Nouvelles technologies

Nous vivons une rupture technologique majeure

Benoît Flamant, directeur général adjoint et directeur de la gestion Tech, Fourpoints Investment Managers
Le rachat par Facebook de l’application Whatsapp fait jaser comme au temps de l’irrationnelle bulle technologique
Pourtant, ce type de plate-forme recèle un fort potentiel de création de valeur pour accompagner le tournant numérique

Le réflexe est pavlovien. A chaque nouvelle transaction dans le domaine des nouvelles technologies, la crainte qu’une bulle se soit formée sur le secteur ressurgit. Cette fois, c’est le rachat  de l’application Whatsapp par le réseau social Facebook pour un montant de 19 milliards de dollars qui a déclenché une vague d’interrogations sur la valorisation des entreprises technologiques.

Si la somme apparaît importante, rien ne permet d’affirmer que ce rachat – et à ce prix – était injustifié. Les détracteurs de cette opération n’y voient que la simple reprise d’un service de messagerie mais il s’agit, en réalité, d’un élément faisant partie d’un ensemble bien plus vaste.

Un potentiel immense, de la téléphonie...

Ce qu’a racheté Facebook est en réalité une plate-forme de 450 millions de clients potentiels qui pourront utiliser tous les nouveaux services qui seront proposés à l’avenir via cette application. Ces plates-formes recèlent un très grand potentiel de transformation. WhatsApp vient ainsi d’annoncer pour avril la possibilité de téléphoner entre abonnés, gratuitement. Du jour au lendemain, 450 millions d’utilisateurs pourront utiliser WhatsApp aussi pour la téléphonie, à la manière de Skype. D’ailleurs, lorsque cette entreprise a été rachetée par Microsoft 8,5 milliards de dollars en 2011, pour 350 millions d’utilisateurs, personne n’a parlé de bulle.

… aux services de paiement.

Mais la communication n’est pas le seul débouché possible de ces plates-formes. Il pourrait, par exemple, être possible de transformer ces services de messagerie en services de paiement, comme le fait déjà avec un franc succès WeChat, l’application de messagerie du chinois Tencent. Le paiement sur téléphone mobile n’en est aujourd’hui qu’à ses débuts : les technologies mises en avant font encore souvent partie de « l’ancien monde » et requièrent la mise en contact d’un client avec une caisse enregistreuse (via, par exemple, les puces NFC, near field communication).

Or, nous faisons le pari que cette vision est dépassée et que les services mobiles de paiement de demain seront totalement innovants et ne nécessiteront pas de confronter physiquement le vendeur et l’acheteur. Et les applications comme Whatsapp demeurent très bien placées pour jouer un rôle prépondérant dans la révolution de la mobilité.

Création de valeur.

Il y a évidemment, dans le prix de l’opération menée par Facebook, une part liée à la volonté du réseau social de ne pas voir Whatsapp se faire racheter par d’autres ou devenir son principal concurrent, mais il y a aussi une grande part du prix liée au potentiel de création de valeur de la société. On ne peut pas encore dire si cette acquisition a été une erreur de la part de Facebook mais ce qui est certain, c’est que d’autres opérations comparables qui ont eu lieu dans le passé se sont révélées extrêmement rentables. Youtube a, par exemple, été racheté par Google il y a huit ans à 1,7 milliard de dollars et est aujourd’hui valorisé plus de 15 milliards.

Numérisation de l’économie.

Ce que cette opération démontre, c’est que la croissance et la valeur ont aujourd’hui changé de camp. Les infrastructures ou les opérateurs de télécommunication plafonnent, alors que les sociétés de services et les applications n’ont jamais été aussi dynamiques. Nous vivons aujourd’hui une rupture majeure avec la numérisation de l’économie. Dans les années 90, la technologie n’a pas bouleversé le monde, elle l’a rendu plus productif mais aujourd’hui, la numérisation de l’économie transforme la société. Les données issues de cette numérisation (qui concerne aussi bien les individus que les entreprises) recèlent énormément de valeur.

L’avenir appartient aux sociétés qui seront en mesure de collecter et d’utiliser ces éléments, et qui arriveront à trouver leur place à l’heure du cloud computing (le stockage des données en ligne) et du Big Data (le stockage et le traitement des données de masse). Et des acteurs comme Google, Facebook, Tweeter pour citer les plus connus, ou encore ARM, qui détient notamment la propriété intellectuelle sur les puces destinées aux systèmes embarqués, ont clairement pris une longueur d’avance