Art moderne et contemporain

New York confirme son statut de capitale mondiale

Par Artprice.com
A New York, Christie’s et Sotheby’s sont capables de réunir les plus grands collectionneurs de la planète
A coups de centaines de millions de dollars, les records s’enchaînent pour le meilleur profit des artistes américains
Jasper Johns est passé de 25,5 à 32 millions de dollars avec son célèbre drapeau américain à l’encaustique « Flag », vendu le 11 novembre chez Sotheby’s New York.

L’adrénaline des enchères est toujours au plus haut à Manhattan, qui représente 95 % du marché américain et près d’un cinquième du volume des ventes publiques d’art à travers le monde. Les sociétés leaders Christie’s et Sotheby’s ont en effet vécu des moments historiques l’année dernière, avec des résultats de cessions jamais atteints auparavant. L’ambition de l’offre étant pour elles la clé de la réussite, elles n’hésitent pas à s’engager financièrement (surtout Christie’s qui n’est pas cotée en Bourse) en garantissant aux vendeurs des prix minimum d’adjudications pouvant s’élever à plusieurs dizaines de millions de dollars.

Avalanche de records chez Christie’s.

Au final, Christie’s devance sa concurrente, ayant réalisé un produit de ventes record, le plus haut jamais atteint dans l’histoire des ventes aux enchères mondiales. Il y a six mois en effet, elle enterrait tous les pronostics, adjugeant 751 millions de dollars d’œuvres d’art, le 12 novembre 2014, pour une vacation d’art d’après-guerre et contemporain.

Un tel produit de ventes, généré en quelques heures, dépasse les performances annuelles de la France et de l’Allemagne réunies, pourtant cinquième et sixième places de marché mondiales ! Lors de cette vacation exceptionnelle, Christie’s signait au passage onze nouveaux records mondiaux, adjugeait trois œuvres à plus de 50 millions de dollars, 23 au-delà des 10 millions et signalait plus de 500 enchérisseurs venus de 43 pays.

Du haut de gamme.

Le marché new-yorkais ne s’est donc jamais si bien porté. Au final, il s’est vendu pour 4,68 milliards de dollars d’œuvres d’art à Manhattan l’an dernier (contre 2,84 milliards à Londres et 2,6 à Pékin), un résultat colossal et une croissance à deux chiffres (21 %) par rapport à 2013. Face à la montée en puissance de la Chine, les Etats-Unis restent donc la capitale du marché très haut de gamme. D’ailleurs, 75 % du volume d’affaires américain repose uniquement sur des œuvres millionnaires, qui ne représentent qu’une part infime du marché en nombre de lots vendus (seulement 1 % des lots vendus).

Les ventes de prestige – surtout celles d’art d’après-guerre et contemporain – sont des spectacles où l’on applaudit des surenchères portées à coups de million de dollars. Les éclats finaux – pour des Giacometti, Newman, Warhol où encore Bacon – résonnent avec des coups de marteau compris entre 72 et 90 millions de dollars. Au final, 12 œuvres ont atteint des adjudications égales ou supérieures à 50 millions l’an dernier à New York. A cela, il convient d’ajouter les frais acheteurs, qui augmentent le prix des œuvres de 6 à 10 millions, selon le niveau d’adjudication.

Les meilleures enchères récompensent très généreusement les artistes américains phares du XXe siècle, et tout particulièrement les représentants du Pop art et de l’Expressionnisme abstrait. On doit à ces deux seuls mouvements près de 40 % des œuvres vendues plus de 10 millions de dollars à New York. 

Warhol plus lourd que le marché français.

Il n’est pas anodin que le pape du Pop Art Andy Warhol soit l’artiste le plus performant du monde sur une année d’enchères. Son produit de ventes 2014 est le meilleur de tous les temps pour un artiste, à savoir 569 millions de dollars. Pour la troisième fois consécutive, les œuvres de Warhol dégagent des recettes plus importantes que celles de Pablo Picasso (375 millions) et pèsent surtout plus lourd que toutes celles organisées sur le sol français en 2014 (496 millions). Au terme de l’année dernière, Warhol tenait à lui seul 12 des 83 enchères new-yorkaises à plus de 10 millions. Son statut iconique est une garantie de succès pour les maisons de ventes.

Il en va de même pour son « héritier » Jeff Koons, l’artiste vivant le plus cher de la planète, américain lui aussi. Six œuvres de Koons ont passé la barre des 10 millions de dollars en 2014, soit autant que Pablo Picasso.

Patriotisme.

Sur le marché de l’art, les Américains sont à l’image des Chinois : patriotiques. Leurs artistes se doivent d’être les plus valorisés possibles, emportant quelques œuvres dans des spirales de prix inattendues, bien au-delà de la logique des cotes établies. Citons par exemple le nouveau sommet de Georgia O’Keeffe, qui a fait un bond de 5,6 millions à 39,5 millions de dollars (avec « Jimson Weed/White Flower No1 », 20 novembre, Sotheby’s New York), celui de Jasper Johns, qui est passé de 25,5 à 32 millions avec son célèbre drapeau américain à l’encaustique (« Flag » vendu le 11 novembre chez Sotheby’s New York) ou celui de Barnett Newman, qui passe de 39 à 75 millions (« Black Fire I », 1961, vendue le 13 mai chez Christie’s New York)…