Marchés émergents

Un regain d’intérêt pour les émergents suscité par les performances

Depuis le début de l’année, les indices d’actions des pays émergents ont progressé de presque 30 %
Les allocataires reviennent sur cette zone géographique, considérant qu’elle a encore du potentiel

Longtemps délaissés par les allocataires, les pays émergents reviennent aujourd’hui sur le devant de la scène. Leurs performances depuis le début de l’année ont de quoi susciter l’intérêt. Depuis le 1er janvier, l’indice MSCI émergents a progressé de plus de 30 % alors que l’indice EuroStoxx 50 affiche une hausse de près de 10 %. Cette progression est à relativiser, car elle s’entend en dollars. Ramenée en euros, la hausse sur les émergents est d’un peu plus de 15 %. Mais si, à monnaie équivalente, le différentiel avec les marchés européens est moins impressionnant, les marchés émergents ont toutefois retrouvé la faveur des investisseurs, du moins de certains d’entre eux.

Un rebond en deux phases. La reprise de cette classe d’actifs n’est pas neuve. Le point bas sur ces indices d’actions a été touché au début de l’année 2016. Un rebond des cours a alors été observé, mais, explique Bruno Vanier, fondateur et président de Gemway Assets, « ce sont plutôt les titres de mauvaise qualité et qui avaient le plus baissé pendant la période précédente qui ont connu un rattrapage ». Même si ce retour en grâce des indices émergents du début de l’année 2016 a été remarqué, « ce mouvement n’était pas de nature à faire changer d’avis les allocataires d’actifs qui s’étaient éloignés des émergents », ajoute-t-il.

Après ce premier mouvement, toujours selon le gérant, la hausse s’est ensuite généralisée. « Les titres de bonne qualité ont pris le relais. Ce mouvement, assez puissant, a commencé il y a un an et, en 2017, ce sont de très bonnes sociétés qui qui performent ».

Ensuite, autre élément qui a pu conforter l’attentisme des investisseurs, et sans rapport avec la qualité des titres, la reprise sur les émergents n’a pas eu lieu de manière identique sur toutes les zones géographiques. Eva Balligand, gérante d’actions émergentes chez Vega IM, explique en effet « qu’en 2016, le rebond a été observé surtout en Amérique latine. Depuis le début de l’année, le mouvement est plus général avec une très bonne performance du marché chinois qui dans son élan tire à la hausse l’ensemble des bourses asiatiques ».

Mouvement durable. Comme souvent concernant les pays émergents, après une longue période d’attente pour se convaincre de la réalité de la reprise, certains investisseurs s’interrogent maintenant sur la pérennité de ce mouvement déjà bien avancé. Sans hésiter, Bruno Vanier déclare que « la hausse des émergents n’est pas terminée ». Pourtant, les ratios de valorisation, comme le ratio de cours sur bénéfices (PE) se situent au-dessus de leur moyenne historique. Certes, mais selon Xavier Hovasse, gérant et responsable de l’équipe actions émergentes chez Carmignac, cet argument pour conclure à une survalorisation des actions émergentes n’est pas recevable en l’état. « Il y a 20 ans, le secteur des matières premières et le secteur bancaire dominaient dans les émergents. Aujourd’hui, ce sont internet et la technologie qui dominent. Des entreprises comme Tencent et Alibaba ont, à elles deux, un poids dans l’indice émergent supérieur à celui de l’Amérique latine. Comparer les ratios de valorisation avec les moyennes historique est donc très discutable, estime-t-il. Avec les niveaux de valorisation actuels, nous ne sommes donc pas dans une situation de bulle ».

