Allocation

Trump rebat les cartes

Si les fondamentaux sur les actions leur restent favorables, les dernières déclarations de Donald Trump ont refroidi les investisseurs
Ce n’est plus une surchauffe de l’économie qui inquiète mais un changement des règles du commerce mondial
Bloomberg

Pas de répit pour les actions. Quelques jours à peine après que le nouveau président de la Fed, Jerome Powell, a affolé les marchés en évoquant une surchauffe de l’économie américaine, ce qui a eu pour effet de provoquer une tension sur les taux et un décrochage des indices, Donald Trump a confirmé, le 2 mars, vouloir augmenter les taxes sur les importations d’acier et d’aluminium, à, respectivement, 25 % et 10 %. Si les raisons évoquées pour justifier cette décision mettaient en avant la sécurité nationale, soulignant le caractère stratégique de ces matières premières, les marchés ont analysé la nouvelle comme marquant le début d’une possible guerre commerciale entre les Etats-Unis et le reste du monde. Et ce, même si le sujet concernant ces droits de douane était déjà à l’étude depuis presque un an.

Escalade. Les réactions n’ont pas tardé. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a annoncé que les produits américains, comme les jeans Levi’s, les motos Harley-Davidson ou encore le bourbon, seraient taxés à leur tour. Outre le côté anecdotique des marques citées, la réaction de la Commission européenne montre la sensibilité du sujet, alors même que le Canada, le Mexique et le Brésil seraient bien plus touchés que l’Europe.

Prompt à réagir, Donald Trump a répliqué que les automobiles européennes pourraient, en retour, être davantage taxées. La virulence du dialogue entre les différents partenaires commerciaux – parfois par réseaux sociaux interposés – suggère donc qu’une escalade reste possible. D’autant que de nouvelles mesures visant la Chine pourraient être mises en place.

Potentiel. Malgré tout cela, et les évolutions erratiques des marchés, les actions européennes gardent encore la faveur de beaucoup d’allocataires. Ainsi, Myria AM souligne, dans sa dernière note de marché, que « tout au long de l’année 2017, les actions européennes n’ont que partiellement bénéficié du retour de la croissance dans la zone. En effet, le ratio cours/bénéfices s’est spectaculairement comprimé et s’affiche désormais à 16 fois, au plus bas depuis au moins cinq ans. On peut en déduire que la revalorisation des marchés d’actions européennes ne s’est pas faite au travers d’une expansion des multiples, mais ne prend en compte qu’une partie de l’amélioration des résultats des entreprises ». Dans le même esprit, selon Vincent Guenzi, responsable de la stratégie d’investissement et gérant de portefeuilles chez Cholet Dupont, « nous ne pouvons pas déclarer que la correction actuelle est terminée mais nous observons que les marchés américains semblent commencer à s’améliorer. Pour l’instant, une certaine prudence s’impose encore à court terme mais nous restons confiants sur les per­spectives des marchés actions en 2018, avec un potentiel de gain de 10 % ».

Confiance. Alors, certes, la nervosité est revenue, entre les résultats des élections italiennes, faisant la part belle aux eurosceptiques et rendant le pays difficilement gouvernable, et la mise en place de mesures protectionnistes aux Etats-Unis. Mais les actions continuent de bénéficier d’un environnement favorable. D’ailleurs, lors de la publication de ses perspectives économiques intermédiaires du mois de mars, l’OCDE a indiqué attendre une croissance mondiale à 3,9 % en 2018, alors que ses prévisions n’étaient que de 3,7 % (toujours pour 2018) en novembre dernier.

Ensuite, même aux Etats-Unis, les mesures douanières sont loin de faire l’unanimité. Le président de la Chambre des représentants, le républicain Paul Ryan, s’est dit « très inquiet des conséquences d’une guerre commerciale », appelant Donald Trump à revenir sur sa décision. La démission de Gary Cohn, ancien de Goldman Sachs et principal conseiller économique du Président, en désaccord avec ces annonces, est une autre illustration du peu de consensus autour de celles-ci. Mais « si la probabilité que les mesures annoncées soient réellement mises en œuvre est non négligeable, celle d’une réaction en chaîne nous semble en revanche assez faible, pour deux raisons :  de nombreux secteurs aux Etats-Unis seraient victimes des mesures de rétorsion, ce qui serait contre-productif avant les élections, [et] les pays partenaires vont prendre garde de ne pas tomber dans le piège et conserveront une réaction mesurée », estiment Pascal Blanqué et Vincent ­Mortier, respectivement CIO et CIO adjoint du groupe Amundi.