Un collectif d'épargnants assigne H2O AM en justice

Réjane Reibaud
(Pixabay : qimono)

L’association Collectif Porteurs H2O a annoncé mardi soir qu'elle allait assigner en référé les sociétés de gestion H2O AM LLP et H2O AM Europe SAS (H2O), contrôlées par le groupe BPCE, afin de faire réaliser une expertise judiciaire. « ll s’agit de clarifier les responsabilités encourues dans la gestion de différents OPCVM grand public (H2O Allegro, H2O MultiStrategies et H2O MultiBonds, H2O Adagio, H2O Moderato, H2O MultiEquities, H2O Vivace) ayant subi des pertes considérables au titre d’investissements réalisés entre 2015 et 2019 dans des actifs notoirement illiquides », explique l'association dans un communiqué.

La société de gestion, dont le siège social est à Londres, a subi de forts rachats entre 2019 et 2020 après que le Financial Times a dévoilé que plusieurs des fonds de H2O étaient particulièrement exposés à des dettes privées émises par le groupe Tennor (Trent Petroleum, La Perla, Civitas Properties…) contrôlé par Lars Windhorst, un sulfureux financier allemand. Face aux retraits et à la chute des valorisations des fonds pendant la crise liée à la pandémie, les véhicules concernés avaient alors été divisés en deux parts, dont l'une dite "side pocket" (SP) pour contenir et isoler les dettes devenues illiquides. Ces fonds SP sont depuis un an fermés à toute souscription ou rachat. Alors qu'une valorisation estimée de ces fonds devait reprendre en juin dernier, l'auditeur KPMG a indiqué fin août qu'il refusait de certifier ces fonds de H2O. La maison-mère Natixis a par ailleurs été empêchée par le régulateur britannique de sortir à la date prévue du capital de H2O AM.

Un désastre pour la place parisienne

« Désastreuse pour l’image de la place parisienne, cette affaire impose que toute la lumière soit faite sur les agissements de H2O et des autres acteurs impliqués dans la surveillance de leurs opérations, notamment la société Natixis IM en charge du contrôle des risques des fonds », affirme l'association.

C’est dans cette optique que le Collectif Porteurs H2O a souhaité solliciter la désignation en justice d’un expert indépendant dans le cadre d’une procédure de référé in futurum et demandé au cabinet d’avocats Cornet Vincent Ségurel de l’assister.

« Le refus, fin août 2021, du cabinet d’audit KPMG de certifier les comptes de H2O constitue une première étape vers la mise au grand jour des manquements de H2O AM. Cette décision nous renforce dans notre conviction que les violations commises dans le cadre de ses obligations sont particulièrement graves. Nous demandons donc que soit nommé rapidement un expert judiciaire chargé d’analyser, en toute indépendance, les opérations et données qui n’ont pas été communiquées aux porteurs des fonds », indique Gérard Maurin, président de l’association Collectif Porteurs H2O.

« L’action de l’association s’inscrit dans le cadre d’une démarche de recherche constructive des responsabilités dans un dossier qui a lésé de très nombreux professionnels et particuliers, en France comme à l’étranger », commente Dominique Stucki, avocat associé du cabinet Cornet Vincent Ségurel qui représente le collectif.