Flux positifs. Ensuite, la dynamique des flux constitue un autre argument en faveur d’une bonne tenue de ces marchés. « De nombreux investisseurs sont sous-pondérés sur les émergents et commencent tout juste à s’exposer à cette zone. Ils n’ont aucune raison d’arrêter de le faire dans les mois qui viennent. Les cours des émergents vont donc être soutenus par des flux positifs », anticipe Bruno Vanier. Et ce dernier en est d’autant plus sûr qu’il a constaté que ces marchés bénéficiaient de plus en plus d’une dynamique interne. « Nous avons observé des achats d’investisseurs locaux sur les marchés chinois et indiens, par exemple. Cette même tendance peut être observée sur le continent américain. Au Brésil, par exemple, les fonds de pension du pays sont aujourd’hui historiquement sous-pondérés en actions locales (17 % contre plus en 37 % en 2009) et commencent à se repositionner sur ces actifs ». Enfin, MSCI a décidé d’intégrer les actions locales chinoises (le Marché A) dans ses indices. Et « même si ces valeurs ne vont entrer que progressivement et dans plusieurs mois dans les indices, cette annonce a d’ores et déjà apporté un regain d’intérêt des investisseurs internationaux sur ce marché, qui est le deuxième au monde en termes de capitalisation et dont le poids va devenir prépondérant au cours des prochaines années au sein des indices émergents », explique Eva Balligand.

Révision. Les éléments techniques ne sont pas les seuls à militer pour une bonne tenue des marchés émergents. Les chiffres macroéconomiques restent positifs et certains pays, comme le Brésil et la Russie, jusqu’alors en récession, s’apprêtent à en sortir. Charles Zerah, gérant obligations internationales chez Carmignac, souligne en outre que « depuis 2015, le rebond des exportations des pays émergents est significatif. Or, les exportations et les profits des entreprises de ces pays sont fortement corrélés ». Et force est de constater, les prévisions d’évolutions des bénéfices des entreprises émergentes sont revues à la hausse depuis le début de l’année pour dépasser aujourd’hui les 20 %.

Assainissement. Evidemment, les marchés émergents ne sont pas dénués de risques, géopolitiques ou liés aux actions de la Réserve fédérale américaine (Fed) qui pilote une remontée graduelle de ses taux d’intérêts. En 2013, par exemple, l’annonce par Fed du « tapering », c’est-à-dire le ralentissement de son rythme d’achat sur les marchés annonçant le début d’une normalisation de sa politique monétaire, avait provoqué de très forts mouvements de retrait de capitaux des émergents. Mais, selon Claudia Bernasconi, économiste senior en charge des marchés émergents chez Swiss Life AM, « la situation est différente aujourd’hui. De nombreux pays émergents ont assaini leur balance courante et diminué leur taux d’inflation. En outre, le resserrement de la politique monétaire aux Etats-Unis est anticipé et devrait être graduel. Les risques des pays émergents liés à la politique monétaire américaine n’ont pas disparus, mais ils sont devenus moins importants qu’il y a encore quatre ou cinq ans ».

Ralentissement chinois à relativiser. Parmi les sujets d’inquiétudes sur les émergents, le ralentissement de la Chine tient aussi une place importante. Mais après avoir redouté un atterrissage violent (le hard lending), les gérants apparaissent aujourd’hui rassurés. « La croissance restera une des priorités du gouvernement chinois, anticipe Claudia Bernasconi. Le gouvernement chinois a d’ailleurs comme objectif de doubler le produit intérieur brut du pays entre 2010 et 2020, lors du centième anniversaire du parti communiste chinois. Cela implique une croissance – que les autorités chinoises voudront à tout prix maintenir – aux environs de 6,5 % jusqu’à cette échéance ».

Par ailleurs, sur ce pays, plutôt que de se focaliser sur le chiffre global de la croissance, des gérants sont davantage attentifs à l’évolution de certaines composantes du produit intérieur brut, comme la consommation discrétionnaire c’est-à-dire non essentielle. « Il est vrai que les chiffres de croissance chinoise baissent légèrement, mais, d’un autre côté, la consommation discrétionnaire continue de croître à un rythme de 10 % par an. Le thème du développement des classes moyennes dans les émergents est donc plus que jamais d’actualité et recèle de très grandes opportunités », note un gérant. Et le phénomène n’est pas vrai qu’en Chine. Goldman Sach’s, dans une étude qui analysait un changement de comportement générationnel des consommateurs dans les émergents, vers des secteurs comme les loisirs, les voyages, la santé, les produits de beauté ou encore les vêtements, rappelait que 86 % des Millennials (les personnes nées un peu avant l’an 2000), soit deux milliards d’individus, habitaient dans les émergents. On comprend l’optimisme de certains gestionnaires pour cette zone, même compte tenu des risques que comporte la classe d’actifs.