UBS rouvre le débat sur la rémunération des actionnaires des banques

Amélie Laurin
La première banque suisse souhaite reprendre ses rachats d'actions au quatrième trimestre. Dans la zone euro, la BCE n'a pas encore prolongé sa recommandation sur la suspension des dividendes.
Bloomberg - Chris Ratcliffe

Première grande banque européenne à publier ses résultats à fin juin, UBS veut retrouver les faveurs de ses actionnaires. La principale banque suisse, numéro un mondial de la gestion de fortune, a annoncé hier qu’elle «pourrait reprendre ses rachats d’actions au quatrième trimestre», «en fonction de l'évolution des affaires et des perspectives au cours du deuxième semestre». Cette nouvelle, et des profits supérieurs aux attentes, ont été bien accueillis par les marchés : le titre UBS a clôturé hier en hausse de 2,62% à la Bourse de Zurich, à 11,56 francs suisses (10,76 euros).

Avec cette annonce, UBS laisse dans l’ombre les autres banques européennes, qui ont pour la plupart renoncé à rémunérer leurs actionnaires depuis le début de la crise du coronavirus. Le groupe helvète avait déjà fait bande à part, comme sa compatriote Credit Suisse, en maintenant son dividende 2019. Sous la pression du régulateur local, la Finma, les deux groupes avaient seulement scindé son versement en deux tranches, dont une prévue en fin d’année, au prix d'une baisse des facilités accordées par la banque centrale suisse.

Annonce de la BCE d’ici à fin juillet

Dans la zone euro au contraire, la Banque centrale européenne (BCE) a fermement appelé les établissements sous sa supervision à ne pas verser de dividendes et à ne pas procéder à des rachats d’actions d’ici au 1er octobre. Edictée fin mars pour préserver les fonds propres du secteur face à la crise, cette recommandation avait été bien suivie. Même si certains avaient tardé à s’y plier, comme BNP Paribas en France.

La BCE envisage désormais une prolongation de la mesure jusqu’à la fin de l’année. Elle doit clarifier sa position d’ici à fin juillet, avait signalé le mois dernier Andrea Enria, le responsable de la supervision bancaire de l’institution. Le temps presse, sachant que Deutsche Bank ouvrira le 29 juillet le bal des résultats trimestriels des établissements de crédit de la zone euro. A ce jour, seule la Banque centrale du Danemark a décalé sa date butoir du 1er octobre au 1er janvier 2021. Elle suit la recommandation adressée aux régulateurs nationaux, dès fin mai,  par le Comité européen du risque systémique. Cette instance présidée par Christine Lagarde, la présidente de la BCE, s’est prononcée à la fois sur les dividendes, les rachats d’actions et les rémunérations variables qu'elle juge incompatibles avec la crise actuelle.

En Suisse, UBS a ouvert une nouvelle brèche hier mais reste prudente sur sa future politique envers ses actionnaires, «compte tenu des grandes incertitudes sur l’ampleur et l’intensité du choc économique provoqué par la pandémie de Covid-19 ainsi que des directives des autorités de régulation visant à maintenir la flexibilité du capital». Des rachats d’actions lui permettraient néanmoins de profiter de la décote de son cours de Bourse pour racheter ses propres titres à bas prix.

UBS a annoncé hier un bénéfice net de 1,23 milliard de dollars (1,08 milliard d'euros) au deuxième trimestre, supérieur au consensus mais en repli de 11% sur un an. La division de banque d’investissement a atténué les effets de la crise, avec un résultat avant impôts en hausse de 43%, porté par les activités de trading dont les revenus ont progressé de 25%. UBS a toutefois moins profité de la volatilité que certaines banques américaines, dont les profits ont atteint des sommets à fin juin.

Le groupe suisse a aussi gonflé les provisions sur ses portefeuilles de prêts douteux à 540 millions de dollars à fin juin (+272 millions au deuxième trimestre), mais elle restent inférieures à celles des banques à réseau. En raison des incertitudes liées au Covid-19, UBS anticipe des charges pour pertes de crédits encore élevées au second semestre, mais inférieures à celles du premier.