Les portefeuilles types

Mansartis

Les derniers mois ont été marqués par une forte désynchronisation des Bourses. Les principales tensions ayant été observées dans les pays émergents où, à l’instar de ce qui s’était passé en 1997, les obligations, les actions et les devises ont chuté. Ces pays subissent le changement de paradigme monétaire, à savoir la fin des politiques accommodantes symbolisées par des programmes de « Quantitative Easing » généralisés et des taux directeurs à 0 %. Pour la première fois depuis 2008, la taille cumulée du bilan des quatre principales banques centrales est en baisse de 37.4 % à 37 % du PIB. La Fed est le principal moteur de cette baisse, avec un bilan passé de 26 % du PIB en 2014, à 20.8 % fin août. En avance dans le cycle, les États-Unis ont procédé en septembre à la 8e hausse consécutive des taux et J. Powell, le président de la Banque Centrale américaine, a confirmé en envisager encore une d’ici fin 2018. Ce resserrement monétaire se justifie par le dynamisme de l’activité américaine dont le PIB a progressé de 4.2 % au 2e trimestre et qui affiche un quasi plein emploi avec un taux de chômage autour de 4 %.
Jusqu’à présent, la Fed a pu appliquer ces changements dans un échange permanent avec les investisseurs, rassurant ainsi les marchés. Désormais, la question du rythme et de l’objectif final se pose de plus en plus. Si la banque centrale américaine ne va pas assez vite, elle s’expose au risque d’une accélération de l’inflation. Aujourd’hui, cette dernière s’établit, aux États-Unis, à +2.7  %, soit au-dessus du niveau cible des 2 %. Toutefois, hors alimentation et énergie, l’inflation est de +2.2 %, plus proche de la limite visée. La hausse du prix du pétrole, passé de 50$ le baril à plus de 70$, explique en grande partie cette accélération et le fait que les investisseurs ne se soient pas alarmés. Toutefois, le regain récent du prix du brut, dans un contexte géopolitique tendu (Iran, Venezuela), fait craindre de nouvelles pressions inflationnistes. À l’inverse, si la Fed monte trop rapidement ses taux et au-delà du « nécessaire », elle est susceptible de casser le cycle de croissance économique. Le « nécessaire » étant défini par les économistes comme le « taux naturel », difficile à estimer. Rappelons qu’aux États-Unis, les dernières récessions ont toujours été précédées par une hausse des taux.

Voilà pour la toile de fond. En parallèle, certains sujets plus conjoncturels, mais qui, pour certains sont liés à ce changement de paradigme monétaire, sont apparus :

• La hausse du prix du pétrole est à suivre attentivement. Outre ses conséquences sur l’inflation, elle pourrait impacter la consommation et le bilan des entreprises des pays importateurs comme l’Europe.

• En Italie, le budget présenté fin septembre, allant à l’encontre des recommandations de l’UE, a conduit à une forte hausse des taux italiens posant, à terme, la question de la soutenabilité de la dette italienne et celle des marges de manœuvre de la BCE qui communique sur une fin du « Quantitative Easing » à la fin 2019.

• En Grande-Bretagne, l’absence d’accord sur le Brexit alimente les inquiétudes économiques.

• Enfin, l’administration Trump a décidé de taxer pour 200 milliards d’euros d’importations chinoises supplémentaires. Le chemin du « worst-case scenario » de la guerre commerciale initiée par les États-Unis semble privilégié.

Dans cet environnement incertain, les obligations n’ont pas bénéficié d’un traditionnel mouvement de « Flight to Quality ». Le taux 10 ans allemand s’est même tendu cet été, en passant de 0.35 % à près de 0.4 %. Les investisseurs sont allés chercher la « qualité » sur les marchés actions, plébiscitant les valeurs américaines et en leur sein les valeurs technologiques qui représentent environ 26 % de l’indice S&P 500. Dans ce contexte, nous maintenons une sous exposition aux marchés actions. Pour les taux, nous privilégions les titres courts d’entreprises de qualité, afin de ne pas exposer nos portefeuilles au cycle de hausse de taux que nous anticipons.