés depuis le début de l’année 2018, avec un ralentissement économique et une baisse drastique du cours de sa monnaie.
   De son côté, l’économie américaine continue à bien se porter avec une FED qui confirme qu’elle va continuer à relever progressivement ses taux. Dans cet environnement, Donald Trump, loin de calmer le jeu avec la Chine, profère de nouvelles menaces concernant la mise en place de droits de douane à 10 % sur 200 milliards de dollars de produits chinois.
   En Europe, la situation de la Grande-Bretagne se tend avec les démissions du ministre du Brexit David Davis, et celle de Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères. Dans le même temps, les chiffres macroéconomiques publiés au mois de juillet montrent un tassement de la croissance européenne alors même que l’inflation remonte, du fait de la hausse du prix du pétrole.
   La fin du mois de juillet est aussi marquée par le début de la période de doute sur les valeurs technologiques américaines. Si certaines d’entre elles, comme Apple, Amazon ou Google ne sont pas encore touchées, le titre Facebook enregistre, le 26 juillet, une baisse du cours de son action de près de 20 % après que le groupe a déçu les investisseurs sur son chiffre d’affaires et le nombre de
ses utilisateurs mensuels. Le lendemain, c’est au tour de Twitter de subir une chute du même ordre après l’annonce de la baisse d’un million de ses utilisateurs actifs, sur un total de 335 millions.
   Ces désillusions sur le secteur de la technologie ne doivent cependant pas faire oublier que, dans le même temps, les résultats des entreprises au premier semestre, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, continuent de bien se porter. La situation boursière s’avère cependant différente sur les deux continents, les actions américaines continuant de progresser pendant l’été, tandis qu’en Europe, les cours des indices sont déjà entrés dans ce qui sera rétrospectivement un cycle baissier qui durera jusqu’à la fin de l’année – même s’il est encore trop tôt pour véritablement s’en rendre compte au mois d’août.



Les espoirs : les marchés américains résistent, à l’aune de bons résultats des entreprises.
Les craintes : l’économie européenne ralentit et la situation dans certains pays émergents se tend. Par ailleurs, le feuilleton de la guerre commerciale évoluant au gré des déclarations ou des tweets de Donal Trump ajoutent de la nervosité sous-jacente sur les marchés, même si cela ne se constate pas réellement sur les indices de volatilité.

SEPTEMBRE



Les émergents sonnent l’alarme. Comme au mois d’août, le début du mois de septembre est marqué par les inquiétudes sur les émergents. Alors que le Venezuela est en situation de quasi faillite, et que la correction sur les devises émergentes concernait jusqu’à maintenant, outre ce pays, l’Argentine et la Turquie, elle s’étend dorénavant à l’Afrique du sud, la Russie, le Brésil et l’Indonésie. Par ailleurs, les actions chinoises, baromètre s’il en est des émergents, continuent de baisser jusqu’à leur niveau du début de l’année 2015, avant la forte hausse qui avait caractérisé ces marchés.
   En Europe, les inquiétudes sur la vigueur de la croissance se font de plus en plus présentes sur les marchés, les indices alternant les moments de hausse et de baisse, mais adoptant, malgré les différents rebonds, une tendance baissière. Il est vrai que les risques politiques demeurent sur le Vieux Continent, même si le gouvernement italien est obligé de compter avec les marchés financiers et la capacité de financement du pays en modérant son discours concernant un dérapage budgétaire. La Grande-Bretagne semble, quant à elle dans une impasse politique sur ses modalités de sortie de l’Union, laissant planer l’éventualité d’un « hard Brexit », c’est-à-dire une sortie sans qu’il ne soit trouvé d’accord. La guerre commerciale avec les Etats-Unis commence aussi à fragiliser l’Europe. A la fin du mois de septembre, BMW a, par exemple, abaissé ses objectifs annuels, notamment à cause des conflits commerciaux au niveau mondial.
    Aux Etats-Unis, les marchés d’actions rebondissent au mois de septembre, les bons chiffres macroéconomiques et les différentes actions entreprises par le pays pour soutenir les marchés portent leurs fruits, avec un Dow Jones qui finit le mois en hausse d’environ 8 % par rapport au début de l’année.

Les espoirs : bonne tenue des marchés américains.
Les craintes : une fragilisation de l’Europe, toujours sur le plan politique, mais aussi sur le plan économique. Par ailleurs, les problèmes des émergents touchent maintenant de nombreux pays et ne sont plus cantonnés à quelques-uns.

