Marchés financiers pour 2014

Un consensus se dessine en faveur des actions

En 2013, les marchés d’actions des principales places financières développées ont fortement progressé
Un courant positif pour cette classe d’actifs se maintient mais la hausse des cours reste conditionnelle

Il ne faut pas bouder son plaisir. Avec une progression de 17,95 % sur les actions européennes et 26,5 % sur les Etats-Unis, l’année a été bonne sur les marchés. Et, il faut le souligner, si 2012 avait dans bien des cas surpris les prévisionnistes, 2013 a finalement été plutôt conforme à ce qu’ils anticipaient. Pour 2014, comme l’année dernière, le consensus attend plutôt une période clémente sur les marchés d’actions. Cependant, si aux Etats-Unis les marchés ont pour partie progressé grâce à l’amélioration des bénéfices des entreprises, cela n’a pas été le cas pour les sociétés européennes.

Normalisation.

« Nous attendions pour 2013 une normalisation des marchés européens », se rappelle Louis Bert, le président de Dorval Finance. Et c’est bien ce qu’il s’est passé. Si les investisseurs restaient, au début de l’année dernière, circonspects sur les risques souverains concernant les pays européens, ils prévoyaient tout de même une amélioration de la situation, après une année 2012 très chahutée. Et de fait, les pays périphériques de la zone euro ont peu à peu levé, tout au long de 2013, les doutes sur leur santé financière. Le risque systémique s’est donc éloigné. Les investisseurs internationaux ont retrouvé de l’attrait pour la zone euro qu’ils avaient délaissée depuis de nombreux mois.

Aux Etats-Unis, les marchés ont largement dépassé leurs plus hauts de 2007. « Les sociétés ont réussi, avec une meilleure visibilité sur leur activité, à garder une approche prudente, limiter leurs dépenses et augmenter leurs marges », explique Virginie Robert, présidente de Constance Associés et directrice des gestions. 

Redressement progressif de l’économie...

Cette normalisation de la situation sur les dettes souveraines européennes et cette bonne tenue des entreprises américaines se sont faites à l’aune d’une croissance mondiale encourageante. Cela a été vrai pour les Etats-Unis, avec 1,6 % de croissance attendue en 2013 (dont 4,1 % de croissance annualisée au troisième trimestre, bien au-dessus des prévisions du consensus) et 2,3 % prévus pour 2014, mais aussi pour l’Europe. Certes, le Vieux continent continue d’enregistrer une croissance négative en 2013, à -0,4 %, mais la tendance s’est infléchie par rapport à 2012. Ainsi, une croissance de 0,9 % est attendue pour la zone euro et les pays du Sud (Espagne, Italie, Grèce, Portugal) sont passés d’une contraction de leur activité de -2,4 % en 2012 à -1,7 % en 2013. Pour l’année prochaine, les économistes attendent même, pour ces mêmes pays, une croissance positive. Amundi a, par exemple, fixé ses anticipations de croissance pour les pays du sud de la zone euro à 0,3 % pour 2014.

Ces chiffres, pour l’Europe, sont loin d’être impressionnants mais il faut noter que les marchés d’actions ont accordé, l’année dernière, au moins autant d’importance au fait que la tendance s’infléchissait qu’à la réalité objective de la situation. 

… mais des résultats parfois décevants.

Si les entreprises américaines ont plutôt bien profité de la reprise, ce n’est pas le cas pour l’Europe. Le consensus des analystes prévoyait, pour 2013, une croissance des bénéfices des entreprises européennes comprise entre 10 et 12 %. Sur ce point, ils ont clairement eu tort. Les chiffres montrent en effet qu’à la fin de l’année 2013, ces bénéfices s’affichent, en moyenne, en baisse de 3 %. « La progression des marchés d’actions européens a uniquement été due, l’année dernière, à une revalorisation des multiples (Ndlr : une augmentation du ratio de cours sur bénéfices jugé acceptable par les investisseurs pour s’engager). La hausse des cours s’est faite malgré un  recul des bénéfices », précise Arnaud Cosserat, responsable délégué des investissements de Comgest.

Force est de constater que cela n’a pas découragé les marchés et qu’en 2013, les résultats des entreprises européennes constituaient bien une donnée secondaire pour les opérateurs. 

