Allocation d'actifs - Tribune

Misez sur les fruits du vin

Daniel Immacolato, directeur général de Cavissima
Diversifier son patrimoine en investissant dans une cave nécessite l’accompagnement d’un professionnel avisé.

 Daniel Immacolato, directeur général de Cavissima

Produit d’exception mais aussi passionnel, le vin s’inscrit dans le patrimoine français. De quelques euros pour un vin de table ordinaire à plusieurs centaines de milliers d’euros pour un cru millésimé d’un château au nom qui éveille les papilles, il existe des vins pour toutes les bourses et pour toutes les occasions. Si le vin fait la fierté de nos terroirs et est le produit de l’excellence d’un savoir-faire millénaire, l’investissement dans cet actif ne s’improvise pas.

Qualifié de placement exotique, le vin est avant tout un plaisir. Le plaisir de posséder un grand cru que son propriétaire laissera vieillir et se bonifier ; le plaisir d’ouvrir et de déguster une bonne bouteille lors d’un repas en famille ou entre amis ; le plaisir de réveiller les sens en observant sa robe, en s’enivrant de son odeur et en appréciant ce nectar aux nombreuses subtilités gustatives. La constitution d’une cave d’investissement nécessite de respecter certaines règles au risque de voir votre investissement tourner au vinaigre.

Un placement accessible avec une fiscalité allégée

Une idée reçue veut que les grands vins soient réservés à une certaine élite. Cependant de nos jours, la constitution d’une cave est devenue bien plus accessible.

Il est possible de constituer une cave pour le plaisir. Les bouteilles seront conservées dans l’objectif de les consommer à leur apogée. Il est également de plus en plus courant de se constituer une cave de grands crus dans un objectif d’investissement afin de diversifier son patrimoine. Une cave d’investissement suffisamment diversifiée nécessite quelques milliers d’euros mais sans y consacrer plus de 5 % à 10 % de son patrimoine.

L'allocation est modeste car ici, il s’agit avant tout d’un placement de diversification sur un produit d’investissement encore considéré comme atypique. De même, les bouteilles commencent à prendre de la valeur lorsque la rareté du produit se fait sentir. Il est nécessaire de conserver les bouteilles plusieurs années, trois à cinq ans minimum, en sachant qu'un vin prestigieux a un potentiel de garde de plusieurs dizaines d’années. Cet horizon d’investissement est similaire à de nombreux autres produits d’investissement.

En bloquant ses liquidités sur un horizon à long terme, le bon sens impose d’y accorder une part mesurée de son patrimoine. L’investisseur doit conserver une épargne liquide qui lui permettra de faire face aux aléas de la vie ou à d’autres besoins d’investissement.

Disposer d’une cave répond en premier lieu au plaisir du beau et du bon. Pourtant, l’opération n’est pas dénuée d’un intérêt fiscal. Cet investissement dispose d’une fiscalité propre. Contrairement aux produits financiers classiques, les plus-values ne sont pas soumises à la flat tax. Le législateur a trouvé de bon goût de définir une fiscalité pour le moins avantageuse sur la revente des bouteilles.

Grâce au régime fiscal des biens meubles, il existe une exonération d’imposition. En effet, les plus-values générées lors de la cession des bouteilles ne sont pas soumises à l’impôt sur le revenu, ni aux prélèvements sociaux dès lors que les ventes unitaires n’excèdent pas 5.000 euros, selon l’article 150 VI du Code général des impôts. Au-delà de cette somme, les plus-values générées sont soumises à l’impôt sur le revenu au taux de 19 % et aux prélèvements sociaux au taux de 17,2 % pour une imposition globale de 36,2 %.