OCTOBRE



La chute. Le premier coup de semonce du mois d’octobre provient des Etats-Unis, où les taux à dix ans atteignent 3,2 %. Mais dans le même temps, les chiffres mensuels du département du travail américain montrent une création des emplois non agricoles plus faible qu’attendu. Hausse des taux et premières anticipations de ralentissement de la croissance américaine – même si un réel ralentissement n’est pas attendu avant 2020 – mettent sous tension les marchés d’actions, et plus particulièrement les stars de la cote américaine que sont Facebook, Google, Amazon ou Apple. Ainsi, entre le 3 et le 11 octobre, le Nasdaq chute de 10 % et entre le 9 et le 11 octobre, le Dow Jones baisse d’environ 5 %. La volatilité est de retour sur les marchés. Les actions européennes ne sont pas en reste, le CAC 40, par exemple, repassant, dans cette période, en territoire négatif par rapport au début de l’année alors qu’il affichait une croissance annuelle de plus de 5 % à la fin du mois de septembre. Le Msci world enregistre, en octobre, la pire performance mensuelle de l’année, avec une baisse de 7,42 %.
   Cette chute généralisée des marchés, si elle est qualifiée de « saine » par certains, de « respiration » par d’autres, n’en est pas moins problématique. Elle met en lumière que le tableau de la croissance américaine robuste et durable dépeint par de nombreux économistes et institutions, au premier rang desquels se trouve la FED, peine aujourd’hui à convaincre. Or sur les marchés d’actions, « le découplage », c’est-à-dire l’évolution inverse, entre les marchés américains et européens, n’est pas à l’ordre du jour. Comme traditionnellement, une anticipation de la baisse des marchés américains entraîne une baisse des marchés européens, les investisseurs internationaux, après avoir cherché des liquidités dans les zones émergentes, s’attaquent ensuite à l’Europe. D’autant que si le ralentissement américain reste lointain, la croissance européenne au troisième trimestre montre de réels signes de faiblesse, avec des chiffres inférieurs de moitié à ceux attendus par les économistes.

Les espoirs : certaines raisons de la chute des marchés tiennent davantage à une recherche de liquidité ou à des prises de bénéfices qu’à de réelles raisons micro ou macroéconomiques.
Les craintes : le mouvement à la baisse a été très violent et peut s’emballer, avec un ralentissement de la croissance redouté aux Etats-Unis, constaté en Europe et qui s’additionnent aux risques politiques.

Novembre - décembre



La multiplication des doutes. Aux Etats-Unis, les élections de mi-mandat donnent une nouvelle majorité démocrate à la Chambre des représentants, les républicains conservant le Sénat. Ces changements n’auront cependant que peu de répercussions sur les mesures fiscales déjà prises ou sur les mesures protectionnistes concernant les droits de douane, ces dernières restant à la main du président sans qu’il n’ait besoin de passer par le Congrès.
   En Europe, Bruxelles hausse le ton avec Rome, la Commission européenne craignant un dérapage des dépenses de l’Italie. Et ce dans un environnement où les risques sur la croissance européenne se multiplient faisant revoir à la baisse les perspectives pour 2019 de la part de certains économistes. En France, le mouvement décentralisé des « gilets jaunes » voit le jour, mettant d’abord en cause la hausse de la fiscalité des carburants puis revendiquant divers sujets tels que le rétablissement de l’ISF ou l’augmentation du salaire minimum. Cette mobilisation n’a cependant pas, à cette époque et jusqu’à la fin de l’année, de réelles répercussions sur l’indice français, le CAC 40 abandonnant environ 7 % fin novembre contre un indice européen à -10 % depuis le début de l’année. Le mois de novembre voit aussi l’arrestation surprise de Carlos Ghosn à Tokyo, le dirigeant de l’Alliance Renault-Nissan étant soupçonné d’avoir dissimulé une partie de ses revenus. Cette nouvelle, le jour de son annonce, a provoqué une baisse du cours de l’action Renault de près de 8,5 % et celle de Nissan d’environ 7,5 %. A la fin du mois de novembre, face aux doutes qui envahissent l’Europe, entre les difficultés à mettre en place un accord concernant le Brexit, les désaccords entre Bruxelles et l’Italie sur son budget et la montée de la grogne sociale en France, Mario Draghi, devant les députés européens, minimise le ralentissement européen, considérant celui-ci comme temporaire. Au début du mois de décembre, les tensions entre les Etats-Unis et la Chine semblent se calmer. Lors d’un dîner entre Donald Trump et Xi Jinping en marge du G20 à Buenos Aires, les deux dirigeants ont en effet conclu une trêve temporaire et se sont donnés 90 jours pour trouver un accord commercial entre les deux pays. Un calme de courte durée, l’arrestation de la directrice de Huawei au Canada sur demande des Etats-Unis déclenchant à nouveau une réaction baissière des marchés.



Les espoirs  : le ralentissement européen jugé temporaire. La croissance des Etats-Unis toujours attendue pour 2019. Le moratoire de 90 jours entre les Etats-Unis et la Chine décidé par Les dirigeants des deux pays en marge du G20.
Les craintes : la baisse des marchés, d’abord vécue comme une respiration naturelle, se mêle maintenant à de véritables craintes comme les difficultés à trouver un accord sur le Brexit, les dissensions entre Rome et Bruxelles ou encore les événements sociaux fragilisant l’économie française. La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine dérive, au mois de décembre, en guerre technologique, avec l’arrestation de la directrice de Huawei au Canada à la demande des Etats-Unis.