L’ENTRETIEN AVEC DOMINIQUE BLANC, DIRECTEUR DE LA RECHERCHE CHEZ NOVETHIC

"Un périmètre plus strict pour l’intégration ESG"

Dominique Blanc

L’Agefi Actifs . - Vous avez procédé dans votre bilan 2013 à  une refonte de la présentation des statistiques de l’une des formes que prend l’investissement responsable, l’intégration ESG. Pourquoi ?

Dominique Blanc.- Cela fait cinq ans que nous nous intéressons à la diffusion d’analyses ESG (Environnement, Social, Gouvernance) et à leur prise en compte plus ou moins contraignante par des gestionnaires de fonds ne se revendiquant pas spécifiquement de l’investissement socialement responsable (ISR). Notre premier décompte avait abouti à un chiffre très important : plus de 2.000 milliards d’euros d’encours concernés par les différentes formes de « l’intégration ESG ». Nous avons décidé l’année dernière de travailler sur un périmètre plus strict pour mettre en valeur les processus d’intégration ESG les mieux formalisés au sein des sociétés de gestion. Notre bilan 2013 comptabilise ainsi 440 milliards d’euros d’encours répondant à cette classification.

Certains observateurs remettent en question la pertinence des fonds monétaires ISR, qui ont représenté 15 % des encours en 2013. Qu’en pensez-vous ?

- Il est vrai que quand nous avons augmenté les exigences du Label ISR Novethic en 2012, la part des fonds monétaires a baissé. Cela dit, les titres de court terme sur lesquels investissent les fonds monétaires sont certes essentiellement émis par des entreprises financières, mais cela n’empêche pas de conduire une analyse de qualité en s’appuyant sur les critères ESG qui comptent pour ce secteur spécifique. Via une approche « best in class », on peut alors sélectionner les émetteurs les plus responsables du secteur. Par ailleurs, malgré le caractère de court terme, ces émetteurs reviennent de façon récurrente sur le marché, si bien qu’on peut les accompagner sur le long terme.

Vous suivez depuis plus de dix ans le marché de l’investissement responsable mais vous ne présentez pas d’analyse de performance. Pourquoi ?

- Cela ne constitue pas notre domaine d’expertise différenciant et beaucoup d’autres acteurs s’y emploient. Nous suivons cependant les études sur le sujet qui présentent des résultats relativement hétérogènes, mais laissent à penser que la différence de performance entre fonds classiques et fonds ISR est peu significative, voire légèrement en faveur de ces derniers, comme le démontrent les synthèses menées par Mercer pour le compte de l’Unep-FI (l’Initiative financière du programme des Nations unies pour l’environnement, Ndlr). L’essentiel de la valeur ajoutée de l’ISR réside donc dans sa performance ESG. C’est un domaine balbutiant que nous encourageons fortement et, aujourd’hui, certains acteurs analysent la performance de leurs fonds ISR selon des critères très concrets (rejets de CO2, créations d’emplois...), mais avec des méthodes et des résultats très hétérogènes. Il faudra encore du temps pour atteindre des standards permettant de comparer les fonds entre eux d’un point de vue ESG.