Petites capitalisations

Miser sur les hommes

Louis de Montalembert et Olivier de Trogoff, Pleiade Asset Management
La naissance du PEA-PME remet à l’honneur les entreprises petites et moyennes qui méritent un regard particulier
Pour s’y intéresser, bien connaître leurs dirigeants est essentiel, d’autant qu’il s’agit d’investir à long terme

La création du PEA-PME au début de l’année a mis en lumière les petites et moyennes capitalisations. Nous n’allons pas nous en plaindre. Mais si de nombreux gérants se lancent de manière parfois opportuniste sur cette classe d’actifs, il ne faut pas perdre de vue que l’investissement dans ce type d’entreprises n’a pas grand-chose en commun avec les méthodes traditionnelles utilisées dans des fonds se positionnant sur des sociétés de plus grande taille.

Comprendre l’entreprise.

Nous sommes persuadés qu’investir dans les petites sociétés demande une implication du gestionnaire qui va bien au-delà de la simple lecture des bilans et des comptes de résultats. Il faut d’abord bien comprendre le métier de l’entreprise, et s’affranchir de la recherche externe distribuée par les intermédiaires financiers. Ces derniers sont souvent face à des objectifs commerciaux de court terme.

Or, l’investissement dans les petites capitalisations n’a justement de sens que s’il est effectué sur le long terme. Sur cette classe d’actifs, ce n’est parfois qu’au bout de plusieurs années que portent les fruits d’une stratégie mise en place par un dirigeant. Le rythme de création de richesse des entreprises n’est pas celui du marché. Selon nous, la gestion d’un fonds de petites capitalisations doit davantage s’approcher des métiers du capital-investissement que de celui de gestionnaire de grandes capitalisations.

Rencontrer les dirigeants...

Une décision d’investissement est obligatoirement conditionnée à une rencontre avec le management des entreprises. Ces entrepreneurs sont en effet les plus à même de convaincre les gestionnaires d’actifs que leurs analyses et leurs anticipations du marché sont les bonnes. Il est inutile de rencontrer des dirigeants d’entreprises pour leur faire commenter les chiffres de leurs bilans. En revanche, ces hommes peuvent nous ouvrir les yeux sur des inflexions stratégiques de leur métier que nous n’avions jusque-là pas identifiées.

… pour l’intuitu personae.

L’aspect intuitu personae, presque « charnel », de l’investissement nous paraît extrêmement important, même s’il est parfois mis au second plan par des gestionnaires davantage attachés à des données quantitatives.

Ces rencontres nous permettent aussi parfois, par le bouche-à-oreille, de découvrir des entreprises auxquelles nous n’aurions pas eu accès via les intermédiaires financiers habituels. D’ailleurs, nous constatons que seules quelques sociétés sont suivies par les analystes, le reste de la cote étant complètement délaissé. A travers des réseaux de chefs d’entreprise, entretenus sur le long terme, il est possible de rencontrer des sociétés très intéressantes dont les capitalisations vont de quelques dizaines de millions à quelques centaines de millions d’euros, souvent leaders sur des marchés de niche, ce partout en Europe.

Accompagner les sociétés...

Notre rôle est certes de découvrir de nouvelles sociétés, mais aussi d’accompagner celles en lesquelles nous avons confiance pendant les périodes d’investissement. Et nous avons constaté que les petites et moyennes valeurs ne sont pas plus risquées que les grandes. En 2008 ou 2009, par exemple, les structures à taille humaine gérées par de bons manageurs ont très bien su faire face à la crise et se sont très bien redressées. En outre, elles ont souvent appris à faire sans le système bancaire.

De la même manière, dans des périodes plus fastes, nous préférons nous renforcer sur des entreprises qui se développent et investissent – même si cela peut momentanément grever leur rentabilité et donc leur cours de Bourse – plutôt que de nous en séparer.

… en nombre raisonnable.

Nous estimons enfin qu’il n’est pas utile de multiplier le nombre de lignes dans les portefeuilles, même constitués de petites capitalisations, quitte à limiter la taille des encours des fonds pour assurer leur liquidité. Il est en effet moins risqué d’être investi sur seulement 30 sociétés que l’on connaît parfaitement, que nous avons rencontrées et que nous suivons sur le long terme, plutôt que sur 80 ou 100 que l’on connaît forcément moins bien, quand bien même elles seraient mises en avant par les analystes des sociétés de Bourse. Méfions-nous donc des valorisations excessives que nous pourrions voir ces prochaines semaines sur des valeurs qui n’en valent pas forcément la peine.