Consensus sur les actions. Pour 2014, les gérants sont unanimes : cette année sera celle des actions. D’abord grâce à la croissance attendue. « Au-dessus de 3 % de croissance mondiale, nous pouvons légitimement attendre une croissance des résultats des entreprises », déclare Romain Boscher, le responsable mondial des gestions actions chez Amundi. Or, le gestionnaire attend une progression du PIB mondial de 3,4 % l’année prochaine. Sur les marchés européens, le consensus des analystes anticipe d’ailleurs – comme au début de l’année dernière – une croissance des bénéfices de l’ordre de 12 %.

Ensuite, même si la Réserve fédérale américaine a commencé à ralentir ses injections de liquidités, l’heure d’une remontée des taux reste encore lointaine. « Nous ne craignons pas de remontée violente des taux d’intérêt. D’ailleurs, les taux américains à 10 ans sont déjà passés de 1,8 % à 2,9 % en 2013. D’une certaine manière, le plus dur a été fait, et cela sans aucune conséquence négative sur les cours des actions », note Louis Bert. Et quoi qu’il en soit, « la prime de risque (Ndlr : l’écart de rentabilité entre les taux des emprunts d’Etat et celui des actions) reste assez importante pour pouvoir absorber encore une légère remontée des taux », continue le professionnel.  

Conditionnalité.

Est-ce à dire que 2014 sera calme et tranquille sur les marchés ? Rien n’est moins sûr. En effet, si la croissance européenne est attendue en hausse, elle reste bien insuffisante pour tirer les bénéfices des entreprises. « Les anticipations de croissance des bénéfices attendues l’année prochaine se fondent avant tout, en Europe, sur une anticipation d’une amélioration des marges opérationnelles, à l’instar de ce qu’il s’est produit aux Etats-Unis pendant les deux ou trois dernières années. Personne n’attend réellement une amélioration spectaculaire des chiffres d’affaires, estime Arnaud Cosserat. Et sans amélioration du chiffre d’affaires, il est difficile d’arriver à améliorer les marges. Il y a donc peu d’arguments qui nous convainquent que les résultats des entreprises européennes qui ne se trouvent pas dans un environnement en croissance vont progresser de 12 ou 13 % l’année prochaine. » Or, c’est justement la progression – hypothétique – des bénéfices qui devrait conditionner, pour l’année qui vient, la progression des cours des valeurs européennes.

Pour les Etats-Unis, même si le pays est en avance dans le cycle économique par rapport à l’Europe, la hausse des cours n’est pas non plus gagnée. Il ne faut plus compter aujourd’hui sur la capacité des entreprises à améliorer leurs marges – elles sont déjà à des plus hauts – mais surveiller à fois la croissance des chiffres d’affaires et le niveau des investissements. « Il faut maintenant que les investissements productifs, industriels ou dans les services, soient au rendez-vous. Si les marges des entreprises américaines devaient se contracter un peu, cela pourrait avoir des conséquences négatives sur les cours, sauf si cette contraction des marges s’accompagne d’un décollage des investissements », estime Virginie Robert. « Nous restons cependant confiants car les Etats-Unis sont un terreau d’entreprises capables de développer leur modèle de développement et prendre des parts de marché », tempère la gérante.

Une constante anticipation.

Finalement, pour les plus pessimistes, sans croissance, pas ou peu de progression de bénéfices. Et sans progression des bénéfices, pas de progression des cours puisque la revalorisation par les multiples a déjà eu lieu l’année dernière en Europe et les marges sont au plus haut aux Etats-Unis. Plusieurs dangers guettent par ailleurs les marchés : une croissance de l’économie moins forte qu’attendu, une dégradation des marges américaines (et ce alors que les indices volent de record en record), un investissement des entreprises qui ne reprend pas…

Cependant, « s’il est vrai que les investisseurs accorderont, cette année, une grande importance à l’évolution des bénéfices des entreprises, déclare Louis Bert, il ne faut pas oublier que les marchés d’actions sont en constante anticipation et que ce ne sont pas les chiffres de 2014 que les marchés regarderont, mais ceux qui seront attendus pour 2015 ». Et cela est vrai aussi bien pour les Etats-Unis que pour l’Europe. De la même manière, certains gérants s’attendent à ce que les prévisions de croissance soient réévaluées dans les prochains mois. « La croissance est cumulative, déclare l’un d’entre eux. De bonnes nouvelles en début d’année ont donc une répercussion sur les prévisions de toute l’année en cours. Et aujourd’hui, non seulement les prévisions de croissance sont plutôt prudentes, surtout pour l’Europe, mais les investisseurs, échaudés par les dernières années, ne les prennent pas toujours encore en compte. »

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