Ainsi, dans un souci d’optimisation de la performance de votre cave, il est judicieux de vendre vos vins par lots de 5.000 euros et éventuellement plusieurs fois par an. Mais ce n’est pas tout ! Le vin est considéré comme un bien vivant qui évolue avec le temps. Sa « maturité » joue en sa faveur. Pour les bouteilles dont le prix unitaire dépasse les 5.000 euros, les heureux propriétaires des caves bénéficient d’un abattement par année de détention de 5 % sur les plus-values à partir de la troisième année.

Varier vins et millésimes, l’équation gagnante

Autre similitude avec un investissement sur les marchés financiers, il est déconseillé d’investir en une seule fois vos liquidités. Au contraire, la constitution d’une cave est progressive. L’investissement se construit au fur et à mesure en commençant par exemple par l’acquisition d’une caisse. Enfin, s’il peut être tentant d’investir ses économies dans un ou deux crus que l’on apprécie, il est impératif d’effectuer une diversification.

En variant les produits, vous réduirez la prise de risque de l’investissement tout en optimisant la gestion de votre cave. Les durées de vieillissement des vins dépendent de leurs caractéristiques propres, ainsi leur revente ne peut pas s’effectuer au même moment. Certains vins d’un même domaine affichent des potentiels de garde et de prise de valeur différents à l’image du 1er Grand Cru Classé du Château Mouton-Rothschild et de son second vin Le Petit Mouton.

L’origine géographique des vins est un facteur clé d’une bonne cave. En France, il serait judicieux de diversifier sa cave dans les régions du bordelais, sans oublier les cuvées plus rares de la Bourgogne et des autres régions tricolores. Mais il faut aussi s’ouvrir aux produits étrangers. L’Italie propose des grands vins d’investissement. Nous pouvons citer les toscans Masseto et Solaia. Les vins du nouveau monde ne sont pas dénués d’intérêt. Quelques pays dont l’Australie ou encore le Chili et l’Argentine produisent également des crus de grande qualité.

La seule origine géographique des vins est un facteur insuffisant pour diversifier une cave. Au sein d’une même région, il existe une grande variété d’appellations et de châteaux avec des produits de qualité et de prix variables. A cela s’ajoute le facteur climatique. Un domaine ne produira jamais un vin totalement identique d’année en année. L’ensoleillement, la sécheresse ou les épisodes de forte intempérie affectent la production et la qualité du millésime. Dès lors, il faut diversifier vos bouteilles sur plusieurs millésimes, châteaux et domaines, des grands crus reconnus, sans oublier de se positionner également sur des valeurs montantes.

Pour les néophytes, ces nombreux facteurs peuvent faire monter l’alcool à la tête. Les professionnels peuvent les accompagner en leur faisant découvrir des vins, des domaines et les aiguiller sur certains produits notamment sur les régions les plus dynamiques. Ces experts partagent leurs connaissances sur l’histoire des domaines, les évolutions des prix et des vignobles en les faisant parfois visiter aux investisseurs.

Une cave n’a de sens que si le propriétaire des bouteilles dispose d’un emplacement propice à la conservation et à la maturation des vins. Il est hors de question de stocker les bouteilles sous l’établi du garage. Pour garantir la traçabilité des vins et des conditions optimales de stockage, les professionnels peuvent mettre à votre disposition des sites dédiés à la conservation des bouteilles. Ces caves garantissent la stabilité des vins en contrôlant en continu la température, le niveau d’humidité et la lumière. Attention, une mauvaise conservation des vins a le pouvoir de transformer un grand cru en vulgaire picrate.


A RETENIR

- Une cave d’investissement diversifiée nécessite quelques milliers d’euros mais sans y consacrer plus de 5 % à 10 % de son patrimoine.

- Ce placement nécessite de conserver les bouteilles plusieurs années, trois à cinq ans minimum.

-Une fiscalité propre : les plus-values ne sont pas soumises à la flat tax.

-Exonération d’imposition lors de la cession des bouteilles jusqu'à 5.000 euros.

- Varier les produits afin de réduire la prise de risque de l’investissement tout en optimisant la gestion de la cave.