Actions internationales

« Un rebond justifié »

Propose recueillis par Franck Joselin
Romain Boscher, directeur monde de la gestion actions chez Fidelity International explique les raisons de la hausse
Il considère qu’elle est justifiée par les politiques des banques centrales et la fin des doutes sur la croissance
Romain Boscher, directeur monde de la gestion actions chez Fidelity International

L’Agefi Actifs.- Pour quelles raisons les marchés d’actions ont-ils rebondi aussi fort et aussi rapidement ces dernières semaines ? 
Romain Boscher. -Nous sommes toujours dans des marchés caractérisés par deux faits majeurs. En premier lieu, ils anticipent les six prochains mois, or le ralentissement que nous sommes en train de vivre va se terminer par une sortie par le haut. Ensuite, au-delà de ces anticipations, nous avons assisté à un revirement clair des politiques monétaires et budgétaires en fin d’année dernière et au début de cette année. Or, le niveau des taux a au moins autant  de conséquences sur les cours de bourse qu’une révision des résultats des entreprises.

La vigueur de cette hausse était-elle justifiée ?
Romain Boscher. - Objectivement, une telle hausse pourrait paraître injustifiée. Cependant, comparée à la brutalité de la correction que nous avons connue à la fin de l’année dernière, elle l’est tout à fait. La hausse du début du premier semestre ne fait donc que corriger l’anomalie du second semestre 2018. Donc, ces baisses et ces hausses ont eu lieu dans de très faibles volumes. Les investisseurs ont été des témoins calmes et plutôt passifs de ces épisodes.

Comment est-il possible alors que, sans réels investisseurs à l’achat, ce rebond ait eu lieu ?
Romain Boscher. - Ceci s’explique par trois anomalies durables. Aux Etats-Unis, les entreprises continuent de racheter leurs actions. Ces rachats ont d’ailleurs atteint, avec un niveau trimestriel proche de 300 milliards de dollars, un nouveau sommet au premier trimestre 2019. Ensuite, de l’autre côté de la planète, au Japon, c’est la Banque centrale qui achète des titres et fait monter les marchés. Enfin, en Europe, la hausse reste liée à des phénomènes techniques, la forte baisse des valorisations ayant engendré des mouvements de réallocation vers le crédit, puis les actions, de la part d’opérateurs locaux. 

Aujourd’hui, n’a-t-on pas atteint un point haut ?
Romain Boscher. -
 Il est vrai que les valorisations peuvent, à court terme, inciter à la neutralité sur les marchés d’actions. Nous estimons d’ailleurs qu’à horizon de la fin de l’année, les indices pourraient être proches des niveaux atteints aujourd’hui. Mais, à plus long terme, il n’y a pas de raison fondamentale pour que les marchés se retournent durablement. L’été dernier, les marchés avaient anticipé un ralentissement de la croissance mondiale et une baisse des profits des entreprises. C’est effectivement ce qu’il s’est passé, à la différence près que les profits n’ont pas véritablement baissé, mais simplement décéléré. Or cette nuance est importante, car tout porte à croire que nous avons touché un point bas au premier trimestre concernant le niveau des résultats des sociétés. Pour 2019, nous anticipons donc une hausse de 3 % des bénéfices des entreprises cotées. Certes, cela est beaucoup moins que les 16 % de croissance enregistrés l’année dernière, mais il s’agit tout de même toujours d’une croissance, après, il faut le rappeler, une année 2018 record. Par ailleurs, nous n’attendons pas de remontée brutale des taux d’intérêt donc, encore une fois, cela reste favorable aux actions.

Faites-vous des distinctions entre les différentes zones géographiques ?
Romain Boscher. - Contrairement à l’année dernière, où des dissensions très importantes ont été constatées en fonction des zones géographiques, cette année nous sommes dans une situation où la dynamique des profits des entreprises restera à peu près identique dans toutes les parties du monde. L’enjeu, pour les investisseurs, n’est donc pas tant celui des profits que celui des changes et de la valorisation des marchés. Sur ce dernier point, nous sommes davantage tentés par les marchés émergents, et plus particulièrement asiatiques, car nous estimons que le dollar a fini son cycle de hausse, ce qui est positif pour cette zone. Toujours sur le plan de la valorisation, nous estimons aussi que le marché japonais reste attractif.
Mais attention, si toutes les zones vont certainement progresser de manière équivalente en termes de résultats des entreprises, ce n’est pas vrai pour tous les secteurs ou les styles de gestion. Ainsi, aux Etats-Unis, nous préférons des valeurs de type value, en évitant les valeurs technologiques qui ont passé leurs plus hauts, alors qu’en Europe nous préférons les valeurs davantage de croissance, car nous estimons que les valeurs value que sont les bancaires ne vont pas se reprendre durablement.