Les portefeuilles types

Natixis AM

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D'une semaine sur l'autre, de grands intervenants de la Place révèlent leur politique d'investissement par classes d'actifs et zones géographiques
un rendez-vous pendant six mois avec trois partenaires choisis par la rédaction de L'Agefi Actifs afin de décrypter leurs allocations

Dans les derniers jours de 2013, les marchés financiers ont bien accueilli la volonté de la Réserve fédérale (Fed) de réduire son programme d’achats d’actifs dès le début de l’année prochaine. Les mêmes intentions, qui avaient fragilisé les marchés au printemps dernier, n’ont finalement eu que peu d’effet lorsqu’elles se sont précisées dans une feuille de route qui semble désormais prendre tournure. La différence provient certainement du fait que les marchés de taux longs aux Etats-Unis avaient déjà anticipé dès les premières annonces de Ben Bernanke et parce que la politique de transparence de la Fed commence à être mieux appréhendée par les investisseurs. 

La Banque centrale ne peut pas remonter ses taux directeurs et ne les touchera probablement pas avant la mi-2015, mais déjà les taux 2 ans commencent à se découpler des taux Fed fund anticipés dans 18 mois, signe que le ralentissement du quantitative easing est incorporé dans les prix. Naturellement, il conviendra de s’assurer que l’économie réelle peut supporter un arrêt de la perfusion monétaire à ce point outrancière depuis plusieurs années. En particulier, que les ménages peuvent assumer un taux de refinancement hypothécaire plus élevé alors que certains sont encore en moins-value sur leur acquisition ou que leur endettement en fonction du revenu disponible est encore élevé, même s’il vient de bien plus haut. Mais, tant que les données en provenance de la conjoncture demeurent vives, on peut penser que la Fed pilote dynamiquement sa sortie de politique accommodante pour ne rien brusquer.

Dès lors, il demeure possible de se projeter dans une année 2014 relativement positive pour les marchés, même s’il sera difficile de rééditer les performances récentes. La rotation des actifs non risqués vers des actifs à risque semble encore possible pour une partie des investisseurs qui restent encore trop investis en produits défensifs, et ce d’autant que certaines primes de risques se sont fortement compressées. C’est ainsi que nous pensons qu’il est encore possible d’arbitrer du crédit, qui a longtemps servi de réceptacle pour un retour sur le secteur privé de la part de nombreux investisseurs institutionnels, vers des achats d’actions certes plus volatils mais aussi dans une situation plus attractive car moins fortement valorisées. Au sein des actions, le marché américain, même s’il pourrait rester solide, devrait continuer de passer la main à la faveur du marché européen dont le retard de valorisation reste toujours manifeste. Sur ce segment, l’Asie semble clairement en retrait pour la partie développée, même si le Japon s’évertue à tenter de relancer son économie avec un succès relatif pour le moment. De même, il nous semble encore urgent de différer un retour trop significatif sur les émergents qui pourraient souffrir à nouveau par le canal de la devise, si le durcissement de la politique monétaire américaine occasionnait de nouveaux flux de retraits sur certaines zones très dépendantes des capitaux externes.

Sur le plan des taux, outre notre allègement sur la dette privée, les dettes d’Etat seront encore à discriminer. En zone euro, les périphériques ont beaucoup progressé, et il faudra rester vigilant sur toute déception macroéconomique pour une zone dont la croissance devrait se situer à la limite de la stagnation l’an prochain encore. La France se situe également sous le risque de faire l’objet d’une désaffection de la part des marchés si la situation ne se redresse pas.

En revanche, les dettes américaines et émergentes en dollars présentent aujourd’hui une prime de risque importante. Certes les taux peuvent aller encore plus haut mais la pente 2-10 ans est très prononcée aux Etats-Unis et le dollar devrait forcir un peu contre l’euro si le changement de cap de la Fed est confirmé. Les indexées inflation peuvent aussi faire partie des opportunités sur cette zone, tant l’inflation anticipée à eu tendance à baisser dans cette dernière partie d’année pendant que les taux nominaux se tendaient, laissant des taux réels de marchés en remontée encore plus soutenue, et engendrant donc une situation technique attractive pour cette classe d’actifs.

Sur le plan des devises, outre une vigueur attendu du dollar contre euro, la baisse du yen devrait reprendre, surtout contre dollar, si on prend en compte le différentiel de politique monétaire puisque le Japon demeure encore dans une phase particulièrement accommodante. Enfin, il semble encore tôt pour investir dans les matières premières qui restent encore pénalisées par la faiblesse du commerce mondial. Cela est vrai des matières premières cycliques mais aussi de l’or, qui est handicapé par la remontée des taux réels aux Etats-Unis.