Scenario extrême

La science étant humaine, aucune période de crise, aucune phase d’euphorie économique ne ressemble à une autre. Tout juste les trames respectives restent-elles en place. Jusqu’à ces derniers temps où certaines d’entre elles ont pu prendre quelques libertés. Prenons la fin de cycle qui se dessine.
Sur le papier, la hausse des taux décidée par la Banque centrale américaine afin de prévenir tout échauffement de l’économie outre-Atlantique, a pour conséquence de pénaliser les marchés émergents. Ces derniers pâtissent en effet de sorties de capitaux attirés par ladite hausse des taux et des risques moindres. Outre d’importants rachats, les fonds investis sur ces marchés voient simultanément leurs performances plonger. Or, cette année donc, le scénario a changé. Depuis le mois de janvier, la collecte sur les fonds actions investis dans les pays émergents est positive. Et substantielle, puisqu’elle représente 3,5 % de leurs encours de départ. Certes, en matière de performances, le compte n’y est pas. Les émergents ont bien, comme à l’accoutumée, souffert du relèvement des taux décidé par la Fed dès le mois de février dernier. Les indices d’actions émergentes ont décroché au printemps. Ils affichent, depuis le début de l’année, une perte de 15,33 % contre un recul de seulement 3,67 % pour les actions monde, quand bien même faut-il noter que cette meilleure performance relative est très largement due aux actions américaines, qui représentent plus de la moitié de l’ensemble.
 Quoi qu’il en soit, le fait est que les émergents continuent d’attirer. Et ce n’est pas la seule surprise de cette année 2018 qui n’en manque pas. L’Europe, elle, inquiète. Et ne fait plus vraiment recette auprès des investisseurs. En chiffres, depuis janvier, les fonds actions Europe ont subi une décollecte nette équivalente à 4,5 % de leurs encours, soit tout de même la bagatelle de 50 milliards d’euros. En dépit du ralentissement de la zone euro qui s’est confirmé après un troisième trimestre durant lequel elle a enregistré sa croissance la plus faible en quatre ans, l’Europe n’a pas perdu sa formidable puissance économique. Mais tel un colosse aux pieds d’argile, le Vieux Continent semble fragilisé sur ses fondements politiques. À ce titre, il n’est pas interdit d’avoir un peu de mémoire pour se souvenir que l’instabilité politique est un élément important, qui a souvent été une raison pour les investisseurs de se montrer méfiants vis-à-vis des… pays émergents. Les places auraient-elles été échangées ? À voir. Reste qu’après le départ annoncé de la Grande-Bretagne dont on sait l’issue « perdant-perdant » pour le Royaume Uni et l’Europe, comme l’a récemment pointé Michel Barnier, le négociateur européen, il faut désormais compter avec la rébellion des dirigeants italiens face à Bruxelles. Seulement, il ne s’agit pas de politique intérieure et de populistes aux promesses trop lourdes pour être tenues. L’Italie est surtout la troisième économie de la zone euro qui porte une dette représentant plus de 135 % de son PIB. Compte tenu des ambitions de ceux qui la gouvernent, le risque est de voir les marchés s’inviter au jeu du chamboule-tout. Et bien plus qu’une amende pour déficit excessif, les transalpins devront régler une note dont ils n’ont pas les moyens. Finalement, les Britanniques quittent le navire Europe, s’appauvrissent et vont l’appauvrir tandis que les Italiens vont s’appauvrir et, dans un scénario extrême, risquent de couler le bateau. Et nul ne sait ce qu’il en... émergera.