Mario Draghi alimente la baisse des rendements

Le discours de Sintra a provoqué une prise de conscience de la possibilité d’une action, synonyme de baisse des taux, si l'inflation ne se redressait pas.
Mario Draghi, président de la BCE

Par L’Agefi Quotidien. La Banque centrale européenne (BCE) devra assouplir encore sa politique si l'inflation ne converge pas vers son objectif proche de 2%, a déclaré mardi Mario Draghi, lors du Forum de Sintra (Portugal) : «En l'absence d'amélioration, de telle sorte que la convergence durable de l'inflation vers notre objectif se trouverait menacée, un soutien additionnel sera requis (...). Cet objectif est asymétrique, ce qui veut dire que, si on veut délivrer la valeur de l'inflation sur le moyen terme, l'inflation doit être au-dessus de ce niveau à un moment donné à l'avenir.»

Insatisfait d’une inflation durablement faible comme d’une inflation durablement forte, le président de la BCE a rappelé que de nouvelles baisses des taux d'intérêt ou la relance du programme de rachats d'actifs (QE) qui garde une marge de manœuvre sont des outils possibles.

«Il avait déjà exprimé ces idées après la réunion de politique monétaire du 6 juin, mais n’avait pas vraiment été écouté sur ces points, ce qui avait déçu ; du coup, il insiste», commente Jean-Louis Mourier, économiste d’Aurel BGC, pour qui une baisse des taux ne pourrait passer que par le taux de dépôt et un nouveau QE resterait limité sur les dettes d’Etat et corporate. L’équipe de CPR AM voit un changement de discours, sans doute dû à «la chute libre du swap inflation 5 ans dans 5 ans», à moins que «Mario Draghi cherche à forcer la main du reste du Conseil en créant une anticipation de marché telle que la BCE agira».

Surtout, Mario Draghi a, pour la première fois, exprimé clairement l’idée que, avant la crise, les chocs de marché restaient «modérés» et «presqu’exclusivement inflationnistes» : depuis, leur amplitude a augmenté, et ces chocs liés à la demande ont eu dans la zone euro des effets désinflationnistes dont il est beaucoup plus difficile de sortir. Si la BCE est déterminée à ne pas se résigner face à un taux d’inflation faible, elle pourrait quand même, dans les prochains mois, être amenée à lancer une réflexion sur une redéfinition des objectifs et/ou des moyens d’y parvenir sans changer la cible, comme le fait la Fed en ce moment.

En attendant, «la réaction des marchés a été forte parce que la BCE pourrait préparer une action pour ses prochaines réunions, le 25 juillet ou à la rentrée», note Jean-Louis Mourier. L'euro a baissé hier de 1,122 à 1,119 face au dollar, et les taux Bund et OAT à leurs plus bas historiques de -0,32% et 0,00%