Maille à l’envers

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Dans le style outrancier qui est le sien, Donald Trump a donc une nouvelle fois tenu une de ses promesses de campagne, en décidant de retirer les États-Unis de l’accord sur le programme nucléaire iranien conclu en juillet 2015 par son prédécesseur. Son électorat lui en saura certainement gré, qui apprécie les coups de menton à la jugulaire de leur président. Et peu importe ce que coûtera ce détricotage – sur le plan géopolitique ou économique – et qui passera à la caisse.

Il semble à ce titre que Boeing, par exemple, avec près de 20 milliards de commandes en jeu avec Iran Air, se trouve dans une position délicate. Autant qu’Airbus, dont le carnet de commandes approche un montant équivalent avec la compagnie iranienne. D’autres groupes du CAC 40 ont aussi beaucoup à perdre de cette décision venue de Washington. Total, par exemple, qui a signé en juillet dernier un accord avec l’Iran pour développer le plus grand gisement de gaz naturel au wmonde, et a déjà mis un milliard de dollars sur la table. Ou PSA ou encore Renault, qui disposent d’accords de production et affichaient de grandes ambitions dans le pays. Pour ces trois entreprises françaises, les temps sont d’autant plus difficiles qu’elles dépendent également, directement ou non, des prix du pétrole, en hausse déjà de plus de 10 % depuis le début de l’année, et vont à nouveau être impactées par la décision de Donald Trump. Sans oublier les effets néfastes de la hausse des taux, qui, outre-Atlantique, a même porté un temps les rendements du dix ans à plus de 3 %.

Dans la décision de l’hôte de la Maison-Blanche, la guerre économique avec l’Europe a aussi prévalu. Ce qui a le mérite d’être clair. Ou l’Europe et la France « are back » et cela passe par un véritable bras de fer avec les États-Unis pour se faire entendre, ou elles se condamnent à ne pas être maîtres des horloges, et surtout maîtres du jeu, ce qui est encore plus fâcheux. Finalement, de ce côté-ci de l’Atlantique, il faut bien admettre que Donald Trump est l’un des facteurs d’instabilité principaux. Et qu’il faut tout d’abord faire front avec nos partenaires européens, comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne de Theresa May, qui, avec la France, veulent assurer « la mise en œuvre du texte en maintenant les bénéfices économiques pour la population iranienne ». En France, l’instabilité arrive à un bien mauvais moment, avec des places financières qui pourront, dans cette longue épreuve, connaître des accès de volatilité, ou des grands groupes hexagonaux ou européens subir des revers. Tout cela au moment où nos gouvernants tentent d’amener les Français vers les actions.

À ce propos, une récente étude d’ING indique que le patrimoine brut des Français a atteint un niveau encore jamais égalé – 5.233 milliards d’euros. Mais ce patrimoine est pour l’essentiel constitué de dépôts et d’assurances vie (près de 60 % au total). Pour leur part, les actifs plus risqués (actions cotées, obligations et fonds de placements) ne représentent qu’une part limitée du total du patrimoine (12 %). Sachant que l’on évoque actuellement le potentiel retrouvé de l’or – vedette des bas de laine d’hier –, compte tenu des incertitudes, on peut imaginer que la situation ne va pas franchement évoluer.

Bref, Donald Trump aurait voulu aussi détricoter le travail que nos gouvernants réalisent afin de réconcilier les Français et la Bourse qu’il ne s’y serait pas pris autrement.