Orpea engage deux étapes décisives pour son avenir

Lionel Garnier
Le groupe de maisons de retraite dévoilera, mardi 15 novembre, le contenu de son plan de transformation tandis que s’ouvre la conciliation avec ses créanciers.

Orpea joue gros ce mardi 15 novembre avec deux rendez-vous importants pour son avenir. Le groupe dirigé par Laurent Guillot va lever le voile sur son plan de transformation, avec l’espoir de convaincre ses parties prenantes qu’il est capable de redresser la barre après une longue série noire de déboires opérationnels et financiers depuis le début de l’année. «La marque est abîmée», regrette un observateur qui met en avant un taux d’occupation qui s’est dégradé en France suite aux révélations du livre-enquête de Victor Castanet en début d’année sur les dérives du groupe dans certains de ses Ehpad dans l’Hexagone.

En Bourse, l’action a perdu plus de 91% de sa valeur depuis le début de l’année avec une capitalisation revenue à 517 millions d’euros, une simple fraction de la dette brute totale de plus de 9,5 milliards d’euros à laquelle le groupe a désormais du mal à faire face. La dégradation des cash-flows, sous l’effet d’une forme de défiance commerciale des familles clientes, aggravée par les effets de l’inflation, entame la capacité d’Orpea à faire face à ses échéances financières. Alors que se profilent 2,3 milliards d’euros de remboursement d’ici à fin 2023 – et même 3,3 milliards en cas de non-respect des covenants bancaires -, le groupe a obtenu du tribunal de commerce de Nanterre l’ouverture d’une nouvelle conciliation, la seconde de l’année. Cette restructuration financière passe selon les souhaits d’Orpea par une conversion de tout ou parti de la dette non sécurisée (soit 4,3 milliards d’euros) en capital.

Or, une première réunion sous la houlette de Me Hélène Bourbouloux doit se tenir ce mardi 15 novembre afin de bâtir un terrain d’entente entre les actionnaires et les différentes familles de créanciers. «Aujourd’hui, démanteler Orpea en France serait une hérésie financière et opérationnelle», estime un banquier, spécialiste du secteur, pour lequel «il faut laisser du temps à l’entreprise pour retrouver de bonnes pratiques et mener à bien son plan de cessions. Cela va prendre 24 à 36 mois. »

Trois banques engagées pour 2,3 milliards d’euros

L’une des clés de la réussite de cette conciliation qui peut durer jusqu’à un maximum de cinq mois, se trouve du côté des banques françaises, toujours discrètes mais préoccupées par la situation. «Trois grandes banques françaises détiennent environ un quart de la totalité de la dette d’Orpea», évalue un observateur au fait du dossier tout en pointant la complexité du passif du groupe avec de très nombreux financements, actif par actif, au-delà de la dette corporate, sécurisée ou non. Sur le pool bancaire engagé pour une exposition de l’ordre de 2,5 milliards d’euros, notamment dans le premier plan de conciliation de juin 2022 d’Orpéa, BPCE et Crédit Agricole figurent, selon nos informations en première ligne, engagées à hauteur d’un milliard d’euros chacune, suivies de BNP Paribas pour environ 300 millions d’euros. «Le groupe BPCE n’apporte aucun commentaire sur ses clients », souligne la banque dirigée par Laurent Mignon. Egalement interrogées par L’Agefi sur leurs montants d’exposition, BNP Paribas et Crédit Agricole n’ont pas souhaité répondre, la banque verte soulignant toutefois sa politique exigeante en matière de provisionnement et les couvertures qui en découlent.

Ce double rendez-vous intervient alors qu’Orpéa est également confronté à une fronde de deux actionnaires activistes, très critiques à l’égard de la stratégie de restructuration financière privilégiée par l’équipe dirigeante. Face au ton accusatoire de Concert’o, Orpea a écarté jeudi les reproches et réaffirmé « agir dans le seul intérêt social de l'entreprise et des parties prenantes ». La société qui indique se réserver «tous droits à l'égard des affirmations fausses, graves et/ou diffamatoires contenues dans la lettre ouverte de ces deux actionnaires minoritaires» estime avoir engagé «tous les moyens nécessaires pour mener à bien les opérations envisagées par le protocole de conciliation de juin 2022 ». Selon elle, des discussions «avancées avec des investisseurs immobiliers sur des cessions d'actifs» ont bien eu lieu sans «aboutir à ce jour en raison de la dégradation du contexte macroéconomique et de la situation particulière» de l'entreprise. Ce constat pèsera lourd face dans les négociations qui s’ouvrent mardi.