Question d’horizon

Ce n’est pas seulement du cinéma. L’été, au fil des années, a démontré qu’il pouvait être meurtrier. Comme cela a pu être le cas il y a onze ans, tandis qu’éclatait la crise des subprimes donnant le coup d’envoi à une crise mondiale majeure. Un incident de cette nature ne semble pas à l’ordre du jour. Mais les tensions commerciales entre l’Amérique de Donald Trump et le reste du monde n’en finissent pas de bousculer l’écosystème, et remettent les tensions géopolitiques au cœur des préoccupations. Outre cette incertitude résultant de la montée du protectionnisme américain, deux autres chocs à portée internationale pourraient casser la tendance économique actuelle, si l’on en croit des études récentes. Telle celle d’Euler Hermes, spécialiste de l’assurance crédit, qui évoque également un choc inflationniste, en lien avec la montée du cours du pétrole, et un choc de taux d’intérêts, lié cette fois à la politique monétaire de la banque centrale américaine. L’économie mondiale peut surmonter ces chocs, est-il précisé, mais au prix d’un ralentissement économique en 2019. Et l’Europe ne fera pas exception, qui doit impérativement accélérer sa mue en réalisant des réformes institutionnelles importantes.
Dans l’immédiat, dans sa dernière cartographie des marchés et des risques en 2018, l’AMF n’a pas caché que l’on pouvait désormais craindre une correction brutale des prix des actifs. Ce constat tombe mal, alors que dans le même temps, dans sa lettre de l’Observatoire de l’épargne de ce mois de juillet, basée sur une enquête Kantar TNS réalisée depuis 2008, le régulateur indique que les Français semblent lentement se faire aux charmes de la Bourse. Ainsi, cette année, le taux déclaré de détention en direct atteint 7,5 % soit peu ou prou le niveau de 2017 (7,6 %), mais nettement plus que l’année précédente (6,2 %). Quant aux taux de détention de parts de placements collectifs investis en actions, il ne diminue plus en étant égal à 2,7 % cette année contre 2,5 %
il y a deux ans. Au total, constate l’enquête, le nombre d’investisseurs en actions représente 8,8 % - contre 7,6 % il y a deux ans. Le contexte européen favorable jusque-là aux placements à risques et les mesures phares pour les rendre encore plus séduisants – notamment fiscales avec l’introduction de la flat tax – y ont indéniablement contribué. Reste un élément plutôt préoccupant : « la proportion des plus de 55 ans (57 % des actionnaires individuels) a doublé en 10 ans et celle des moins de 45 ans a baissé de 32 % à 22 % ». Ce qui revient à constater que ceux qui détiennent des titres avec la retraite en ligne de mire ne disposent pas du matelas dont profiteraient de jeunes épargnants  : un confortable horizon de placement.
De fait, ceux qui placent en bourse imaginent en tirer profit à plus ou moins brève échéance, alors que les crises récentes ont démontré qu’il faut parfois plus
d’une décennie pour retrouver sa mise.
Les pouvoirs publics se donnent beaucoup de mal pour orienter l’épargne des Français vers les entreprises et la Bourse. S’ils y parviennent, il leur restera une tâche aussi difficile : convaincre les jeunes générations de l’intérêt de devenir le plus vite possible actionnaires. Pour en profiter à terme et sans réellement subir les périodes d’incertitudes.