Rentrée nuageuse

À défaut d’être sanglant, l’été n’a pas fait redescendre les tensions internationales qui se sont fait jour au début de l’année. La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis est même montée d’un cran puisque chacun à Washington et à Pékin, dispose non seulement de sa liste de produits taxés pour « protéger » ou « riposter » mais également d’un second inventaire prêt à s’y ajouter. Et peu importe aux États-Unis si les décisions prises par la Maison blanche peuvent pénaliser l’industrie en portant sur des biens intermédiaires dont cette dernière a besoin. Pour Donald Trump, la stratégie de la taxation se présente d’ailleurs comme une arme bien huilée à laquelle il est permis aussi de recourir pour mettre au pas des pays peu enclins à courber l’échine. La Turquie – et surtout son économie - en fait actuellement les frais, qui pour refuser la libération d’un pasteur américain accusé d’espionnage, a provoqué l’ire du fantasque président américain.
Ce dernier s’est empressé d’annoncer… un doublement des taxes douanières sur l’acier et l’aluminium turcs. Entre deux invectives du président Erdogan, la monnaie turque a dévissé de près de 20 % début août, entrainant dans la tourmente d’autres pays émergents comme l’Afrique du sud ou l’Indonésie très dépendants des investissements étrangers. Les marchés émergents pourraient d’ailleurs ne pas être au bout de leur peine. Aux États-Unis où l’économie se porte bien, une hausse des taux d’intérêt semble quasi-certaine à court terme. Un tel mouvement ne devrait pas manquer d’accroître les sorties de capitaux, la crise des devises locales et plus loin menacer la croissance mondiale compte tenu désormais du poids des pays en question sur l’échiquier économique.
Pour les investisseurs en première ligne, il va donc falloir composer avec un accroissement de la volatilité. Pour les fonds investis sur la région Asie-Pacifique, celle-ci a d’ores et déjà doublé en juillet-août par rapport au deuxième trimestre ! Mais le pire étant à venir, un nouveau cap pourrait être franchi une fois de plus à Washington avec un président américain en proie aux confessions de son ancien avocat et aux comptes que pourraient lui demander la justice de son pays. Un tel évènement sera-t-il à même de remettre en cause un équilibre politique actuellement favorable à Donald Trump à l’occasion des élections de mi-mandat en novembre prochain ? Nul ne sait, mais les marchés ont horreur du doute tandis que l’hôte de la Maison blanche a prévenu : en cas de destitution, les marchés s’effondreront... Dans ce cadre, la zone euro avance cahin-caha. Sa croissance s’essouffle avec un dernier PIB connu en hausse de 0,4 % par rapport au trimestre précédent et si l’inflation à 2,1 % sur un an est essentiellement le fait de la hausse des prix de l’énergie, d’autres risques planent liés à la montée des populistes sur le vieux Continent - comme le démontre leur présence au pouvoir en Italie.
À défaut d’être sanglante, la rentrée n’a donc rien d’une sinécure. Les épargnants français auraient-ils senti le vent tourner ? Toujours est-il qu’au début de l’été, ils ont fait gonfler leur bas de laine. Avec une collecte de 880 millions d’euros sur le livret A, ce dernier a vu son encours atteindre 281,7 milliards d’euros.
Un record. Sachant qu’avec une rémunération de 0,75 %, les détenteurs de livrets placent à perte, le prix de la sécurité n’est visiblement pas discuté par les temps qui courent…