Paris et Berlin esquissent un plan de relance européen

Capucine Cousin
Ils ont proposé de créer un fonds européen pour lever 500 milliards d’euros sur les marchés financiers.

Lundi après-midi, lors d'une visioconférence, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron ont dévoilé leur proposition commune de créer un fonds européen, qui lèvera 500 milliards d’euros sur les marchés financiers. Destiné à alimenter le plan de relance européen, il permettra d'abonder les budgets des pays et secteurs de l'Union européenne (UE) les plus touchés par la crise provoquée par la pandémie de Covid-19. Le tout «sur la base des programmes budgétaires de l’UE et dans le respect des priorités européennes», indique la déclaration commune.

L’avancée tient dans le tournant pris par l'Allemagne, qui était jusqu'à présent ouvertement opposée à l'idée de l'émission d'une dette commune («coronabonds»), défendue avec force ces dernières semaines par Paris et Rome au nom de la solidarité européenne.

Selon ce nouveau projet, les montants versés ne seront pas remboursés par les pays bénéficiaires, mais par l'ensemble des Vingt-Sept en fonction de leur poids relatif dans l'économie européenne. «Il s’agira d’un complément exceptionnel, intégré dans la décision relative aux ressources propres, avec un volume et une date d’expiration clairement spécifiés, et qui sera lié à un plan de remboursement contraignant au-delà du prochain cadre financier pluriannuel sur le budget de l’UE», ajoutent les deux pays.

«Ces 500 milliards ne seront pas remboursés par les bénéficiaires de ceux qui utiliseront cet argent, ils pourront soit être remboursés par les Etats-membres par une clef de répartition qui dépend de votre poids dans le budget, par des contributions que nous aurons vocation à décider ensuite ou par d'autres mécanismes», a précisé Emmanuel Macron lundi, lors d'une conférence de presse.

La signature UE serait désormais utilisée pour se financer sur les marchés sous forme de dépenses budgétaires de l'UE, et non de prêts aux pays concernés – comme envisagé le 24 avril dernier. «La Commission va emprunter à un taux d'intérêt faible et ensuite payer des dépenses dans les Etats qui en auront le plus besoin», a précisé lundi soir sur LCI Bruno Le Maire, ministre français de l'Economie et des Finances. Ce financement direct de la Commission pourrait aussi être mobilisé pour soutenir le tourisme, l'automobile ou le secteur de l'aéronautique.

A Bruxelles, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a salué cette proposition «constructive».

Il s'agit donc - enfin - d'un véritable mécanisme de solidarité européenne, qui va maintenant devoir être vendu - et être accepté par les 27 pays de l'UE.